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21 octobre 2012 7 21 /10 /octobre /2012 18:36







Ne demandez jamais à Ergün de se présenter à vous… Prenant un air grave, que confirment son front ridé et ses sourcils froncés (on imagine également une voix sombre), il ferait jouer de tous les trémolos de son intonation pour vous débiter ce qu’on imagine être un discours appris par cœur :


« Je viens d’une planète très éloignée qui s’appelle la Terre. Ses habitants ne pensent qu’à faire la guerre. M’étant révolté contre leurs chefs, j’ai été exilé et je suis condamné à errer sans fin comme l’indique le disque noir que je porte sur la poitrine ! C’est pourquoi maintenant mon nom est devenu « Ergün l’Errant » »


Le Dieu Vivant est une bande dessinée qui ne ment absolument pas sur son âge… Publiée en 1974, on pourrait même dire qu’elle fait un peu plus vieille qu’elle ne l’est vraiment… Le charme du vintage entre en jeu. Ce que dit Benoît Peeters à propos de la musique : « n’importe quel tube, même dénué d’intérêt, finit par devenir supportable après un certain nombre d’années, parce qu’il ravive des souvenirs ou des émotions », s’applique aussi à la bande dessinée, et toute sa pertinence s’illustre particulièrement avec cet album du Dieu Vivant.




Il est indéniable que sa construction est bourrée de défauts. La narration est mécanique, stéréotypée, et la progression dans l’intrigue se fait dans l’absence de finesse la plus totale. Le même schéma se répète à chaque fois : situation initiale, élément déclencheur, obstacle, solution miraculeuse. Tous les problèmes sont réglés en une page, parfois même en deux cases. Rien n’est suggéré, et plutôt que de faire comprendre subtilement au lecteur les étapes de la résolution des énigmes qui parcourent l’album, un grand phylactère rempli de ce qui ressemble à une solution de mots croisés vient faire taire toutes ses interrogations. Le style en lui-même est grandiloquent et loupe son objectif premier –qu’on imagine être l’expression épique d’un personnage solitaire- pour verser dans le ridicule le plus complet (« Je ne crois pas que ma place soit ici ! … Qui sait ? Peut-être n’est-elle nulle part… Mais... Je dois essayer… Malgré tout… Adieu Perle !... »).


Pourtant, il faut bien le concéder… le charme du vintage agit réellement lorsqu’il s’agit de considérer les qualités strictement graphiques de l’album. Ici, le dessin caractéristique du style dominant en bande dessinée dans les années 70 ainsi que les couleurs vives et psychédéliques apportent un plaisir visuel qu’on ne peut pas retirer au Dieu Vivant. Pas de quoi, malgré tout, lui pardonner son manque d’attrait narratif.




Le Dieu Vivant : de superbes planches dont il faudrait retirer le remplissage textuel et dont on pourrait s’entourer pour un voyage spatial à travers des contrées exotiques. Un tableau qui aurait pu être réussi, si son imagination narrative avait été à l’égard de son débordement d’idées graphiques.


Les explications compactées dans des phylactères de dix centimètres carré permettent d'éluder rapidement les complications amenées par un scénario tiré par les cheveux :




Ouh... du kitsch !

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Published by Colimasson - dans Bande dessinée
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