Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 14:14



Drôle de couverture pour ce Nao de Brown. On s’attend à lire des histoires de machines à laver –et il y en a, en effet- mais ce n’est pas là le plus intéressant de cet album. Notons toutefois que si Nao pouvait réellement remplacer sa cervelle par une de ces machines, elle ne refuserait pas…

Anglaise fille d’une mère anglaise et d’un père japonais, Nao ne se sent pas particulièrement bien intégrée et ne se sent pas en phase avec son image de « copine exotique ». Elle a peut-être l’air marrante lorsqu’elle porte de grosses lunettes de soleil et des vêtements vifs ; elle semble peut-être originale parce qu’elle travaille dans un magasin de jouets, est illustratrice, adepte de mangas et fréquente un centre bouddhiste, mais en réalité, Nao est méchante. C’est elle-même qui le dit. Souvent, des idées criminelles lui montent à la tête au détour d’une situation anecdotique. Mieux vaut laisser les couteaux et les pointes de stylo loin de sa portée, elle risquerait de se faire du mal et d’en faire aux autres… Pour se calmer, Nao se répète frénétiquement « Maman m’aime… » et parfois, cette phrase l’aide à apaiser sa violence.



Nao pourrait être n’importe qui d’entre nous ou de notre entourage. Malgré ce T.O.C. difficile à gérer, elle mène une vie plutôt ordinaire, entre colocation, amitiés, travail et famille. Mais peut-être pour se détourner d’elle-même dans l’immédiat, et pour se retrouver dans la part négligée de ses origines, elle s’intéresse avec passion aux activités de son centre bouddhiste. Nao cherche, et ses investigations ne se limitent pas à ces seuls instants qu’elle consacre à la méditation, à la peinture ou aux haïkus. Par une suite de coïncidences qui n’ont pris sens qu’en raison de son attention accrue, Nao rencontre « Le Rien » : un réparateur de machines à laver qui ressemble terriblement à ce personnage du dessin animé japonais « Itchy ».Le reste ne sera rien d’autre qu’une histoire d’amour banale entre deux personnages qui se cherchent eux-mêmes et mutuellement. Histoire tout de même relevée par beaucoup d’originalité, des machines à laver, des pintes de bière, des Dharmapalas, une attaque cérébrale et un accident de vélo…



Glyn Dillon sait prendre son temps pour raconter et pour permettre à son lecteur de deviner, entre les textes et les images, ce qui peut seulement se comprendre par l’inconscient, donnant ainsi la possibilité de rejoindre Nao et « Le Rien » dans leur union insolite. Des dessins à l’aquarelle estompés, bien loin de l’iconographie japonaise moderne qu’il aurait été de mauvais goût d’accoler à Nao comme un fardeau biographique, permettent de voyager plus facilement dans la réalité de ces personnages illuminés par les histoires et par leur propre pouvoir imaginaire.


« […] nous sommes très bons pour enseigner le langage, les chiffres, les jugements et les peurs, toutes ces choses dont nous avons besoin, pas seulement pour survivre, mais pour communiquer… pour raconter et comprendre des histoires »


Tout le monde ne l’est peut-être pas, ou dans des mesures plus ou moins grandes, mais Glyn Dillon peut revendiquer son titre de conteur en toute légitimité. Le Nao de Brown ne semble pas inoubliable mais, qui sait… peut-être m’en souviendrais-je à nouveau un jour alors que je croirais l’avoir oublié ? L’esprit est tellement surprenant…



Citation:
Oui, Hello Kitty semble ne pas avoir de bouche, mais Winnie l’ourson n’a pas de pantalon et Action Joe n’a pas… eh bien, il est peu probable qu’il « conclue ». Quoiqu’il en soit, selon Sanrio, elle a bien une bouche… elle est simplement cachée sous sa fourrure. Elle n’est donc jamais dessinée… mais elle existe… en théorie. Et ce que tu n’as pris en compte, c’est que l’équivalent masculin d’Hello Kitty, « Dear Daniel », n’a pas de bouche non plus… ce qui réfute ton affirmation selon laquelle Hello Kitty représenterait l’archétype de la femme japonaise et son absence de voix.


Partager cet article

Repost 0
Published by Colimasson - dans Bande dessinée
commenter cet article

commentaires

Mo 12/06/2013 09:39

J'ai l'impression de redécouvrir l'ouvrage en te lisant. Cela tient aux visuels que tu proposes. A mesure que le temps passe, ce ne sont plus ces "hallucinations" que je garde en tête ^^

Colimasson 13/06/2013 09:36



Qui sait ce que j'en retiendrais plus tard ? ... ;)