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12 juillet 2012 4 12 /07 /juillet /2012 10:39





Gastronomie et littérature font bon ménage… Lorsque les mises en bouche culinaires semblent avoir révélé aux papilles toutes leurs subtilités, un texte éclairé sur un mets ou la description d’un festin permettent au lecteur d’appréhender différemment ce qu’il croyait avoir acquis en certitudes sur le goût et les techniques de préparation.

Cette anthologie littéraire se présente sous la forme d’un pavé apte à impressionner le plus vorace des lecteurs. Toutes les différentes facettes de la gastronomie –considérée comme l’art de faire bonne chère- sont abordées et triées en chapitres thématiques : qu’il s’agisse des comportements alimentaires (« De la Gourmandise »), de l’art de bien recevoir (« Du bon usage de la table », « Du savoir-faire »…), des aspects socio-historiques (« Des traditions », « Des origines »…) ou des catégories substantielles d’aliments (« Du bon usage du poisson », « De la charcuterie », « Des légumes du potager »…), rien ne semble avoir été oublié. On peut éventuellement regretter la place trop importante accordée aux descriptions de repas ou de fêtes qui s’attardent sur des scènes présentant les enjeux dramatiques pouvant parfois s’établir entre commensaux : hors contexte, ces extraits n’ont pas vraiment de pertinence et peinent à susciter l’intérêt.

De même, on pourra regretter le peu de diversité des références littéraires invoquées dans cette anthologie pourtant considérable. Les siècles traversés s’étirent du XVIe avec Rabelais jusqu’au début du XXe siècle. Pas de dépaysement non plus car l’origine ethnique des références ne s’éloigne guère de la France. Disons qu’on se limite ici à de la gastronomie traditionnelle : pas d’exotisme ni de cuisine moléculaire, mais que des valeurs sûres à base de ragoûts, de patates (pommes de terre à la maître d’hôtel, pomme de terre à la parisienne, pommes de terre à l’italienne, pommes de terre au lard…), de sangliers et de lièvres… N’oublions pas les quelques douceurs qui sauront ravir ces dames et les quelques messieurs au tempérament douillet…A défaut de voyage à travers d’autres cultures, ou d’ouvertures sur l’avenir de la gastronomie, cette Anthologie permettra de faire le point sur nos traditions culinaires et de savourer quelques délicieux textes aussi savamment mijotés qu’un rôti d’Alexandre Dumas…


Corbeille de pain, 1926

Citation:
« Chaque foyer, aisé ou pauvre, pratiquait dans mon village natal une gastronomie qui s’ignorait, la vraie gastronomie, celle qui sait tirer, de tout produit modeste, le meilleur parti. Le légume d’hiver, la pomme de terre, se faisait friandise, parce qu’elle cuisait au sein d’une cendre tamisée et brûlante, qui ne quittait pas un chaudron de fonte noire. Les tubercules sortaient de là blancs comme neige, farineux, et nous les mangions en guise de goûter, poudrés de sel, creusés, et dans la cavité nous enfouissions de petits dés de beurre, tout frais et bien froid. »


Colette, Paysages et portraits

 


Nature morte avec pain et sucreries, non daté


« Mais c’était surtout sur la table que les fromages s’empilaient. Là, à côté des pains de beurre à la livre, dans des feuilles de poirée, s’élargissait un cantal géant, comme fendu à coups de hache ; puis venaient un chester, couleur d’or, un gruyère, pareil à une roue tombée de quelque char barbare, des hollande, ronds comme des têtes coupées, barbouillées de sang séché, avec cette dureté de crâne vide qui les fait nommer têtes-de-mort. Un parmesan, au milieu de cette lourdeur de pâte cuite, ajoutait sa pointe d’odeur aromatique. Troie brie, sur des planches rondes, avaient des mélancolies de lunes éteintes ; deux, très secs, étaient dans leur plein ; le troisième, dans son deuxième quartier, coulait, se vidait d’une crème blanche, étalée en lac, ravageant les minces planchettes, à l’aide desquelles on avait vainement essayé de le contenir. Des port-salut, semblables à des disques antiques, montraient en exergue le nom imprimé des fabricants. Un romantour, vêtu de son papier d’argent, donnait le rêve d’une barre de nougat, d’un fromage sucré, égaré parmi ces fermentations âcres. Les roquefort, eux aussi, sous des cloches de cristal, prenaient des mines princières, des faces marbrées et grasses, veinées de bleu et de jaune, comme attaquées d’une maladie honteuse de gens riches qui ont trop mangé de truffes ; tandis que, dans un plat à côté, des fromages de chèvres, gros comme un poing d’enfant, durs et grisâtres, rappelaient les cailloux que les boucs, menant leur troupeau, font rouler aux coudes des sentiers pierreux. »

Emile Zola, le Ventre de Paris

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Published by Colimasson - dans Livre
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commentaires

Fred Milongeroz 13/07/2012 04:14

la littérature se savoure, se croque, se devore lorsqu'elle sent bon la bonne cuisine traditionnelle!

Bienvenue à bord du Sarmiento!

Colimasson 13/07/2012 10:31



Merci pour l'accueil ;)