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7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 12:26


« Et si on ne faisait rien ? »
On ne lirait même pas ce livre…
Michel Piquemal ne l’aurait d’ailleurs même pas écrit…
Et je ne serais pas obligée d’écrire ce que j’en ai pensé…


Anthologie des paroles les plus « paresseuses », ce livre regroupe des passages inspirés par des auteurs de tous temps et de tous horizons. Marc Aurèle ou Christian Bobin, Omar Khayyam ou Rabindranath Tagore, propageront le bâillement de leur flegme jusqu’à nous, lecteur, qu’on imagine assoupi dans un hamac, avachi dans un canapé ou presque ronflant dans un plumard.


En fait, non. Le paradoxe de la paresse moderne est de ne pas pouvoir exister sans s’inscrire dans le sillage des mouvements d’indignation et de révolte contre le tout-agir que Michel Piquemal résume à deux mots dans sa préface : travailler et consommer.


« Il faut faire du bricolage, du parapente, du jardinage, du footing ou du canyoning… Faire et toujours faire, c’est-à-dire en clair acheter et consommer. Nous croyons être actifs, nous sommes activisés… »


La paresse n’est pas gratuite et contrairement à ce qu’il veut nous faire croire, elle ne consiste pas en contemplation pure et vide –oserait-on dire inutile ? Elle signifie refus de la compétitivité, refus de la consommation, refus de l’exploitation. Elle se justifie par opposition aux valeurs capitalistes et libérales –mais sans cela, vaudrait-elle quand même quelque chose ? Michel Piquemal n’évoque pas cette perspective et pour peu que l’on ait envie d’être vraiment paresseux, c’est-à-dire loque sans envie de révolte, un peu comme Samuel Beckett qui écrivait « Ah ! me répandre comme une bouse et ne plus bouger ! », on se sentirait presque coupable de ne pas rendre notre paresse utile pour la société.


Hormis cette légère gêne, Paroles de paresse reste fidèle à ses promesses et nous dispensera d’allonger notre liste de livres à lire en nous donnant trop de nouvelles idées de lecture. Les citations regroupées sont si peu stimulantes et valorisent si peu cette paresse insouciante qui nous semble être la plus pure, qu’elles ralentissent même le rythme de la main qui tourne les pages. En ce qui concerne la paresse, le mieux consiste encore à ne pas en parler.



 
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Illustrations (même pas paresseuses) de Rémi Courgeon




Marc Aurèle a écrit:
Et non seulement il faut retrancher les actions qui ne seraient pas indispensables, mais il faut aussi élaguer les idées. De cette manière, bien des actions qu’elles entraîneraient, ne s’ensuivront pas non plus.




La Bruyère a écrit:
Il ne manque cependant à l’oisiveté du sage qu’un meilleur nom, et que méditer, parler, lire et être tranquille, s’appelât travailler.




Henry Miller a écrit:
Ne pas dire un mot de toute la journée, ne pas lire le journal, ne pas entendre la radio, ne pas écouter de commérages, s’abandonner absolument, complètement à la paresse, être absolument, complètement indifférent au sort du monde, c’est la plus belle médecine qu’on puisse s’administrer.


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Published by Colimasson - dans Livre
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commentaires

Eve-Yeshe 16/04/2014 15:01

j'aime bien la critique. je ne connaissais pas l'auteur...
j'adore la citation de Cesare Pavese sur votre blog.: j'ai découvert cet auteur grâce à Carlos Ruiz Zafon qui a mis des citations de cet auteur dans l'ombre du vent....