Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 15:10

 




Lars von Trier s’empare du mot Melancholia et le décline en deux parties, à travers deux références. Ces deux références sont : la mélancolie en tant que trait d’une personnalité, étendu jusqu’à la névrose, et Melancholia, le nom de la planète que les scientifiques ont récemment découvert dans l’horizon de la Terre, et qui risque plus certainement de la détruire que de la frôler sans incidence. Deux parties : la mélancolie confinée à l’intérieur d’un seul personnage –Justine-, et la mélancolie qui trouve une échappatoire face à la concrétisation de ses angoisses –la fin du monde.

Ce mode de résolution de la névrose de Justine marque la victoire du doute. Le triomphe était pourtant loin d’être évident.



Après un prélude des plus fantasmagoriques, présage des visions merveilleuses qui se feront de plus en plus fréquentes au fil du film, la première partie s’ancre dans un réel que n’importe qui d’entre nous pourrait connaître. Sachant qu’elle se marie, et qu’elle est censée vivre le jour le plus heureux de son existence, Justine tente un temps de jouer le jeu de l’insouciance –si ce n’est pour elle, ce le sera au moins pour permettre à son mari et à ses invités de s’épanouir dans une ambiance festive. Face à sa sœur Claire, que le bon déroulement de la cérémonie semble rendre nerveuse, elle représente alors la joie pure, presque enfantine. Mais l’heure tourne et les rôles deviennent moins clairs. Justine devient la proie d’une tristesse que rien dans son entourage –si ce n’est l’esprit cynique de la mère- ne justifie. Alors que tout aurait pu se passer dans les meilleures conditions, Justine transforme son mariage en une entreprise de destruction. Guidée par son naturel mélancolique, elle rejette son époux et fait une croix sur ce qui aurait pu être un brillant avenir professionnel. La planète Melancholia, jamais éloignée mais à peine évoquée, surplombe le paysage et constitue un avatar de Justine. On se prend à imaginer l’influence que la planète pourrait avoir sur certaines personnalités, comme on attribue un pouvoir à la Lune, ou une influence de l’alignement de certaines planètes sur le sort d’une destinée.



Qu’en est-il vraiment ? En se concentrant sur la planète Melancholia, la deuxième partie modère les certitudes que l’on croyait avoir acquises au cours de la première. Certes, la planète s’est encore rapprochée –on la distingue maintenant aussi clairement que la Lune- et Justine s’est installée au plus profond de son sentiment de mélancolie, refusant de manger, de se vêtir et ne trouvant plus la force de tenir debout, malgré les attentions de sa sœur. Mais à mesure que Melancholia se rapproche et que sa menace croît, une nouvelle fois, les rôles deviennent moins clairs. Justine devient de plus en plus sereine, tandis que Claire, en proie à la panique, adopte un comportement irrationnel.



Ce jeu entre les deux Melancholia –le sentiment, la planète- est mené d’une manière habile qui conduit de surprise en surprise, dans une ambiance magique faite de paysages parfois effrayants. La mélancolie, dépeinte dans toute la laideur de ses ravages, devient peu à peu la concrétisation d’une vision lucide et s’achève dans un enchantement apocalyptique. La mélancolie, traitée comme une faiblesse, permet en fait à une force plus grande de se déployer lorsque survient la catastrophe.

Jamais pris au piège d’une vision étroite de ce sentiment, Lars von Trier nous en fournit au contraire une vision riche et nuancée, parfaitement illustrée par le jeu entre la planète et les habitants menacés de la Terre. Le message aurait pu être pessimiste –la mélancolie est la prémonition éclairée d’une catastrophe inévitable à long terme- mais il contraste avec la sérénité et la beauté sans violence d’une fin du monde dont on aimerait presque faire partie…

Partager cet article

Repost 0
Published by Colimasson - dans Film
commenter cet article

commentaires