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17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 18:34






Alors, fiction ou délire complet ? Un peu des deux, peut-être ? Pour Philip Roth, pas de doute qui tienne : son Grand Roman Américain décrit avec rigueur la véritable histoire des Etats-Unis au cours de la deuxième partie du 20e siècle. Mais Philip Roth est un gouailleur à l’esprit enjoué ; lequel de ses lecteurs ne le saurait pas ? Difficile de savoir quelle part de sincérité il investit dans ses propos lorsqu’il jure avoir retracé dans son livre les évènements qui ont fait des Etats-Unis ce qu’ils sont aujourd’hui. Les existences qu’il décrit à travers ses joueurs de base-ball et les autres individus qui participent de près ou de loin au maintien de cette sphère paraissent toutes crédibles, bien qu’elles frôlent souvent les limites du vraisemblable. Mais lorsque Philip Roth nous présente, à la fin de son roman, les conséquences générées au niveau international de l’entrecoupement de ces différentes existences, on ne peut que rester sceptique…Mais reprenons depuis le début.


Le Grand roman Américain dresse une fresque de quelques années décisives vécues par une équipe professionnelle de base-ball au cours de la Seconde Guerre Mondiale. Philip Roth s’acharne comme jamais dans le détail, qu’il s’agisse soit de décrire une partie de base-ball, soit de revenir sur l’existence de chaque membre de l’équipe. Si vous maîtrisez déjà les règles du jeu de ce sport typiquement américain, peut-être apprécierez-vous les descriptions (trop) nombreuses que Philip Roth semble avoir pris grand plaisir à décrire… Sinon, vous lirez ces passages comme des archives de comptabilité : sans rien y comprendre, mais sans que cela ne nuise à la compréhension du reste. La description des membres de l’équipe est tout aussi rigoureuse et passe à travers une mécanique qui a dû sembler indispensable à Philip Roth : l’énumération, joueur par joueur, de leurs caractéristiques accompagnées d’une biographie succincte. De quoi nous donner un bref aperçu des idées démentes qui peuvent surgir de l’esprit de Philip Roth, mais pas davantage. C’est ici que la faiblesse du Grand Roman Américain se fait le plus ressentir : son format n’est pas adapté à la fulgurance habituelle de l’auteur qui, davantage que dans la représentation de grandes fresques, se manifeste le mieux lorsqu’il s’attache à décrire les détails les plus intimes d’une existence individuelle. Ici, on passe sans cesse d’un personnage à un autre sans se laisser le temps de l’attention et de l’attachement. On rit de certains passages saugrenus, des répliques de dialogues bien trouvées, mais il est difficile de ne pas rester éloigné des évènements décrits. Si, dans les premières pages, on s’accordait le droit de sauter les passages incompréhensibles des descriptions de partie de base-ball, la lecture avançant, il sera de plus en plus difficile de ne pas appliquer ce même comportement au reste du livre. Malheureux à dire, mais l’impression se confirme au fil des pages : le plaisir n’est pas là.


Rendons grâce tout de même au Prologue et à l’Epilogue du Grand Roman Américain. Ici, Philip Roth s’exprime en son nom. On le retrouve enfin, tel qu’il nous avait habitués à le connaître dans la plupart de ses autres romans. Dans ses propos iconoclastes, illogiques, imaginatifs, imbus, immenses, imprévisibles, incohérents, inimitables, irrationnels –le plaisir des allitérations n’est plus à trouver- on s’écrierait presque de joie : « Enfin ! Te revoilà ! »


Philip Roth a voulu s’essayer à un processus d’écriture qui lui ressemble peu, en prenant du recul et en décrivant une situation globale plutôt qu’en prenant appui dans la conscience d’un seul personnage. Il a eu raison de prendre le risque de se lancer ce défi, mais qu’il prenne mesure du résultat : décevant. Là où son humour noir et son esprit critique s’emparent habituellement des moindres détails, Le Grand Roman se fait avare, traversé parfois de quelques truculences, mais bien maigres par rapport à ce dont Philip Roth peut être capable.


Il n’empêche… Vrai ou faux ? Caricature ou réalité ? Même s’il ne parvient pas à subjuguer, Philip Roth détient toutefois assez de talent pour mettre en doute son lecteur. La conclusion à laquelle il parvient est hénaurme, mais après nous avoir infligé une démonstration implacable de l’imbriquement du base-ball avec la vie de n’importe quel américain lambda, elle ne semble pas si invraisemblable que ça…


Si la raison est séduite par Le Grand Roman Américain, le cœur l’est, malheureusement, beaucoup moins…


Dans le prologue, un développement sublime sur l'engouement simple et innocent des enfants pour le pet :

Citation:

« Les gosses adorent les pets, n’est-ce pas ? Même aujourd’hui, avec toute cette drogue, ce sexe et cette violence dont parle la télé, ils s’amusent encore, comme nous autrefois, d’un pet. Peut-être bien que le monde n’a pas tellement changé après tout. Ce serait bien de penser qu’il existe encore quelques vérités éternelles. »




Dans le livre, une explication convaincante de la pertinence du choix du base-ball comme représentatif des moeurs des habitants des Etats-Unis :

Citation:
« Qu’est-ce qui soude cette nation, Roland ? La bannière étoilée ? Est-ce d’elle que parlent les hommes en buvant une bière, de leur amour pour leur glorieux drapeau ? Dans les trams, dans les trains, dans les bus, que dit un Américain à un autre Américain pour lier conversation ? « O say can you see by the dawn’s early light ? » Non ! Il dit : “Hé, comment ont été les Tycoons aujourd’hui ?” Ou encore : “Hé, Mazda s’est-il offert un nouveau home run?” Maintenant, Roland, comprends-tu ce qui lie comme des frères des millions et des millions d’Américains, qui rapproche des rivaux, qui fait d’étrangers des voisins, qui rend amis les ennemis, ne serait-ce que pendant la durée d’un match ? Le base-ball ! »



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Published by Colimasson - dans Livre
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