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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 10:21




Todd, Neil, Nox et leurs camarades font partie de l’élite. Ils peuvent se targuer d’avoir intégré la prestigieuse académie de Welton, même s’ils ont du se payer de quelques sacrifices tel la prolongation du joug paternel, du genre intransigeant et dominateur. Mais tant pis, ces exigences font partie des contraintes qui mènent à la réussite, et Neil ne les remet pas particulièrement en question. Jusqu’à ce qu’il assiste aux cours de français de l’anticonformiste John Keating…



En fait d’anticonformisme, il est vrai, le message est plutôt timoré… « Carpe diem » : Keating n’invente rien de neuf, et ce qu’il prône en tant que révolution consiste en l’exaltation de la poésie dans la vie de tous les jours. Sous-jacent, le message que chacun doit trouver sa propre voie, se démarquer des autres, cultiver sa pensée pour en faire ressortir son originalité et profiter de chaque instant de la vie présente. En toute modération toutefois : « Sucez la moelle de la vie, oui, mais n'avalez pas l'os. »

Exprimée en ces termes, la rébellion se limite à quelques légères et gentilles dérives symbolisées par la renaissance du cercle des poètes disparus. Ceux-ci se réunissent certains soirs pour déclamer des vers. C’est aussi l’occasion de découvrir les membres du sexe opposé, même si cette quête aboutit rarement à de brillants succès. L’acte majeur de rébellion est commis par Neil qui, en dépit de l’interdiction de son père, décide de jouer dans la représentation du «Songe d’une nuit d’été ». Seule et unique bravade dans l’existence de Neil, c’est aussi la provocation de trop, et elle engendre la furie d’un père qu’on laisse volontiers au malheureux comédien. Le portrait du bonhomme aurait rapidement pu devenir caricatural, mais ce n’est pas le cas. On sent que derrière ses exigences dévorantes se trouve un amour sincère mais qui ne trouve pas son mode d’expression approprié, pour un fils à qui il souhaite le meilleur avenir qu’il puisse concevoir. Devant ce piège, Neil se referme. Il ne suit pas l’ultime conseil du professeur Keating : affronter son père et lui parler en toute sincérité. Son suicide représente l’échec du verbe et de la parole, les mêmes qui fondent la liberté poétique.




La première partie du film prête souvent à sourire : sa facilité et le conventionnel de ses incitations à la rébellion contredisent l’esprit « sauvage » qui tente de planer sur l’académie de Welton. Pour autant, cela ne sonne pas faux : après tout, Keating s’adresse à des élèves jeunes et façonnés par les idéaux de leurs parents. Son jeu de prof dissident est subtil, et de nombreuses scènes prouvent qu’il n’est pas qu’un bouffon fantasque dont les paroles filent plus vite que la pensée. Surtout, le final tragique apporte du recul sur le message qu’il a tenu à véhiculer à ses élèves au cours du film, et vient modérer la radicalité d’une pensée qui serait sans doute restée grossière sans cela.
Le cercle des poètes disparus ne se veut pas renversant. Il s’agit seulement d’une belle ode à l’amour de la poésie et à la rêverie.

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Published by Colimasson - dans Film
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