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15 novembre 2013 5 15 /11 /novembre /2013 13:30



Après avoir connu l’accomplissement tragique de l’oracle, Œdipe réapparaît dans l’œuvre de Sophocle à un âge plus avancé. Aveugle, rejeté de Thèbes par ses deux fils, Œdipe traîne ses savates accompagné de sa fille Antigone. Ils finissent par atteindre une ville et s’y arrêtent. Le hasard aidant, bondissant de surprise en prophétie, ils apprennent que cette ville porte le nom de Colone et qu’il s’agit de la ville dans laquelle les tourments marquant l’existence d’Œdipe doivent prendre fin. Le roi Thésée l’accueille dignement et en deux actes, l’épisode pourrait se conclure sereinement. Ce serait mal connaître les mésaventures de la lignée des Labdacides…

Ainsi, au cours des actes suivants, Colone devient le lieu de rencontre de perturbateurs indéfectibles : d’abord Créon, régent de Thèbes, qui tente de convaincre Œdipe de rentrer chez lui, usant d’abord de la persuasion douce et avant d’en venir à la force brute en enlevant ses filles ; ensuite Polynice, un des fils d’Œdipe, qui réclame l’aide de son père après des années d’indifférence. Rien n’y fait : Œdipe reste solidement cramponné à Colone. Avoir tenté de fuir à tout prix les présages d’un oracle lui avait porté malheur, en accepter l’accomplissement lui accordera peut-être enfin un peu de repos.

Tous les éléments sont rassemblés pour que cette pièce constitue une œuvre puissante et Sophocle parvient d’ailleurs à en tirer toute la substance. S’il peinait parfois à allier le fond et la forme pour représenter des épisodes purement tragiques, le motif d’Œdipe à Colone convient mieux à son écriture digne et contenue. Il semblerait que Sophocle soit un auteur de la maturité et qu’il brille davantage à illustrer la sagesse de personnages qui sont allés jusqu’au bout de leur destinée, plutôt que d’évoquer les tourments de personnages que la passion ne lasse pas de désespérer.



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Jalabert. Œdipe et Antigone quittant Thèbes frappée de la peste



« ISMENE. – Mon père et ma sœur, quelle joie de vous appeler tous deux, de vous parler ! Je ne vous ai pas trouvés sans peine, et maintenant c’est à peine si mon chagrin me laisse vous regarder.
ŒDIPE. – Mon enfant, c’est toi qui es venue !
ISMENE. – O père infortuné, douloureux spectacle !
ŒDIPE. – Mon enfant, c’est toi qui es ici ?
ISMENE. – Et certes ce n’est pas sans peine !
ŒDIPE. – Viens, touche-moi, mon enfant.
ISMENE. – Je vous serre tous les deux dans mes bras.
ŒDIPE. – O chair fille et sœur de ma chair !
ISMENE. – O vies deux fois accablées ! »

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Published by Colimasson - dans Livre
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