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1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 16:17






Du rose dégoulinant de partout… corps en bikini sur la couverture… on soupçonne Mon gras et moi d’être une bande dessinée girly -féminité et préoccupations pour le corps en tête. C’est vrai, mais pas que… Si, dans l’imagerie populaire, le rose est l’identificateur de la jeune femme, il est aussi le marqueur du gras et des cellules adipeuses. D’ailleurs, la deuxième couleur dominante de cet album est le noir, représentatif cette fois de la négativité. Qu’on ne s’y trompe pas : derrière ses airs bons enfants, Mon gras et moi n’est pas si jovial qu’il ne le semble de premier abord.


Gally est une dessinatrice qui a fait ses premières armes dans la blogosphère. Ses anecdotes de la « Vie d’une grosse » ont d’abord été publiées sur Internet avant de faire l’objet d’une édition papier. Cette dernière regroupe-t-elle des planches inédites ou découlent-elles d’une sélection de ses dessins virtuels ? L’ouvrage ne le précise pas… Quoiqu’il en soit, cette adaptation peut être considérée comme un premier critère de qualité car elle signifie que le travail de Gally a été apprécié par un suffisamment grand nombre d’internautes pour que les éditions « Diantre » aient jugé intéressant d’y jeter leur dévolu. Et on comprend cet intérêt : en quelques cases, Gally parvient à évoquer son quotidien de « grosse » d’une manière à la fois sincère et originale, sans oublier d’inclure le minimum de distanciation critique qui rend le résultat drôle et parfois cruel. En se contentant de se représenter uniquement dans son univers quotidien, elle n’exacerbe pas une personnalité tranchée qui risquerait de nuire à la proximité qu’elle crée de la sorte avec son lecteur. Un petit ami, des amis, papa, maman et le regard des autres : il n’en faut pas plus pour que puisse se mettre en place le jeu des regards –crucial en ce qui concerne les troubles du comportement alimentaire.






Les dessins sont ronds et sirupeux –à la manière des formes généreuses de leur auteure- et entraînent souvent une amplification du trait parfois presque bon enfant. Pour sa part, le ton se veut léger et tente souvent de dédramatiser des situations pourtant douloureuses –ainsi lorsque Gally ne peut s’empêcher de dévaliser le frigo la nuit ou lorsqu’elle est confrontée au regard des clients de la boulangerie dans laquelle elle va acheter des croissants pour sa famille. Malgré ces apparences de détachement et de frivolité, l’ambivalence de la position de Gally à l’égard de son surpoids (obésité ?) ne tarde pas à se manifester… sa détresse apparaît d’autant plus puissante qu’elle s’échine pourtant à la refouler, hélas sans y parvenir.





La sincérité qui entre dans la démarche de réalisation de Mon gras et moi fait de cet album un objet d’intérêt bien plus profond que la couverture n’aurait pu le laisser croire. En usant d’un humour à toute épreuve, Gally fait partager à son lecteur les difficultés parfois insoupçonnées d’une « vie de grosse » et ne nous permet plus de douter de la force psychologique nécessaire pour endurer cette condition –et pour trouver la volonté de la surpasser, le cas échéant.


Citation:

Quand j’étais petite, maman souffrait d’obésité. Déjà dans son ventre les mauvaises habitudes avaient dû se transmettre. Petit à petit, le germe de la gourmandise s’est insinué en moi. Tout comme il a dû s’insinuer en elle par sa mère, qui devait trop aimer les pâtisseries au miel. Et ainsi de suite, en remontant le fil biologique… Pour arriver à elle qui boulottait sans doute des cuisses de mammouth en douce ! Donc… Si je mange ce 5e bout de fromage… On peut dire que je ne suis pas totalement responsable…







Le lien vers le "Blog d'une grosse" (aujourd'hui fermé) : ICI

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Published by Colimasson - dans Bande dessinée
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