Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 15:35






Le Monsieur est un vieil homme solitaire… Il évolue à l’intérieur d’une sphère réduite à son plus strict minimum : sa domestique Louise le seconde dans les tâches de la vie courante ; il échange parfois quelques mots avec son voisin le Pâtissier, qu’il croise en sortant de l’immeuble ; enfin, il reçoit parfois la visite de son frère, ce qui constitue pour lui les rares occasions où il accepte de pointer son nez à l’extérieur de son appartement.


« […] la solitude a du bon et du mauvais, mais quand personne n’exige plus rien de vous, on a sa liberté. La liberté d’aller et venir, de penser et d’agir, de manger, de dormir à sa guise. »


Toutefois, le Monsieur n’est pas aussi esseulé qu’il veut bien le laisser croire… Même, il a beau affirmer chérir sa solitude, comme pour se persuader de l’impossible : en réalité, il ne la supporte pas. Tout seul devant son plateau de jeu d’échecs, il appelle véhément et réclame un partenaire de jeu : Louise, le pâtissier, son frère… n’importe qui fera l’affaire. C’est que le Monsieur est resté seul trop longtemps, dans une longue période qui a succédé à des années de bonheur avec sa femme, Gerda, et leur petite fille. Orage nous apprendra peu à peu les raisons qui ont interrompu ces belles années. Les comportements des personnages, à l’issue de ce premier drame rapporté, seront l’occasion de dresser un premier portrait peu flatteur de l’humanité. Mais ce ne sera pas le dernier…


La solitude du Monsieur ressort peut-être encore plus cruellement depuis que ses voisins de l’étage supérieur sont morts et que leur a succédé une famille mystérieuse qui ne s’éveille qu’à la tombée de la nuit pour s’emporter dans des ballets tapageurs –joyeux ou tragiques ? La vie intense qui semble animer ces nouveaux voisins impose un contraste cruel à la routine calme –sereine ou ennuyeuse ?- qui caractérise le quotidien du vieux Monsieur. Cette agitation, qui se traduit chez lui en un bruit de fond incessant, rappelle les premiers roulements de tonnerre de l’orage…


Cette pièce courte ne constitue sans doute pas le texte idéal par lequel aborder l’œuvre d’August Strindberg. Elle cumule de grandes qualités –profondeur psychologique des personnages, intérêt dramatique, qualité des personnages secondaires- mais elle est extrêmement brève et se termine si rapidement qu’elle laisse le lecteur dans un sentiment de frustration peu agréable… Mais il ne s’agit là, bien sûr, que d’un signe du talent que nous laisse apercevoir August Strindberg, et nous donne envie de nous précipiter bientôt sur un texte plus consistant de son œuvre…


Citation:
LE MONSIEUR. – Il y a bien longtemps que vous n’êtes pas venu dans cet appartement, monsieur Starck ?
LE PÂTISSIER. – Oui, il y a juste dix ans !
LE MONSIEUR. – Vous nous aviez apporté le gâteau de mariage… Rien de changé ?
LE PÂTISSIER. – Absolument rien… Le palmier a poussé, bien sûr, mais à part ça, rien de changé…
LE MONSIEUR. – Et rien ne changera, jusqu’à ce que vous apportiez le gâteau de l’enterrement. A partir d’un certain âge, plus rien ne change, tout se fige, on n’avance plus que comme un traîneau sur une pente…
LE PÂTISSIER. – C’est vrai !
LE MONSIEUR. – Et comme ça, on est bien tranquille… Pas d’amour, pas d’amis, un peu de compagnie seulement pour distraire la solitude ; et alors les hommes ne sont plus que des hommes, ils n’ont plus aucun droit, ni à vos sentiments ni à vos sympathies ; on se détache tout doucement, comme une vieille dent, et on tombe, sans douleurs, sans regrets.

Partager cet article

Repost 0
Published by Colimasson - dans Livre
commenter cet article

commentaires