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31 août 2012 5 31 /08 /août /2012 12:14





L’œuvre de Redon, galerie de monstres fantastiques, croisements merveilleux de polypes, de coquillages, de têtes cillées surmontées d’un unique œil globuleux, n’a cessé de provoquer des réactions passionnées depuis leur création jusqu’à maintenant.
Ses productions biologiques, fantasmagoriques ou monstrueuses, nous interrogent à bon escient sur la diversité de la vie et nous conduisent inéluctablement à imaginer ce qu’elle aurait pu être si le hasard avait pris une tournure différente. Mais peut-être, l’œuvre de Redon n’est-elle qu’une hypothèse cherchant à figurer la population de notre planète dans des temps lointains ou futurs…

Odilon Redon, né en 1840, a connu la publication de la Théorie de l’Evolution de Charles Darwin en 1859. En connaissance des ébranlements gigantesques qu’a provoqués ce livre, on est en droit de se demander quelle est la part d’influence de la théorie du scientifique sur l’œuvre du peintre… Odilon Redon, darwinien aguerri, explorant à travers ses créations les mystères de la vie biologique ?

Vincent Noce étudie le parcours du peintre, de sa naissance à sa mort, de sa prédilection pour le noir jusqu’aux peintures colorées de la dernière partie de sa vie, afin d’étudier les variations de son œuvre comme on observerait la métamorphose de la chrysalide en papillon. Il met ses dessins et peintures en relation avec les productions des artistes de son époque, qu’il s’agisse d’écrivains (Huysmans, Poe, Flaubert), de peintres (les Nabis, Delacroix, Moreau) ou de musiciens (Beethoven, Bach), et observe les résultats de ces influences en terme de créativité, d’inspiration et de métamorphose intellectuelle. Les découvertes scientifiques suscitées à la suite de la publication de la Théorie de l’évolution, les controverses et débats ayant lieu au sujet de ce livre, viennent ponctuer l’existence de l’artiste comme autant de détails anodins qui finissent pourtant d’éclairer les particularités de sa production artistique.

Une telle mise en perspective de l’œuvre d’Odilon Redon apporte un éclairage intéressant. Alors, l’influence du darwinisme n’est-elle que spéculation ou réalité déterminante ? Malgré un développement fouillé, bien que prévisible, la conclusion se veut tiède. En faisant de l’œuvre d’Odilon Redon une douce apologie de la création biologique, ses peintures et dessins perdent de leur fascinante étrangeté. Mieux vaut-il penser que le mystère de l’inspiration du peintre ne sera jamais totalement élucidé….


Les pensées et découvertes des scientifiques répondent souvent aux créations de Redon, et dans leurs descriptions, on se prend à imaginer ses dessins au fusain les plus connus :

André Mellerio a écrit:
« Dans une simple goutte d’eau s’évoquait un pullulement inattendu et prodigieusement varié. Annelés fusiformes, munis de cils vibratoires, protoplasmes sphériques, formes changeantes, sans relâche grouillant, se tordant, surtout s’entre-dévorant. »



Une analyse de Triste Montée :



Citation:

Dès le recueil Dans le Rêve, Redon a fixé l’une de ses images les plus parlantes : Triste Montée représente une tête de bébé ailée, incapable encore de voler, emportée dans les cieux obscurs, reliée aux fils d’une tête-montgolfière maternelle. Sur le plateau, les yeux levés, le bébé regarde, plein d’amour et d’espoir, sa mère casquée, dont le visage est tourné du côté opposé, et dont le regard perdu, descendant, ne croisera jamais le sien. Au bas du tableau figurent, imbriqués, une maison et un bateau (celui de la traversée de l’Atlantique ?). Le possible de l’enfant est suspendu aux fils invraisemblablement ténus qui le lient à une maternité impassible, et d’une impossible filiation.




Et l'observation de l'évolution du choix des couleurs dans l'oeuvre de Redon, où on passe de la noirceur du fusain aux couleurs :

Citation:
Le noir, en tout cas sous le regard de l’artiste, est bien une couleur. Elle est même celle qui donne toute sa noblesse à son art, « la couleur la plus essentielle », dit-il dans une véritable profession de foi : « il faut respecter le noir. Rien ne le prostitue. Il ne plaît pas aux yeux et n’éveille aucune sensualité. Il est agent de l’esprit bien plus que la belle couleur de la palette ou du prisme ».



Citation:
Avec la couleur, les papillons voletants ont remplacé les chrysalides chevelues : « Les monstres, et la terreur qu’ils engendrent, la douleur des faces convulsées, ces effrayantes visions du chaos primordial et d’une création bouillonnante, tout cela s’évanouit comme un pénible et ténébrant cauchemar à jamais disparu », témoigne André Mellerio, évoquant sa préférence désormais « presque exclusive pour la femme, l’enfance et les fleurs ». Tout ce qui, « dans la nature et l’humanité, brille d’éclat et de fraîcheur », toutes ces « clartés jetant sur la trame obscure du monde comme un réseau doré. »




« La matière huileuse contient un maléfice. Elle subjugue, elle retient obstinément devant le chevalet, chaque jour avec un nouveau tourment, et avec un nouveau ferment.»
Odilon Redon

« Peintre, allez donc voir la mer. Vous y verrez les merveilles de la couleur et de la lumière, le ciel étincelant. Vous sentirez la poésie des sables, le charme de l’air, de l’imperceptible nuance. Vous en reviendrez plus fort et remplis de grands accents. Poètes, allez voir ce rivage. Vous aurez à chanter le mystère de l’infini. Vous aurez sur ces bords la forte solitude… »
Odilon Redon

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Published by Colimasson - dans Livre
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