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9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 09:32



Attention, voilà du lourd !
Orlando, c’est le genre de bouquin qu’on commence à lire, plein de bonnes intentions (parce que c’est du Virginia Woolf, ça devrait être pas trop mauvais quand même…) et puis après les premières pages, on commence déjà à être au bord de l’indigestion, comme si s’était enfilé une grosse part de forêt noire à chaque page achevée.

L’histoire en elle-même est intéressante… Nous suivons les pérégrinations d’Orlando, un jeune noble anglais du début du 18e siècle. S’ensuit une histoire d’amour inachevée avec la fille de l’ambassadeur de Russie, suite à quoi il décide de partir en Orient. Après un sommeil prolongé d’une semaine, Orlando se réveille femme. Il vit quelques temps en compagnie des Tziganes puis, regrettant la vie moderne de Londres, Orlando retourne dans son pays d’origine où elle mènera une vie mondaine et connaîtra quelques déboires amoureux provoqués par sa nouvelle identité sexuelle et sa vie d’écrivain. Le livre se clôt en 1928, alors qu’Orlando trouve enfin la gloire dans sa carrière d’écrivain.

Si l’histoire n’est pas trop mauvaise, en revanche, le bât blesse au niveau du style. Il pourra plaire à certains, je n’en doute pas, mais il ne correspond pas du tout à mes préférences personnelles dentsblanches .
Certaines phrases s’étendent sur une ou plusieurs pages, et c’est plutôt la règle que l’exception. Cette longueur, loin d’apporter quelque chose au texte, semble même plutôt pallier à une faiblesse de l’écriture de Virginia Woolf : parce qu’elle n’arrive pas à expliciter clairement ses pensées en un mot ou en une expression, elle tourne autour du pot, utilise un mot et toute sa suite d’homonymes dans une longue énumération ponctuée par des points-virgules, si bien que lorsque l’on atteint le bout de la phrase, on a déjà oublié ce dont voulait nous parler Virginia au début.
En dehors de cela, le style est un peu trop ampoulé à mon goût, et ce n’est absolument pas ce que je recherche dans la lecture, mais c’est une question de préférences personnelles…

Les meilleurs passages s’affirment lorsque Virginia nous parle des difficultés que peut rencontrer tout écrivain lors de l’acte d’écriture :

« Quiconque a tâté des rigueurs du style me dispensera ici des détails ; il sait ‘avance qu’Orlando écrivait et trouvait tout bon ; lisait et trouvait tout affreux ; corrigeait puis déchirait ; retranchait ; ajoutait ; touchait à l’extase, puis au désespoir ; connaissait les bons soirs et les mauvais matins ; empoignait les idées pour les perdre ; voyait son livre, naguère si net devant lui, se dissoudre ; mimait le rôle de ses personnages en mangeant ; déclamait en marchant ; pleurait ; riait ; hésitait entre divers styles ; préférait aujourd’hui l’héroïque et le pompeux, demain le simple et le terre-à-terre ; tel jour les vallons de Tempé, tel autre les champs du Kent ou de Cornouailles ; sans pouvoir décider, en fin de compte, s’il était le génie le plus divin ou le plus fieffé imbécile de la terre. »

(et en plus, un exemple des phrases à rallonge, quoique celle-ci reste encore très modeste dentsblanches )

On trouve également des bons passages lorsqu’Orlando femme intègre les grandes soirées mondaines et se lasse très rapidement de sa compagnie :

« Voici des mois que je vais dans le monde, dit Orlando en jetant un bas à travers la pièce, et je n’ai rien entendu que Pippin [le chien d’Orlando] n’eût été capable d’exprimer. J’ai froid. J’ai faim. Je suis content. J’ai attrapé une souris. J’ai enterré un os. Un baiser sur mon nez, je vous prie. »

« La vieille Madame du Deffand et ses amis ont parlé pendant cinquante ans sans arrêt. Et qu’en reste-t-il ? Peut-être trois mots spirituels. Nous sommes donc libres de croire soit qu’on ne disait rien chez Madame du Deffand, soit qu’on n’y disait rien de spirituel, soit enfin que les trois paroles spirituelles durèrent dix-huit mille deux cent cinquante soirées, ce qui ne laisse pas beaucoup d’esprit à la part de chacune. »

En dehors de l’intrigue et du style, Orlando peut être un livre intéressant pour ceux qui ont envie de mieux connaître Virgnia Woolf puisqu’il semble clairement qu’à travers son personnage, elle décrive ses propres ambivalences sexuelles et la difficulté qu’elle ressent à affirmer son identité sexuelle. On retrouve également les interrogations qui jalonnent son parcours d’écrivain et la solitude qu’elle éprouve au milieu de ses semblables.

Reste la gêne que j’éprouve devant le style de Virginia Woolf… et je ne sais pas si je repartirais de sitôt avec un autre de ses livres. Mais si Orlando est un ouvrage mineur de son œuvre, ce n’est peut-être pas pour rien…

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Published by Colimasson - dans Livre
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commentaires

stephen 30/07/2011 21:08


pfffff ! ... ( consternant)