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21 novembre 2013 4 21 /11 /novembre /2013 13:56





« L’homme est issu de la Terre, entends-tu ?
C’est sa mère nourricière, entends-tu ?
Spacien, va-t’en, disparais
De la Terre qui te hait !
Sale Spacien, entends-tu ? »



Le Spacien aura disparu… et la haine de la sale bête se perpétue et se prolonge en haine roboticide. Pour bien comprendre ces Cavernes d’acier, qui constituent le troisième volume de Cycle des robots, mieux vaut connaître le contexte : dans un futur indéterminé, les humains vivent dans des villes souterraines pour échapper à la pollution atmosphérique et à la lumière. Ils sont observés par les Spaciens, générations de descendants d’humains qui avaient autrefois colonisé des planètes lointaines. Entre les deux populations, les relations sont tendues et fluctuent de haine belliqueuse à tolérance amère. Les Spaciens dominent et ils interdisent les humains de venir les rejoindre sur leurs nouvelles planètes, en même temps qu’ils leur imposent l’utilisation de robots censés les aider dans la vie quotidienne. A défaut de pouvoir haïr les Spaciens, les humains se sont pris en grippe contre les robots. A l’instar de Blade-Runner, certains de ces robots sont devenus si perfectionnés qu’il est difficile de ne pas les confondre avec des modèles du genre humain…


Dans ce volume en particulier, l’intrigue se construit autour du meurtre d’un Spacien. Un terrien est soupçonné de l’avoir commis et pour résoudre cette énigme, Baley est envoyé en mission. Tout irait bien si on ne lui avait pas collé aux basques un robot humanoïde ultra-perfectionné qu’il devra loger chez lui. Comment vont réagir la famille et le voisinage ? Baley espère pouvoir cacher sa véritable nature le plus longtemps possible –d’autant plus que le robot a été construit avec une minutie de détails époustouflante- mais les médiévalistes rôdent et ouvrent l’œil, à l’affut de tout signe de déchéance moderniste.


Dès le début, on comprend que ce roman de science-fiction s’appuie sur une réalité qui connaît elle-même de nombreux antagonismes. La méfiance que subit le robot est un racisme qui dépasse les espèces et qu’Asimov se charge d’anéantir. Le bien et le mal cherchent à se dissoudre en un scepticisme confus. Les robots sont-ils à l’image des hommes ? Si oui, sont-ils à l’image des hommes bons ou des hommes mauvais ? Si non, sont-ils bons sachant que certains hommes sont mauvais, ou sont-ils mauvais sachant que certains hommes sont bons ? Peut-être ne sont-ils ni bons ni mauvais, peut-être est-ce seulement l’homme qui se montre mauvais dans sa méfiance, et mauvais dans son ingratitude.


Si le message moral n’a rien d’exceptionnel et s’élude rapidement en considérations simplistes, l’intrigue plaisante nous apportera au moins la satisfaction de nous laisser entrevoir un monde déboussolant mais parfaitement crédible. Dommage que celle-ci souffre parfois de la précipitation de l’auteur, empêtré dans de si nombreuses imbrications qu’il se retrouve, à la fin du livre, obligé de tout bâcler en moins d’un paragraphe :


« Je sais qui est l’auteur du coup monté contre moi, je sais comment et par qui le Dr Sarton a été assassiné, et je dispose d’une heure pour vous le dire, pour arrêter le criminel, et pour clore l’enquête ! »


Peut-être faudrait-il lire les précédents volumes de la série pour mieux apprécier celui-ci. Dommage que ni le style, ni le message ne donnent particulièrement envie de s’attarder sur ce monde qui, s’il avait été mieux travaillé, aurait peut-être connu des heures plus prestigieuses dans nos cerveaux de lecteurs.



Des considérations qui ne sont plus tellement innovantes...

Citation:
Un robot n’aura jamais le sens de la beauté, celui de la morale, celui de la religion. Il n’existe aucun moyen au monde d’inculquer à un cerveau positronique des qualités capables de l’élever, ne serait-ce qu’un petit peu, au-dessus du niveau matérialiste intégral. Nous ne le pouvons pas, mille tonnerres ! Ne comprenez-vous donc pas que cela est positivement impossible ? […] Nous ne le pourrons jamais, tant qu’il existe dans le monde des éléments que la science ne peut mesurer. Qu’est-ce que la beauté, ou la charité, ou l’art, ou l’amour, ou Dieu ? Nous piétinerons éternellement aux frontières de l’Inconnu, cherchant à comprendre ce qui restera toujours incompréhensible. Et c’est précisément cela qui fait de nous des hommes.



...mais description d'un monde qui ne laisse pas indifférent...


Citation:
En revanche, l’habitude qu’a prise l’homme de dormir la nuit est aussi vieille que l’humanité : un million d’années sans doute. Il n’est donc pas facile d’y renoncer. Aussi, quoique la venue du soir ne soit pas visible, les lumières des appartements s’éteignent à mesure que la soirée s’avance, et le pouls de la Cité semble presque cesser de battre. Certes, aucun phénomène cosmique ne permet de distinguer minuit de midi, dans les avenues entièrement closes de l’immense ville ; et cependant la population observe scrupuleusement les divisions arbitraires que lui imposent silencieusement les aiguilles de la montre. Et, quand vient la « nuit », l’express se vide, le vacarme de la vie cesse, et l’immense foule qui circulait dans les colossales artères disparaît : New York repose, invisible au sein de la Terre, et ses habitants dorment.



... et parfois, on rigole aussi.


Citation:
- Voulez-vous m’aider à sortir du dortoir des célibataires, Jessie ? Je ne m’y plais pas.
Ce n’était peut-être pas une demande en mariage très romantique, mais elle plut à Jessie.



*peinture de Tullio Crali, Incuneandosi nell'abitato (In tuffo sulla città), 1939

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Published by Colimasson - dans Livre
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