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11 octobre 2011 2 11 /10 /octobre /2011 14:21



Avril 1980. « Aujourd’hui, on enterre un écrivain. » Bon, on imagine aisément qui s’agit ici de l’enterrement de Jean-Paul Sartre… Mais pourquoi Michel, qui semble éprouver une animosité sans faille envers le personnage, se sent-il contraint de se rendre à l’enterrement ? Quelles sont les raisons d’une telle aversion ? Et qui est Pavel, cet ancien Bulgare qu’il retrouve au milieu de la cérémonie ?
Le début du Club des incorrigibles optimistes est incompréhensible, et c’est bien le but. S’il donne envie au lecteur d’en comprendre le sens, libre à lui alors de poursuivre sa lecture. Sinon, il pourra s’épargner les 725 pages suivantes, mais ce serait tout de même bien dommage.

D’octobre 1959 à juillet 1964, avec un bref retour au Leningrad de 1952, Jean-Michel Guenassia nous décrit Paris à l’heure où la France est secouée par la Guerre Froide, les affrontements entre communisme, socialisme et existentialisme, la Guerre d’Algérie et, plus généralement, les questions d’engagement politique et de convictions religieuses. Heureusement, la musique, la littérature, le cinéma et les échecs viennent insuffler une bouffée d’air frais au microcosme plus réduit de Michel, qui n’a alors que douze ans au moment des faits.
On pourrait craindre que le sérieux des thématiques abordées ne plombe le livre ou ne décourage les plus ignorants (dont je fais partie). Au contraire, une des grandes réussites de Guenassia consiste en ce qu’il a réussi à nous parler de tous ces sujets chers à la France des années 60 sans jamais tomber dans l’énoncé purement didactique, mais en sachant sans cesse les illustrer à travers les propos des amis de Michel, expatriés ayant réussi à traverser le Rideau de fer. Chacun de ces personnages, qu’il s’agisse de Pavel, de Sacha, de Léonid, d’Igor ou d’Imré, apparaît dans toute sa singularité à travers son histoire personnelle, ses faiblesses et ses valeurs. On en vient même à se demander s’il ne s’agit pas de personnages que Guenassia aurait vraiment connus tant ils semblent réels. Avec eux, les débats politiques retrouvent tout leur sens : donner une direction à la trajectoire qu’emprunte sa vie, justifier ses actes, chercher à exister à travers des idéaux politiques.

Mais toutes les intrigues qui découlent du vécu de ces personnages ne sont-elles que des intrigues secondaires greffées à ce que l’on pourrait appeler la trame principale du récit, l’histoire contemporaine au récit, celle vécue par Michel ? On peut le soupçonner, puisque toutes ces histoires entendues au club serviront à Michel à s’interroger sur l’engagement irréfléchi de son frère, sur ses relations avec Cécile ainsi qu’avec sa famille, et sur la construction de sa propre personnalité.
On assiste, sur une période de cinq ans, à la longue formation d’une personnalité, et c’est avec émerveillement qu’on constate les incidences de tel acte, de telle parole ou de telle rencontre sur l’homme à devenir. Des moments d’espoir et de joie pure surgissent au détour des pages, puis s’estompent voire disparaissent lorsque la grisaille reprend le dessus. Le club des incorrigibles optimistes, malgré son titre, ne me semble pas être une ode à la joie, mais peut-être définit-il l’optimisme comme une manière plus réaliste de considérer l’existence, en s’emparant de chaque instant de bonheur envers et contre toute la tristesse du quotidien.
Cet aspect m’aura définitivement convaincue de la grandeur de ce livre. Maintes fois, on aurait pu croire que le sort de Michel allait enfin s’arranger ; que Cécile allait réussir à sortir victorieuse de sa dépression ; que Frank allait revenir à la raison ; que Sacha allait se réconcilier avec les membres du club ; que Michel allait s’enfuir avec Camille… Mais les issues à ces nombreux tracas de l’existence sont loin de se résoudre aussi facilement. Dans toutes les déceptions vécues par Michel, on se reconnaît, de près ou de loin, et chaque désillusion qu’il subit nous rapproche un peu plus de lui.

Ce Club des incorrigibles optimistes est une formidable leçon de vie adressée en priorité à ceux qui se laissent trop vite abattre par le quotidien. Laisser ses vieux démons derrière soi et sans cesse rester ouvert au présent, voilà le leitmotiv des véritables optimistes.

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Published by Colimasson - dans Livre
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