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10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 13:41





Mais où est passé le charme attendrissant, désuet et fantasque de Raymond Calbuth, cet autre personnage créé par Didier Tronchet ? Dans Stars d’un jour, le générique d’entrée nous avait permis de croire que nous allions le retrouver. Dès la première page, le programme indique la liste des figurants aux drames télévisuels de cette nouvelle série et le sosie du couple Calbuth semble se profiler, sauf que Raymond et Monique Calbuth cèdent leur place à monsieur Mimile et à mademoiselle Zezette, nominés aux oscars pour le prix du sordide. A leurs côtés, on trouvera Roger Grobert (prix de la meilleure déprime), Charles-André Champonneau (oscar de la malchance), Ronald Potiron (meilleur désespoir masculin), Mme Veuve Boilot (meilleur désespoir féminin), Victor, vieillard incontinent hurlant sa détresse (meilleur son), Maurice Poissart (meilleur costume), le parking de la cafétéria Rond-Point le soir de Noël (meilleur décor) et Julio Iglesias (meilleure musique). Les personnages sont crasseux, moches et volontairement enlaidis, les traits de leurs visages semblant avoir subi les effets de la gravitation de plein fouet : ce ne sont que joues tombantes, paupières molles, mentons flasques et sourires renversés. Jusqu’ici, rien n’étonne vraiment car on connaît Didier Tronchet et on sait que ses personnages n’ont jamais été réputés pour leur sex-appeal.


Hélas, c’est également parce qu’on connaît Didier Tronchet que les histoires de Stars d’un jour se montrent tristement décevantes. Alors que le couple Calbuth vivait dans un quotidien aussi déprimant et morne que celui de Stars d’un jour, Didier Tronchet réussissait malgré tout à sublimer leurs aventures jusqu’à ce que le rire et l’imagination émergent, non pas en vaines illusions cherchant à nier une réalité sordide mais en une puissante force de dérision qui parvenait à l’abattre. Rien de tel ne se produit dans cet album : les personnages se succèdent en courtes scénettes rivalisant pour l’obtention de l’Oscar de la Misère humaine. Certes, les chutes de chaque histoire sont drôles, mais quel labeur pour y parvenir… pour un petit sursaut de rire misérable, il aura fallu endurer des planches déprimantes. Pour peu qu’on essaie de rivaliser avec les personnages dans l’obtention du prix du Sordide, on lira cette bande dessinée aux toilettes, sous une glauque lumière artificielle, dans une ambiance moite et odorante, et on aura envie de plonger la tête dans la cuvette, de se noyer et de mettre fin à l’abyssale tristesse de la vie.




Didier Tronchet n’est pas médiocre puisqu’il arrive à provoquer un réel sentiment d’abattement chez son lecteur. Reste maintenant à savoir qui, se sentant d’une humeur égale, aurait envie de retrouver cette déprime lente et diffuse caractéristique des fins de journées éprouvantes. Malgré les sourires niais des personnages de la couverture, Stars d’un jour provoque un malaise qu’un Raymond Calbuth arriverait tout juste à dissiper.



Trop réaliste pour être drôle :

Citation:
De tendres et merveilles images du passé me revenaient… C’était l’année dernière… On avait pris des anchois, une part de dinde et du moka-maison… 57F ! Ca valait le coup ! A la caisse, je lui avais payé son entrée et sa boisson. Discrètement. La dinde était un peu dure, mais avec la sauce, ça passait. On a dansé entre les tables et la porte des toilettes. Au juke-box, on a mis 5 Julio Iglesias pour 5F… Ça valait le coup…


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Published by Colimasson - dans Bande dessinée
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