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3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 18:31





En ces temps fuyards où tout change sans cesse d’apparence, il ne restait plus qu’une chose à laquelle vous pensiez pouvoir fermement vous raccrocher : l’objectivité. Ne s’agit-il pas de ce point de vue incontestable, unique, censé poser sur le monde un regard jamais influencé par les variations d’ici-bas ? Eh bien non ! en tout cas pas dans le domaine artistique. La Nouvelle objectivité fait son apparition en Allemagne, entre les années 1919 et 1933, et restera « nouvelle » certainement jusqu’à ce qu’elle ne soit pas dépassée par une autre objectivité, qui lui volera à son tour le prestige et l’honneur de la nouveauté.


En couverture de ce livre, un portrait de la journaliste Sylvia von Harden peint par Otto Dix, le plus connu des représentants de la Nouvelle objectivité. Les couleurs sont vives : le peintre semble se réapproprier les tons contenus de la réalité pour les interpréter à sa façon, se concentrant sur le rouge vif des lèvres et de la robe de la journaliste jusqu’à en imprégner tout le décor –murs, cocktail, cigarettes et bague compris. Partant de l’expressionnisme jusque-là prégnant en Allemagne, les artistes de la Nouvelle objectivité se rapprochent, par certains de leurs aspects, à la peinture surréaliste pratiquée à peu près à la même époque en France, Belgique et Espagne.





On peut choisir de découvrir la Nouvelle Objectivité en contemplant seulement les images proposées par Sergiusz Michalski dans son livre. Un grand nombre d’artistes sont représentés parmi tous les groupes dénombrables en Allemagne : Berlin et le vérisme, Dresde avec Otto Dix, Munich avec Georg Schrimpf, Karlsruhe avec Karl Hubbuch, Cologne et le constructivisme figuratif, Düsseldorf avec Johanna Ey, Hanovre avec Ernst Thoms. Mais la liste est beaucoup plus longue des artistes qui contribuèrent à ce mouvement, et tous sont évoqués au moins une fois, ne serait-ce que par le biais d’une photo, d’une citation, d’une toile ou d’un dessin. On pourra ainsi essayer de définir par l’intuition les liens unissant ces artistes de la Nouvelle objectivité, et au-delà des variations de forme, tous semblent se retrouver dans la représentation désillusionnée d’une Allemagne miséreuse, terrain fertile pour l’émergence d’un totalitarisme bien connu.


Si l’on cherche à mettre des mots pour définir ce mouvement vécu comme un mode de vie par ses représentants, les explications de Sergius Michalski apporteront un complément d’informations qui permettra de distinguer les subtilités qui séparent les différents groupes voire les différents artistes entre eux. Les citations émaillent le texte et donnent à contempler les intuitions souvent terrifiantes d’artistes qui avaient dès lors pressenti que leur Allemagne –tout du moins- glissait sur une pente fatale. Ainsi George Grosz :


« Le vériste tend un miroir à ses contemporains, pour qu’ils y voient de quoi ils ont l’air. J’ai dessiné et peint par esprit de contradiction et cherché par mon travail à convaincre le monde qu’il est laid, malade et trompeur. »


Miracle ( ?) de la création artistique, la laideur se transfigure et devient, pour nous autres spectateurs épargnés par la déchéance d’une nation, créations de ce mouvement de la Nouvelle Objectivité, superbe ensemble de réalisations à travers lesquelles « l’esprit humain s’y révéla dans ce qu’il y a de plus beau et de plus laid ».

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Published by Colimasson - dans Livre
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