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9 juin 2013 7 09 /06 /juin /2013 19:43



Invisibles aujourd’hui, mais peut-être pas hier… Le reportage de Sebastien Lifshitz s’intéresse au présent de ceux et celles qui ont revendiqué le droit à l’homosexualité lors des années de libération sexuelle des années 70. On se souvient de grandes manifestations, de témoignages et d’interviews qui indignèrent l’orthodoxie sexuelle des familles traditionnalistes. On a l’impression que ces manifestations visaient alors davantage à faire de l’homosexualité une nouvelle façon de vivre qu’un penchant sexuel cherchant à être reconnu de la même façon que l’hétérosexualité. On se souvient également des manifestations féministes pour le droit à l’avortement et d’une apparente solidarité sororale et transgénérationnelle formidable.


Et puis… que sont devenus ces jeunes enflammés des années 70 ? Après avoir vécu leur rêve d’une société où chacun pourrait mener sa vie sexuelle et amoureuse comme bon leur semble, l’ont-ils poursuivi ou l’ont-ils abandonné ? Sebastien Lifshitz interroge plusieurs hommes et femmes, aujourd’hui âgés, sur le point déclinant, vivant seuls ou en couple car l’amour –même s’il est choisi- reste parfois moins préférable qu’une agréable solitude ou qu’une vie de papillonnage. Le casting effectué par Sebastien Lifshitz n’aurait certainement pu être mieux réalisé. Les hommes et femmes qu’il interroge sont possédés par une force vitale, une énergie et un dynamisme impressionnants. Est-ce la récompense pour avoir réussi à construire une existence originale ? Peut-être, mais l’intervention du réalisateur n’est sans doute pas à négliger. Il parvient à amener ses interlocuteurs jusque dans les retranchements les plus intimes de leur vie. Sans doute sentent-ils l’intérêt de Sebastien Lifshitz qui, en exacerbant leur fierté et leur joie dans le souvenir, crée une relation de confiance et amène des conversations aussi spontanées que si la caméra n’existait pas.



Les Invisibles ne voue pas son sujet au seul fait de l’homosexualité. Ce reportage parle aussi de la vieillesse et, plus généralement, nous permet d’entendre l’opinion d’hommes et de femmes au sujet d’une existence qu’ils ont choisi de mener le plus en phase possible de leurs valeurs et de leurs sentiments. C’est parfois long, parfois attendrissant, parfois émouvant et parfois désespérant, à l’image de leur passé…


Sur TELERAMA, des extraits commentés du film par Sebastien Lifshitz.





Citation:
J'ai essayé de construire Les invisibles autour de séquences où l'on a le sentiment que la parole a le temps de se déployer, qu'elle est brute, naturelle et qu'elle n'est pas manipulée. Même si le montage, bien sûr, sculpte le témoignage et le contracte, j'ai essayé de couper le moins possible pendant le tournage et cette tourterelle, qui vient se poser dans le film, est un instant magique où nous avons retenu notre souffle pour ne rien gâcher, pour laisser s'installer la poésie et l'humour de la scène. J'étais toujours été attentif à rester très concentré, pour sentir ce qui se passait sous nos yeux et ne rien perturber quand la vie se manifestait d'une manière ou d'une autre.







Citation:
J'ai tenu à la filmer, comme tous les autres intervenants du film, chez elle, installée à sa table. J'appelais ça les “plans de table” parce que, pour moi, une maison se structure autour d'une table, l'endroit où l'on mange, où l'on parle, où l'on travaille… Il était important d'inscrire des gens comme Monique dans leur propre décor et de ne pas les installer dans un studio comme si on les avait posés là de manière arbitraire. Tout ce qui les entoure, leur espace, leurs objets, parle autant qu'eux. J'ai aussi essayé d'obtenir une parole spontanée, ni travaillée, ni répétée. Ce que Monique dit là, elle le dit pour la première fois.







Citation:
Comme Pierrot, filmé à 85 ans dans ce champ où il a passé sa vie, avec sa casquette de biais, ce soleil qui lui tape dans l'œil, les témoins des Invisibles sont des êtres accomplis. Je pense que le plaisir que les gens peuvent prendre à voir ce film vient de là : la découverte de ces gens qui sont partis de loin, qui ont accompli un long chemin et qui, au soir de leur vie, sont arrivés à bon port. Sains et sauf.


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Published by Colimasson - dans Film
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