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29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 15:18





No steak mais aussi no escalope, no tripes, no rognons…échine, poitrine, travers, palette, rouelle, gigot, demi-coffre, lamb & mutton shop et autres affriolants abats, des amourettes au thymus. Le livre d’Aymeric Caron revendique le végétarisme le plus complet, duquel il exclut également le poisson (parce qu’il s’agit d’un être sentient) et le lait (parce qu’il résulte de l’exploitation de dames laitières), avec une exception toutefois pour les œufs, les yaourts et le miel (les abeilles ne souffrent pas de l’exploitation mellifère ? il suffit de voir le film Des abeilles et des hommes pour en douter).


Estimant que nous n’avons plus besoin d’informations objectives pour nous convaincre de la pertinence qui sied au régime végétarien –et en effet, ces dernières années ont permis à n’importe quel quidam de prendre connaissance des conditions d’élevage industrielles des animaux par le biais de multiples documents et vidéos-, Aymeric Caron se propose plutôt de bâtir une petite philosophie du végétarisme. Manque de pot, cette philosophie est plutôt foutraque et tient de guingois, malgré la séparation de ce No Steak en plusieurs pièces argumentatives de choix. On veut bien considérer avec intérêt chacun des chapitres : ils valent ce qu’ils valent, certains étant très instructifs lorsque d’autres sont d’une démagogie qui nivelle le discours par le bas. Le bémol principal apparaît lorsque l’enchaînement des chapitres fait ressortir des contradictions violentes qui ne sont pas imputables à la condition du végétarien en général, mais qui sont le résultat de mascarades, révélation des divers costumes que revêt Aymeric Caron pour mieux convaincre (embobiner) son lecteur. No steak donne ainsi la regrettable impression de déambuler à travers les rayons d’un magasin proposant différents packs de « régime sans viande ». Les marques nationales sont le « végétarien », le « végétalien », le « végane », le « flexitarien » et le « pesco-végétarien » ; les marques discount excluent les bébés animaux ou permettent de se racheter de la souffrance infligée aux animaux d’élevage par la vénération louée aux animaux de compagnie ; les marques de luxe excluent tout produit animal alimentaire jusque dans l’huile de palme contenue dans les biscottes, les gâteaux industriels, les céréales mais aussi les produits cosmétiques. A partir de là, la prise de position dégénère vite puisque, comme le disait le Groland : l’homme qui ne pollue pas est un homme mort. Mieux que ça : puisque l’homme mort continue à influencer son environnement en se décomposant et en rejetant des particules néfastes pour l’atmosphère et les sols, l’homme qui ne pollue pas est l’homme qui n’existe pas. Mais l’homme qui n’existe pas ne peut rien faire pour améliorer la vie sur terre.


Le discours d’Aymeric Caron est souvent agaçant car il transforme le végétarisme en compétition. Qui sera le plus cohérent ? le plus intègre ? le plus incorruptible ? Même s’il approuve la moindre tentative visant à diminuer sa consommation de viande, Aymeric Caron ne peut s’empêcher de faire son apparition et de fanfaronner discrètement sur les victoires de son engagement contre ses goûts et instincts alimentaires originels. On comprend qu’il soit fier de lui et qu’il veuille démontrer que ses efforts ne sont pas vains, puisqu’ils lui permettent d’améliorer son estime de lui-même, mais ce comportement risque aussi de laisser dubitatif le lecteur qui n’aurait pas encore atteint son niveau de végétarisme : il faut avoir vraiment souffert d’abnégation pour ne pas pouvoir s’empêcher de réitérer à tout propos la preuve de la pertinence de son engagement.



Mais peut-être No steak ne me convint-il pas car Aymeric Caron et moi ne partageons pas le même point de vue philosophique ? S’il est une partie de son livre que je trouve indispensable, c’est bien celle-ci : « Parce que la morale nous commande d’arrêter la viande ». En évoquant Descartes, Rousseau Peter Singer, Tom Regan, Gary Francione, Jeremy Bentham…, Aymeric Caron nous fait prendre conscience des principes moraux qui peuvent entraîner chaque individu vers le végétarisme (ou loin de lui). Si l’auteur se juge plutôt déontologiste et abolitionniste, je me situe plutôt du côté des welfaristes, conséquentialistes et utilitaristes (on découvrira également l’existence des spécistes et anti-spécistes, des anthropocentristes, des pathocentristes, des biocentristes égalitaristes et des biocentristes hiérarchiques, et enfin des holistes : tout un programme !). Ce qui me sépare d’Aymeric Caron est donc énorme : si lui souhaite voir disparaître toute forme d’exploitation animale aboutissant sur une mort précoce et douloureuse parce que l’animal est un être sentient, je considère que cette position est naïve car elle nie la dimension inéluctable de la mort et le caractère absurde de toute existence. Pour un peu, Aymeric Caron nous ferait presque de la psychanalyse animale : au nombrilisme humainement égoïste succèderait le nombrilisme animalement altruiste. Pauvres bêtes ! elles sont exploitées, souffrent et doivent mourir -oui, et alors ? C’est le sort réservé à tout être vivant. L’argument le moins approprié surgit lorsqu’Aymeric Caron croit bon d’évoquer ces scènes qui ont ému l’opinion publique, dans lesquelles on voit intervenir un animal d’une espèce X pour « sauver » un animal d’une espèce Y comme preuve de la bonté et de la gratuité altruiste du comportement animal. On peut aussi n’y voir qu’une nouvelle démonstration d’anthropomorphisme.


Plus généralement, No steak donne l’impression d’être avant tout un ouvrage en la gloire de l’homme (végétarien, végétalien ou mieux encore végane). L’intérêt porté par Aymeric Caron aux animaux est incontestable mais sa réflexion ne se poursuit pas à long terme. L’énumération intarissable des célébrités végétariennes laisse interrogatif : s’agit-il d’ajouter son nom à ce Panthéon des héros quotidiens ? Devient-on végétarien parce qu’« une étude menée en 2011 par des étudiants de Harvard semble [.. ;] l’attester : après avoir interrogé différents groupes de population sur leurs pratiques sexuelles, ils ont conclu que les végétariens sont plus nombreux que les autres à pratiquer le sexe oral ! » ?


Aymeric Caron est un conséquentialiste qui s’ignore : tous les moyens sont bons pour convaincre le premier lecteur venu à se convertir au végétarisme. C’est la raison pour laquelle son livre fait se côtoyer la fierté la plus puérile et la plus naïve à la portée symbolique, morale et historique de son steak synecdotique.




Est-ce ainsi que les hommes se rachètent de leur conscience coupable ?

Citation:
« Au Balto, les chiens et les chats disposent de chambres individuelles qui sont la réplique presque exacte de chambres pour humains (exception faite de la taille, évidemment) : dans chaque pièce un lit stylisé (armature en fer forgé), des draps, une couverture des oreillers, une armoire… Au mur des paysages encadrés, mais surtout, une télévision à écran plat qui diffuse essentiellement… des programmes animaliers ! Et ce n’est pas tout : des caméras de surveillance sont installées pour permettre aux maîtres partis en vacances d’observer leur animal sur Internet.
Les services proposés sont à l’avenant : repas à la carte préparés chaque jour en cuisine salle de détente commune avec écran plasma géant, salle de jeux, salon de beauté avec possibilité de massages (sessions de reiki pour chien, guérison énergétique, purification, soulagement de la douleur), limousine disponible pour les sorties au parc… Les animaux peuvent même se faire immortaliser par une artiste peintre. »




... ou est-ce en se voilant la réalité ?

Citation:

« Dans le spot réalisé en 2010, Herta continue à exploiter le filon « enfance, nature et sérénité » en narrant les premiers émois amoureux d’un petit garçon et de sa jeune voisine, sous les yeux attendris de la maman de cette dernière. Ça se passe dans un jardin, avec en fond sonore une chanson pop-folk acidulée chantée par une douce voix féminine. Là encore, le jambon n’apparaît que quelques instants et de manière quasi subliminale. Chez Herta, groupe alimentaire allemand aujourd’hui propriété de Nestlé, il n’y a pas d’animaux. Il y a des enfants, de l’émotion à deux balles, des aphorismes à pleurer, mais pas de bétail, et bien évidemment pas d’abattoirs. »



Citation:
« On pourrait croire que la première censure à laquelle nous sommes confrontés dans notre vie concerne le sexe. Faux. Elle concerne la condition animale. Les enfants n’ont pas le droit de voir ni de savoir ce qui se passe dans les élevages industriels, la manière dont on tue les animaux ou celle dont on les utilise dans des laboratoires. Lorsqu’on éveille un enfant au monde, on lui présente la beauté d’un coucher de soleil, on lui explique les feuilles qui rougissent à l’automne, on lui demande de lever les yeux vers le ciel les soirs de pleine lune. On ne l(emmène pas visiter une chaîne d’abattage de porcs. »




Descartes est l'un des premiers à avoir rendu populaire le pouvoir de l'homme sur l'animal avec le concept d'animal-machine :

Citation:
« Depuis Descartes, l’humanisme symbolise l’esprit français. Pour beaucoup, cet humanisme a l’air extrêmement sympathique parce qu’il est synonyme de droits de l’homme. Mais en réalité ça ne se limite pas à cette question. L’humanisme consiste à dire que l’humain s’inscrit dans un environnement, et qu’il en est au centre. L’humanisme est donc par définition anthropocentriste et défend la supériorité de l’être humain sur le reste. Cette tradition de pensée qui s’arc-boute sur la défense des intérêts humains convainc la plupart des philosophes actuels que l’homme et la nature (et donc les animaux) sont des vases communicants et qu’augmenter les intérêts de l’un fait automatiquement baisser les intérêts de l’autre. »
Jean-Baptiste Jeangène Vilmer




Pour mieux se situer parmi toutes les positions philosophiques qui entourent le végétarisme (ou non) :

Citation:
« Considérez-vous que les êtres humains doivent être notre seul motif d’intérêt ?
Si oui, vous êtes anthropocentriste.
Vous souciez-vous de tous les êtres qui souffrent ?
Si oui, vous êtes pathocentriste.
Vous souciez-vous de tous les êtres vivants ?
Si oui, vous êtes biocentriste.
Si vous êtes biocentriste, considérez-vous que tous les êtres vivants se valent ou établissez-vous une hiérarchie entre eux ?
Dans le premier cas, vous êtes biocentriste égalitariste, dans le second cas vous êtes biocentriste hiérarchique.
Considérez-vous que nous avons des responsabilités et des devoirs envers tout ce qui existe, y compris l’eau et la terre ?
Si oui, vous êtes holiste. »





*images de Lori Nix et Ferdinand Holder

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Published by Colimasson - dans Livre
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commentaires

fleur de cactus 16/07/2014 16:39

PARCE QUE LA MORALE NOUS COMMANDE D’ARRÊTER LA VIANDE
La viande est un animal mort (non sans blague ?) Mais savez vous, chers végétariens, végétaliens, végans, anti-spécistes, que des rongeurs (de jolis petits lapereaux par exemple), des insectes et autres gastéropodes sont exterminés afin de préserver nos culture ? Ainsi à chaque plat, préparation à base de légumes, à chaque baguette achetée, c’est un animal (dit nuisible) qui disparaît (et par là c’est toute la chaîne alimentaire qui en souffre…) Mais pour certains, il faut croire qu’un mouton, une vache ou une chèvre c’est plus mignon qu’un rongeur ou un gastéropode, peut-être ??? Après on s’étonne de voir des rats dans nos égouts, nos décharges, et nos maisons… c’est l’ignorance de l’humain qui pousse à ces dérives… mais ne mangeons plus que des végétaux, ça nous aidera à être plus intelligent, c’est vrai… Pour preuve les herbivores sont les plus intelligents des animaux :-D
DONC, LA MORALE DOIT EGALEMENT VOUS COMMANDER D'ARRÊTER LES CÉRÉALES

fleur de cactus 16/07/2014 19:15

L'utopie est de croire que l'on peut se passer à terme des animaux.
En effet, en agriculture, les entrants (entre autres les engrais) sont massivement issus de l'industrie pétrochimique, qui comme tout le monde le sait, est condamnée à terme.
Quitte à exploiter quelqu'un, je préfère que soit les animaux en lieu et place de mes semblables.
Et je ne parle même pas ici de manger de viande...
A stupide, stupide et demi

officialhealthtips 16/07/2014 19:05

Vu que c'est sans fin et que tout ce que nous mangeons est soit pourri soit a des conséquences il faut choisir son camp et le mien n'est pas celui de ceux qui croient toujours avoir le dernier mot mêne si il est stupide...

officialhealthtips 25/09/2013 22:37

Être végétarien vous a rendu faible !

Je ne vois rien de violent à dire qu'un con est un con !

Je ne défend aucune cause et n'en veux qu'à la stupidité des cannibales qui se croient plus intelligents que nous.

Avec un peu de chance leur cancer du colon leur rappellera combien ils avaient raison :-)

Will 25/09/2013 22:20

Bonsoir,

Étant moi-même végétarien,je suis outré par la violence du précédent commentaire, qui dessert complètement la cause animale par son fondamentalisme injurieux. Si vous voulez convaincre, faites-le
de façon intelligente, là personne n'a envie de vous soutenir, quand bien même nous partagerions la même cause.

officialhealthtips 25/09/2013 13:38

MESSAGE A TOUS LES CANNIBALES MANGEURS DE VIANDE


Bonjour,


Je ne supporte plus tous ces idiots comme Natacha et Jp Coffe chez Ruquier qui font semblant de ne pas comprendre qu'ils ont tord et que Aymeric a raison quand il leur explique qu'il n'y aura
bientôt plus assez de viande pour tout le monde sur terre vu que les chinois et autres peuples se mettent en en manger de plus en plus.

SOYEZ CANNIBALES SI VOUS VOULEZ mais essayez de ne pas être idiots et nier la réalité !

Vos enfants ne mangeront peut être plus du tout de viande et certainement pas autant que vous.

Et même message aux abrutis qui ne comprennent pas que manger des insectes cela veut dire manger de la farine d'insecte (sans gout) et pas les insectes eux mêmes, êtes vous vraiment trop stupides
pour comprendre ça ?

Enfin vous me faites rire en croyant que c'est trop important pour les français de manger de la viande, c'est ridicule, vous en mangez simplement par habitude et parce que l'industrie tout comme
les gouvernements a voulu que vous en mangiez !!! Et vous croyez que c'est un choix, vous êtes déplorables !

Je trouve que Aymeric devrait vous laisser mourir car vous ne valez mêmes pas la salive nécessaire pour essayer de vous expliquer !


A+ les cannibales incultes !

William 21/08/2013 23:12

Bonjour,
Concernant votre billet, vous écrivez : « Ce qui me sépare d’Aymeric Caron est donc énorme : si lui souhaite voir disparaître toute forme d’exploitation animale aboutissant sur une mort précoce et
douloureuse parce que l’animal est un être sentient, je considère que cette position est naïve car elle nie la dimension inéluctable de la mort et le caractère absurde de toute existence. » Et un
peu plus loin, vous réaffirmez : « Pauvres bêtes ! elles sont exploitées, souffrent et doivent mourir -oui, et alors ? C’est le sort réservé à tout être vivant. »
= Donc si l’on vous suit, on peut faire subir n’importe quoi à n’importe qui puisque de toutes façons rien ni personne n’échappe à la mort. Le problème c’est qu’avec un raisonnement aussi
drastique, on légitime tout et n’importe quoi. Est-ce que par exemple vous vous octroieriez le droit de torturer un animal sous le prétexte que vous allez le tuer pour le manger ensuite ?

« Aymeric Caron est un conséquentialiste qui s’ignore : tous les moyens sont bons pour convaincre le premier lecteur venu à se convertir au végétarisme. »
= Soyons honnêtes : tout le monde défend son opinion et ne cherche en réalité qu’à convaincre son voisin qu’elle est la plus valable, même si l’on y met les formes afin de rendre le tour plus
digeste et de ne pas entrer en conflit de façon systématique. C’est une impasse intellectuelle et un moyen bien commode d’enrayer toute réflexion personnelle que de prétendre que les arguments d’en
face servent à nous convaincre…la belle affaire !! Il est évident que tous les arguments employés par le sire Caron ne se valent pas, mais leur hiérarchie est implicite et dépend après tout de
sensibilités distinctes, d’où l’intérêt d’en convoquer une multiplicité pour toucher le plus grand nombre, mais vous le savez pertinemment. Même constat en ce qui concerne l’énumération de
célébrités végétariennes, qui n’est qu’une ficelle parmi d’autres et un moyen universellement employé pour faire sa petite œuvre de propagande perso. C’est de bonne guerre. Même dans votre billet,
il y a un tri nécessaire pour séparer le bon grain de l’ivraie.

Tant qu’à perdre un peu de temps, vous auriez pu faire le choix d’une critique plus efficace en soulignant les arguments qui se « valent » et en démontrant en quoi ils ne font pas le poids selon
vous face à ceux qui « sont d’une démagogie qui nivelle le discours par le bas ».

Colimasson 22/08/2013 09:11



Il existe de bien meilleurs livres invitant à une réflexion plus étayée, moins naïve et moins propagandiste que celui-ci. Quant à refaire la liste des arguments "qui se valent", puisque ceux-ci
sont généralement les mêmes d'une réflexion à une autre, je n'en vois pas l'intérêt.


Le végétarisme ne prêche que les convertis. Quant aux autres, ils seront ravis de lire que les arguments pour s'y convertir ne valent pas un rond (énumération de célébrités, atteinte au nerf
sensible de l'émotion...) et ceux-ci contribueront une nouvelle fois à sa dépréciation...


Mais ce n'est là que mon avis.