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6 septembre 2012 4 06 /09 /septembre /2012 14:06





Qu’est-ce qui est le plus difficile ? Faire le deuil de sa planète natale ? Ou apprendre que, tout compte fait, elle n’a pas été détruite, et qu’elle continue toujours à abriter ses ouailles dans un coin perdu de l’Univers ?


Demandez ça à Arthur Dent, il vous répondra… même si lui-même n’a sans doute pas une réponse bien définie sur la question. Oui, la Terre existe toujours, et avec elle son lot de fous du volant qui méprisent le plus minable des auto-stoppeurs coincé sur le bord d’une voie rapide, sous le déluge. Alors qu’il croise une âme charitable qui accepte de le faire grimper dans sa voiture, Arthur Dent fait la connaissance de Fenchurch (rajoutez un nom improbable à votre longue liste des noms improbables déjà présents dans les tomes précédents). Il fallait bien que ça finisse par se produire… Nous sommes dans l’avant-dernier tome de la série, et Douglas Adams nous avait épargné jusqu’alors les traditionnelles histoires d’amour qui ne font pas avancer l’histoire mais qui offrent une touche de romantisme aux lecteurs accros au parfum d’eau-de-rose (on aimerait demander à ceux-ci : pourquoi êtes-vous venus vous perdre dans la lecture du Guide du voyageur galactique ?). Dans ce quatrième volume, impossible d’y échapper. Douglas Adams ne se contente pas de caler une légère allusion mielleuse entre deux pages qui détonnent d’une dérision réjouissante –non : il fait tourner l’intégralité de son récit autour de cette histoire d’amour étonnamment conventionnelle, pour ne pas dire niaise.


C’est accompagné de sa Fenchurch –dont le potentiel comique est nettement moins élevé que celui de l’androïde dépressif Marvin- qu’Arthur Dent va aller de (maigres) surprises en (rares) réjouissances. La technique qui permet de rater le sol, découverte dans le volume précédent, devient ici prétexte foireux à décrire les joies du transport amoureux. Les particularités du personnage de Fenchurch décrivent une jeune fille éthérée dont le seul ressort comique résulte de la confrontation avec la grossièreté généralisée du reste de l’Univers (mais qui paraît de manière bien amoindrie dans ce quatrième volume). Douglas Adams aurait-il essayé d’imiter le style de Barbara Cartland ?


Malheureusement, les personnages secondaires s’estompent au profit de cet ennuyeux couple et ne viennent pas relever le niveau des aventures. Douglas Adams offre toute la virulence de ses descriptions absurdes et déjantées dans les premières pages du livre. Le reste s’essouffle rapidement. Si Zola peut ennuyer pour ses longues descriptions monotones, Adams ennuie au contraire dans la succession des actions fadasses qu’il fait vivre à ses personnages.


On comprend pourquoi les dauphins se sont barrés de ce volume. Prochain départ annoncé, celui du lecteur ? Même si Douglas Adams a finalement réussi à me décevoir, arrivée à ce point de ma lecture de la « trilogie en cinq tomes », je suis bien trop attachée à son univers pour lâcher en si bon chemin. L’écrivain a réussi à s’attirer un capital sympathie qui résiste même aux plus grossières fautes de goût. Alors, espérons seulement que ce soit Fenchurch qui disparaisse du volume suivant… la qualité des aventures du Guide du voyageur galactique s’en ressentira certainement.


Quand même, quelques passages qui méritent le déplacement :

Citation:
« Il avait lu quelque part que les Esquimaux avaient plus de deux cents termes différents pour qualifier la neige, faute de quoi leur conversation serait sans doute devenue extrêmement monotone. Ainsi distinguaient-ils la neige fine et la neige épaisse, la neige légère et la neige lourde, la neige collante, la neige friable, la neige qui tombe en flocons, la neige qui tombe en bourrasques, la neige qui se décolle de la semelle des bottes du voisin pour maculer le sol impeccable de votre petit igloo, les neiges de l’hiver, les neiges du printemps, les neiges du temps de votre enfance qui étaient tellement mieux que toutes vos neiges modernes, la neige fine, la neige poudreuse, la neige de colline, la neige de vallée, la neige qui tombe le matin, la neige qui tombe la nuit, la neige qui se met à tomber juste quand vous alliez partir à la pêche, et la neige que, malgré tous vos efforts pour les dresser, vos huskies ont salopée en pissant dessus. »



Citation:

« Provenant d’une autre direction, il éprouva les sensations d’un troupeau de moutons affolés par une soucoupe volante, mais elles étaient pratiquement indiscernables des sensations d’un troupeau de moutons affolés par n’importe quoi d’autre, car c’étaient des créatures qui apprenaient fort peu lors de leur séjour en ce bas monde, qui s’ébahissaient de voir le soleil se lever tous les matins, et continuaient d’être stupéfiées par tous ces petits trucs verts qui poussaient dans les champs. »




Quelqu'un a-t-il déjà goûté aux sandwiches anglais ?

Citation:


« Le sentiment persiste en Angleterre que confectionner un sandwich savoureux, désirable ou en quoi que ce soit appétissant constitue une sorte de péché que seuls commettent les étrangers. « Faites-nous les secs », semble être l’ordre gravé au tréfonds de la conscience collective nationale, « faites-les-nous caoutchouteux. S’il faut absolument que ces cons-là restent frais, vous n’avez qu’à les laver une fois par semaine. » / C’est en mangeant des sandwiches dans les pubs les samedis à midi que les Britanniques cherchent à expier leurs péchés nationaux. La teneur exacte de ces péchés n’est pas bien claire pour eux, et ils préfèrent ne pas approfondir. Les péchés, ce n’est pas le genre de truc qu’on aime trop approfondir. Mais quels que soient ces péchés, ils sont amplement expiés par tous les sandwiches qu’ils se forcent à consommer. »


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Published by Colimasson - dans Livre
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