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29 août 2013 4 29 /08 /août /2013 12:29



Les enfants imaginés par Tim Burton ne vivent pas dans un monde imaginaire peuplé de fées et de lutins rieurs. Le fil conducteur de ce recueil de poèmes est l’évocation d’une marginalité qui commence dès le plus jeune âge. Que l’on soit un enfant huître, que l’on ait un brie de chèvre à la place de la tête, des clous dans les yeux ou des ordures en guise de chair, le mal s’incarne tout le temps au même endroit : dans le regard des autres.



Ces enfants mènent une vie malheureuse marquée par l’ostracisme et l’abandon. Ils se préparent déjà à l’implacabilité d’une vie adulte qui ne ratissera pas davantage de chaleur humaine. Chacun de ces poèmes constitue une ébauche scénaristique en soi. On se souvient d’Edward aux mains d’argent, d’Edward Bloom de Big Fish ou de Charlie, tous personnages caractérisés par un signe distinctif qui les exclut involontairement de la communauté homogène des « gens normaux ». On reconnaît dans cette opposition un manichéisme peu subtil mais il faut y prendre garde… Dans les films de Tim Burton comme dans ses poèmes, on découvre bien vite que les faibles ne sont pas pur angélisme et qu’ils recèlent les mêmes vices que leurs tortionnaires. Ainsi Tim Burton ne vire jamais à l’apitoiement et se montre plutôt cruel, chancelant entre pitié et plaisir machiavélique d’enfoncer toujours plus profondément dans leur misère ces enfants malmenés par l’existence.




Le jeu poétique qui entoure la narration de leur histoire ajoute encore une dose de cruauté à l’imagination de Tim Burton. Les rimes, allitérations et assonances s’égrènent à un rythme qui fait souvent fourcher la langue, comme s’il fallait que la forme se rajoute au fond des malheurs pour distraire le lecteur. On joue à la marelle avec Tim Burton, pendant que ses personnages cheminent fatalement vers une destinée sans vie pour le plaisir de perpétrer une rime :


« Mon fils, es-tu heureux ? Sans indiscrétion,
Rêves-tu quelquefois des célestes régions ?
Ne t’es-tu jamais dit : « Mourons » ? »




Voici un exemple de rime qui marche, sans donner l’impression d’avoir été extorquée à l’insu de Tim Burton. Ce n’est pas le cas de l’ensemble des poèmes de ce recueil. Faute à une traduction qui sacrifie la fluidité à une versification qui n’était pourtant pas formellement revendiquée dans la langue originale. Le résultat bancal devient parfois illisible, et on préfère ne pas lire à voix haute certaines monstruosités littéraires :



« Hélas, elle se sait prisonnière d’un sort,
Dont elle ne se sort
Jamais. En effet, dès qu’on s’
Approche d’elle, les épingles encore
Plus profond dans son cœur s’enfoncent. »




Si on maîtrise un peu l’anglais, on se réfèrera de préférence aux textes originaux de Tim Burton qui apparaissent toujours en complément de leur traduction.


Enfin, on peut légitimement se demander si Tim Burton n’était pas ce réalisateur fantasque que l’on connaît –serait-il plutôt un de ces malheureux et anonymes personnages qui peuplent ses poèmes-, l’intérêt porté à son recueil aurait-il été aussi accru ? Sa poésie désenchantée et gentiment morbide s’inscrit en continuité de ses œuvres mais ne constitue pas une œuvre en soi. Trois vers ne font pas un poème –encore moins un haïku made in america- et lorsqu’on lit l’histoire de Benjamin, éludée en trois pauvres vers :


« Je suis Benjamin,
Débaptisé par les autres gamins
En « vilain gamin pingouin » »




… une seule chose à répondre à Tim Burton : puisse Benjamin devenir aussi marginalement reconnu que toi.




Citation:
L’enfant Brie rêva (deux fois, pas plus) que sa tronche
Pleine et ronde n’était plus qu’une tranche.
Le droit de jouer avec eux, les autres enfants jamais ne le lui donnaient,
Mais au moins Brie s’accordait bien avec un bon Chardonnay.



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