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13 mars 2013 3 13 /03 /mars /2013 16:21





Les poils, c’est important ! Demandez un peu à Gladys pour savoir ce qu’elle en pense… si elle a épousé Fabrice et si elle l’aime d’un amour qu’elle croit indéfectible, ce n’est pas seulement pour sa pilosité simiesque, d’accord, mais quand même : cette chevelure hirsute qui parsème son corps et lui donne un air sauvage d’australopithèque fait partie intégrante de son identité. Lorsque Fabrice décide alors de lui faire la surprise de se raser des pieds à la tête pour sortir leur couple d’une certaine routine pourtant pas désagréable, Gladys pousse un cri de terreur. Non pas que Fabrice imberbe soit immonde, mais parce qu’il ne ressemble plus du tout à son époux, l’éternel homme poilu. Et finalement, c’est plutôt excitant…




Avec ce nouvel homme dans son lit, Gladys oublie sa responsabilité d’épouse fidèle et de mère aimante. Retournée à l’âge d’or adolescent, elle ouvre de nouveau l’œil sur toute forme masculine séduisante passant à sa portée. Dans la rue, chaque homme lui apparaît comme un réservoir de potentialités à explorer. La capture paraît si simple… il suffit de s’asseoir seule à la table d’une terrasse pour faire approcher les éphèbes solitaires. Faillira ? Faillira pas ? L’intrigue se tend autour de ce dilemme dans une progression qui ne semble jamais pouvoir s’assouvir. Les possibilités sont nombreuses : il suffirait d’entrer dans un club privé et de se laisser aborder par les dizaines d’hommes en rut qui attendent leur proie, d’aborder un inconnu dans la rue ou de suivre un collègue séduisant mais mystérieux dans l’espoir de découvrir sa seconde vie… Déstabilisée par l’idée d’avoir pu connaître l’extase avec son mari alors même qu’il ne ressemblait plus à celui qu’elle avait toujours connu, Gladys ne semble plus qu’obnubilée par ce vivier d’hommes inconnus dont elle pourrait s’approcher avec toute l’aisance de sa jeunesse, de son charme et de sa confiance.





Grégory Mardon a construit son album des Poils à l’image de la quête de Gladys. L’action est tendue par la corde du désir : désir de Gladys de connaître d’autres hommes, désir cathartique du lecteur de la voir céder à une impulsion qu’elle avait toujours vivement condamnée. Mais Gladys hésite et semble ne jamais oser dépasser le stade du fantasme. De propositions refusées à possibilités contournées, le désir s’exacerbe et les pages se tournent et s’envolent avec frénésie.




Après la Moustache d’Emmanuel Carrère, les hommes sont une nouvelle fois avertis : vous n’êtes rien de plus que votre moustache, votre barbe ou vos poils. Gare à vous si, en tentant de surprendre votre moitié, vous décidez de leur rendre la liberté : dénudé par la disparition de cette frontière de barbe, la confrontation directe avec la réalité risque d’être brutale…

Citation:


- C’est vrai que tu as un truc de changé. Tu n’aurais pas perdu du poids ?
- Pas autant que ta mère le jour où elle a décidé de se raser la chatte.


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Published by Colimasson - dans Bande dessinée
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