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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 19:10





De la solitude absolue à la reconnaissance bédéphile, Nietzsche aura effectué du chemin. N’était-ce pas lui-même qui avait prévu que ses textes ne pourraient être lus ni compris avant que l’humanité ait dépassé le cap des années 2000 ?

Ses prévisions sont justes : en effet, Nietzsche connaît une réhabilitation qui dépasse sans peine les médiocres succès intellectuels connus de son existence (deux élèves en conférence à l’université de Bâle). Reste à savoir si ces réhabilitations sont à la hauteur de son œuvre…





Ici, Le Roy au dessin s’associe à Michel Onfray pour mettre en scène l’existence de Nietzsche dans un album grand volume dont la qualité graphique, sobre, racée et élégante, impressionne d’emblée. Seule appréhension : reste à voir de quelle façon l’apport de Michel Onfray influencera le contenu. On connaît en effet cette mauvaise habitude de l’écrivain qui consiste à ne sélectionner que certaines parties de l’ensemble d’une œuvre pour en faire ressortir une thèse qui se conforme avant tout à sa vision hédonique et pseudo-révolutionnaire du monde. Entreprise de vulgarisation qui n’échappe jamais à un certain domaine de la réalité mais qui entraîne cette fâcheuse habitude de réduire une œuvre complexe à un ensemble de stéréotypes qui, loin d’intéresser le lecteur, finissent par réduire sa curiosité à néant en lui faisant croire qu’il lui reste finalement peu de nouvelles choses à découvrir.




Malheureusement, Nietzsche n’échappe pas à cette entreprise de réduction. Ceux qui connaissent déjà un peu l’existence du philosophe ne découvriront rien de neuf : attrait pour Wagner et Schopenhauer puis rejet de la vision du monde propagée par ces deux hommes, admiration des vertus du monde hellène, critique de l’antisémitisme, solitude, crises migraineuses… Le plaisir de prendre connaissance à nouveau de ces étapes clés de l’existence de Nietzsche est toutefois indéniable, surtout lorsqu’il est ponctué par des citations extraites directement de son œuvre. Mais certaines représentations font en revanche grincer des dents lorsqu’elles simplifient la pensée de Nietzsche à l’extrême et qu’elles le réduisent à une caricature vulgaire voire risible. Nietzsche apparaît comme un homme-fini, bourré d’une pensée achevée qu’il assène péremptoirement à ses proches. On ne voit jamais les phases de l’élaboration de sa philosophie, et le philosophe semble artificiel, aussi complexe que puissent l’être ses idées.




Surtout, la présence de Michel Onfray aux commandes de cet album se ressent avec trop de lourdeur. Le mépris de Nietzsche pour le christianisme devient une diatribe presque intolérante ; son éloignement total des valeurs antisémites se transforme en approbation de béni-oui-oui tolérant du 21e siècle. En tournant la dernière page, on croirait presque voir en Nietzsche le précurseur de Michel Onfray : philosophe paré d’un voile de révolutionnaire mais finalement très politiquement correct.

Au-delà de cette déception, le travail scénaristique de Le Roy fournit toutefois un plaisir de lecture indéniable. Que l’on apprécie ou non la pensée de Nietzsche, on aimera voir se développer sous nos yeux la progression de son existence. A prendre comme une agréable distraction mettant en scène un philosophe qui mérite tout notre intérêt.

Citation:

C’est désespérant et c’est tant mieux ! Car c’est l’espoir qui est à l’origine de toutes nos déceptions. Le désir ne tient jamais ses promesses ! En nous livrant la vérité, Schopenhauer finit par nous donner une recette pour ne pas souffrir… A sa manière, il nous dit comment être heureux.



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Published by Colimasson - dans Bande dessinée
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commentaires

Clovis Simard,phD 09/12/2012 20:04

La redoutable majesté des renvendications infinies/Neitzsche.