Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
5 décembre 2013 4 05 /12 /décembre /2013 14:20


Pour certains, la paresse est une tendance contre laquelle il est difficile de lutter ; pour d'autres, elle est un fantasme qui n'appartient même pas à la réalité ; et pour une dernière catégorie de chanceux, elle est un état de l'être qui mérite d'être résolu par un digne moment de glandage intempestif. Là encore, la paresse reste entachée de préjugés peu laudatifs. Pas besoin de réfléchir bien longtemps pour comprendre les origines d'une si mauvaise réputation : il suffit de connaître un peu la moralité judéo-chrétienne pour associer la paresse au péché. André Rauch, nous montrant toute l'ambivalence qu'il éprouve à l'égard de cette tendance, s'est cependant attelé à la rédaction d'une histoire de la paresse. Effectivement, on sent que ce professeur à l'université de Strasbourg, spécialiste d'histoire culturelle, s'est donné la peine de mener des recherches aboutissant à des analyses faisant se croiser littérature et peinture. Toutefois, sa paresse pointe parfois et s'il est naturel pour un ardent passionné de la flemme de se laisser aller à son penchant, le lecteur risque cependant d'être déçu par la rapidité des analyses effectuées. Une page consacrée à un auteur du 4e siècle et la page suivante nous présente déjà des textes du 15e siècle. Seul un paresseux pouvait s'autoriser une ellipse pareille. Les considérations suivantes sont intéressantes mais ne défrichent rien de neuf. André Rauch nous rappelle que la paresse est condamnée par l'église catholique et nous en explique les raisons logiques. Heureusement, il nous surprend parfois par la citation de textes méconnus. Ainsi ce dicton du 14e siècle, qui vient nous redonner du baume au cœur au milieu d'une histoire de la paresse qui risquait de paraître austère : « Qui est conard & paresseux mourra chetif & mal-heureux».


Voilà qui est bien rigolé. Hop, on glisse ensuite de la religion à la morale comme si de rien n'était, l'explication suivante suffisant à expliquer pourquoi les siècles plus récents, malgré une revendication de plus en plus affirmée à se détacher de l'emprise religieuse, n'a pas réussi à faire disparaître l'idée que la paresse est un péché : « En somme, dans la vie contemplative, l’acédie était surtout amertume, tristesse, absence de concentration ; dans la vie laïque elle devient indolence, frivolité, inutilité, manque de sérieux et distraction. Voici le champ de la religion entr’ouvert à celui de la morale ».


André Rauch devient plus intéressant lorsqu'il ne se contente pas d'une relecture classique des textes et des peintures -ces analyses tournent souvent à la paraphrase ou à la description, ce qui ne manque pas d'intérêt pour les malvoyants. Quelques chapitres sont éclairants, ainsi celui expliquant le jugement de l'homme « moderne » sur les peuples colonisés. La partie consacrée à l'ambivalence de la paresse dans notre société et celle du siècle passé surprend aussi par une finesse d'analyse qui n'était pas présente dans les premiers chapitres, preuve peut-être qu'André Rauch fait un meilleur sociologue qu'historien. A la pêche aux belles images, il n'est pas mauvais non plus et même si ses analyses picturales laissent à désirer, il faut lui reconnaître le mérite de ne s'être pas contenté de nous présenter des peintures classiques. Entre quelques Bosch, Dürer et Brueghel bien attendus, on découvrira par exemple Mantegna, Bartolomé Esteban Murillo ou Theodore Franken, moins courus et moins exhibés que les premiers. Ainsi, André Rauch nous laisse une solution de repli : se calfeutrer dans les fins fonds d'un siège, mettre son cerveau au ralenti, et se contenter de tourner les pages pour admirer les images.



Agrandir cette image

Theodore Franken, Gentleman sur un sofa




Concernant les peuples colonisés aux 15e et 16e siècles :

Citation:
« « Quant aux hommes, ils ne font rien qu’aller à la chasse du Cerf, & autres animaux, pécher du poisson, de faire des cabanes, & aller à la guerre. »
[…] « Ils vont aux autres nations, où ils ont de l’accès, & connaissance, pour traiter & faire des eschanges de ce qu’ils ont, avec ce qu’ils n’ont point. […] A leur retour, « ils ne bougent des festins & dances, qu’ils se font les uns aux autres, & à l’issue se mettent à dormir. » Le propos est à resituer dans son contexte. Aux yeux de ces Européens, chasse, pêche et guerre font partie des privilèges de la noblesse. Hormis cela, les membres de cette caste virile festoient, dansent et paressent. Comme l’a souligné la sociologue Annie Jacob, la ressemblance est donc frappante entre ce que les explorateurs interprètent des mœurs de ces peuplades et ce qu’on observe de la noblesse en Europe : bien que sauvages, les hommes se comportement en aristocrates. »



Agrandir cette image

Francesco Masriera y Manovens, La jeune femme se reposant


André Rauch donne envie d'autres lectures... par exemple Oblomov :

Citation:
« Qui t’a maudit, Illia ? Qu’est-ce que tu as fait ? Tu es bon, intelligent, tendre, noble… et tu te perds ! Qu’est-ce qui t’a perdu ? Il n’y a donc pas de nom à ce mal…
Si, fit-il d’une voix à peine audible.
Elle leva sur lui ses yeux pleins de larmes qui exprimaient une question.
L’oblomovisme ! dit-il dans un souffle. »



Agrandir cette image

Jean-Baptiste Greuze, Un écolier endormi sur son livre


Une origine des jardins familiaux :

Citation:
« L’abbé Lemire […] prétend protéger « un certain ordre social » par le jardinage : « S’ils (les jardins ouvriers) permettent aux ouvriers d’échapper à leurs taudis en profitant d’un air plus respirable, ils les éloignent aussi des cabarets et encouragent les activités familiales au sein de ces espaces verts. » Ainsi apparaissent les potagers devenus en France jardins familiaux par la loi de 1952. »


Partager cet article

Repost 0
Published by Colimasson - dans Livre
commenter cet article

commentaires