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5 juin 2013 3 05 /06 /juin /2013 14:01



Nicolas Winding Refn aurait dû se contenter d’être photographe. En dehors de magnifiques scènes éclairées par des lumières qui ne vont pas sans rappeler Blade Runner, peuplées d’illusions d’optiques et de jeux de juxtaposition admirables ; hormis un sens de la narration très personnel qui rend les gestes de chaque personnage semblables à ceux d’une mécanique, Only God Forgives vaut peu de choses. Nicolas Winding Refn aurait pu se contenter d’être photographe car il ne sait pas écrire de scénario intéressant. Il aurait pu se contenter d’être photographe car, de toute façon, la majorité de ses scènes sont fixes, sauf lorsqu’il s’agit de faire mumuse au sabre et de trancher les vilaines pattes qui traînent.


Only God Forgives aurait peut-être mieux fait de ne pas exister. Ce film est triste. Il déchaîne une violence gratuite que je n’arrive pas à m’expliquer. Première hypothèse, la moins affligeante : nous prendrait-on pour des bourgeois anesthésiés qu’il faut à tout prix réveiller à grands renforts d’électrochocs ? Nicolas Winding Refn pense peut-être que c’est la seule manière de retenir l’attention d’un public saturé d’audiovisuel et donc moins capable de se souvenir des images qui n’auraient aucune intention provocatrice. Encore une fois, je citerais mon brave Nietzsche qui est toujours utile dans ces cas-là :


« Par contre m’offusque indiciblement une tournure vulgaire dans les œuvres nordiques, par exemple dans la musique allemande. Il s’y mêle de la honte, l’artiste s’est avili à ses propres yeux et n’a pas même pu s’empêcher d’en rougir : nous avons honte avec lui, et sommes offensés de sentir que c’était à cause de nous que l’artiste croyait devoir s’avilir. »


La violence gratuite est le moyen le plus facile pour susciter des remous. D’autres moyens plus originaux, plus courageux, plus intelligents auraient pu être déployés. Mais pourquoi se casser la tête… il suffit de bluffer par ailleurs avec de belles images pour faire croire au génie.




Ce film est triste parce que sa violence gratuite, extrême, semble également vouloir nier la violence quotidienne et dissimulée d’une réalité qui ne se mêle ni de kung-fu, ni de métaphysique à deux balles. On a l’impression que Nicolas Winding Refn ne s’en rend pas compte, que rien n’a grâce à ces yeux que la mort brutale et la violence inutile. Mais je m’implique peut-être trop personnellement dans un film qui n’a sans doute pas d’autre intention que de paraître décomplexé à l’heure où les sentiments un peu plus nobles et humains paraissent ringards.


Mentionnons tout de même Kristin Scott Thomas, formidable en mère castratrice, dont la verve et les airs tranchants restent la dernière trace d’humanité de ce film –et encore…

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Published by Colimasson - dans Film
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