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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 21:15
Les Fragments d’Antonin (2006)




Film constitué de bric et de broc, semblable sur ce point à son personnage Antonin. Alors qu’il était professeur, le jeune homme est envoyé sur le front pour combattre au cours de la guerre de 14-18. Traumatisé, il réchappe de cette expérience avec une belle accumulation de troubles psychiques : entre gestes nerveux répétitifs, mutisme et comportement autistique, Antonin n’a plus rien du séduisant jeune homme qu’il avait pu être. Plus tard, on appellera ces victimes des « traumatisés de guerre ». Pour l’heure, une telle dénomination n’existe pas encore. Le professeur Labrousse, un avant-gardiste du corps médical, se passionne toutefois pour le cas d’Antonin auquel il fait appliquer une nouvelle méthode qui consiste à libérer l’esprit du traumatisé en lui faisant revivre les moments les plus intenses de son expérience.

Gabriel le Bomin connaît son sujet –en tout cas il le prétend- et se targue d’avoir dévoré les documentaires concernant le sort des traumatisés de guerre, des années avant de concrétiser la réalisation des Fragments d’Antonin. Pourtant, lorsqu’on regarde le résultat, on pourrait en douter. Le Bomin ne nous apprend rien de nouveau et ne fait que nous ressasser ce que l’on savait déjà de bon droit : la guerre a eu des conséquences catastrophiques qui ne se comptent pas seulement en nombre de blessés et de morts, et dont les répercussions peuvent aussi être psychologiques –donc invisibles. Le message incite à prendre du recul, à considérer avec plus de circonspection les bilans tirés des guerres ; il aurait été intéressant d’entendre cette voix dans les années 60 mais aujourd’hui, qui oserait encore douter du contraire ?





Pire que ce bavardage ennuyeux dans le fond et dans la forme -la mise en scène est molle et outrancière- Gabriel le Bomin commet le crime de juger sa thèse inintéressante. Le réalisateur n’en a certainement pas conscience mais ce sentiment se ressent au nombre des exagérations grossières qui parcourent le film. Pour amplifier la pureté originelle des personnages, on nous présente un Antonin au visage d’ange, instituteur dévoué, ami des pigeons et observateur discret de l’humanité. Le professeur Labrousse est d’une compassion d’autant plus impressionnante que ses sentiments altruistes parviennent à s’exprimer malgré la mort récente de son fils. Tous les personnages sont plus ou moins estropiés, laissent leur regard flotter dans le vide beaucoup trop longtemps, et ne sourissent que tristement. Ils prennent des figures d’anges parce qu’ils sont issus d’un monde de brutes, et ces portraits sublimés –caricaturaux- les rendent insupportables.





Gabriel le Bomin insiste, dans ses discours, sur la prédominance des blessures de guerre invisibles, mais il n’est pas à une contradiction près lorsqu’il émaille son film de longs plans qui se concentrent sur des membres mutilés, des visages amochés ou des explosions meurtrières. Pour être certain que le spectateur comprenne bien l’horreur des scènes auxquelles il assiste, le tout est renforcé par un orchestre de violons qui viennent déverser leurs mélodies dépressives par-dessus les champs de ruines.





Une histoire d’amour légère et délicate vient culminer au sommet de ce ramassis niaiseux et simpliste, qui déshonore son sujet en cherchant à en faire un sujet d’observation artistique. Il n’y avait pourtant pas besoin d’aller chercher aussi loin, et en faisant croire que les traumatismes de guerre ne constituent pas un sujet qui se suffit à lui-même, Gabriel le Bomin se situe à l’antithèse du message qu’il cherchait à exprimer.

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Published by Colimasson - dans Film
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