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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 17:36





Découvrons l’ivresse dans toute l’ampleur de sa définition : considérée non plus comme seul état physiologique et mental découlant de la consommation éthylique mais comme un vaste panel de comportements cherchant à transcender la condition humaine – qu’ils soient délétères ou non, aliénants ou non. L’ivresse comme amour de la vie, motivée par l’envie de lier une communion plus intense avec les siens ou d’atteindre les idées divines et spirituelles d’un monde absolu ; l’ivresse comme dégoût de la vie, échappatoire ou longue agonie pour s’enfuir de l’existence plus ou moins confortablement.


Dans leur anthologie des Poèmes et Proses des Ivresses, Vincent Bardet et Zeno Bianu proposent au lecteur une sélection dense et diversifiée de textes. Toutes les époques sont balayées, de Pline l’Ancien (1e siècle) à Lou Reed en passant par Clément Marot (16e siècle) ou Milarepa (11e siècle). Il en va de même pour les cultures, qu’il s’agisse de découvrir l’Asie (Li Pai, auteur de la dynastie Tang), l’Afrique (Ndong Asseko, auteur du Gabon), ou les auteurs généralement mieux connus d’Europe et d’Amérique, ainsi que les contes intemporels qui constituent le fondement des différentes cultures historiques (Les Milles et une Nuits, Le Cantique des Cantiques, l’Epopée de Gilgamesh…). Les formes textuelles ont également été représentées dans leurs variétés : en proportions relativement égales, on trouvera autant de textes poétiques que de textes en proses –parfois même des formes plus libres qui se rapprochent de l’expression plastique avec des dessins ou des calligraphies. Le travail de regroupement réalisé par Vincent Bardet et Zeno Bianu est remarquable et permettra au lecteur de découvrir et de s’intéresser à un grand nombre d’auteurs. De quoi alourdir encore –s’il le fallait- le poids de ses étagères.


« Je ne me soucie plus d’aucune chose ; je n’ai plus de métier, je n’ai plus d’amis ; -je fume. L’opium, chaque jour, m’enfonce plus profond dans moi-même. Et j’y découvre de quoi m’intéresser assez pour oublier le dehors. »


Ainsi s’exprimait Claude Farrère dans « Fumée d’opium ». Pour peu que l’on soit aussi absorbé dans notre lecture de cette Anthologie que Farrère dans son opium, on prendra conscience d’être soi-même sous l’emprise d’une merveilleuse forme d’ivresse…



Sur l’insipidité de l’eau


Ayant le dos au feu et le ventre à table,
Estant parmi les pots pleins de vin délectable,
Ainsi comme un poulet
Je ne me laisseray mourir de la pépie,
Quand en devrois avoir la face cramoisie
Et le nez violet.

Quand mon nez deviendra de couleur rouge ou perse
Porteray les couleurs que chérit ma maistresse ;
Le vin rend le teint beau !
Vaut-il pas mieux avoir la couleur rouge et vive,
Riche de beaux rubis, que si pasle et chétive,
Ainsi qu’un buveur d’eau ?


Olivier Basselin




A mon goût, le plus beau texte de cette anthologie :

Citation:
L’herbe du diable n’est qu’un chemin parmi des millions d’autres. N’importe quoi peut servir de chemin. C’est pourquoi il ne faut jamais oublier qu’un chemin est seulement un chemin ; si tu sens que tu ne dois pas le suivre, alors sous aucun prétexte ne continue d’y avancer. Pour obtenir une telle lucidité d’esprit il faut discipliner sa vie. Alors, seulement, tu pourras comprendre que tout chemin n’est chemin auquel tu peux renoncer si ton cœur le désire sans faire affront à personne, ni à toi ni aux autres. Mais ta décision de poursuivre sur un chemin ou de l’abandonner doit être libre de peur ou d’ambition. Je te préviens, considère chaque chemin en toute liberté et avec une grande attention. […] Puis pose-toi, et à toi seul, une question : une question que seul un vieil homme peut se poser. […] « ce chemin a-t-il un cœur ? » Tous les chemins sont les mêmes, ils ne conduisent nulle part. il y a des chemins qui traversent la forêt, d’autres qui vont dans la forêt. […] Ce chemin a-t-il un cœur ? Si oui, le chemin est bon, sinon il est inutile. Ces deux chemins ne conduisent nulle part, mais l’un d’entre eux a un cœur et l’autre n’en a pas. L’un est propice à un merveilleux voyage ; aussi longtemps que tu le suis, tu ne fais qu’un avec lui. L’autre te fera maudire ta vie. L’un te rend fort, l’autre t’affaiblit.



Carlos Castaneda, L’herbe du diable et la petite fumée


Et comme je sais que certains d'entre vous apprécient le thé...

Citation:
Un étranger s’étonnera sans doute que l’on puisse faire à ce propos tant de bruit pour rien. « Quelle tempête dans une tasse de thé ! » dira-t-il. Mais si l’on considère combien petite est, après tout, la coupe de la joie humaine, combien vite elle déborde de larmes, combien facilement, dans notre soif inextinguible d’infini, nous la vidons jusqu’à la lie, l’on ne nous blâmera pas de faire tant de cas d’une tasse de thé. L’humanité a fait pis. Nous avons sacrifié trop librement au culte de Bacchus ; nous avons même transfiguré l’image ensanglantée de Mars. Pourquoi ne nous consacrerions-nous pas à la Reine des Camélias et ne nous abandonnerions-nous pas au chaud courant de sympathie qui descend de ses autels ? Dans le liquide ambré qui emplit la tasse de porcelaine ivoirine, l’initié peut goûter l’exquise réserve de Confucius, le piquant de Laotsé, et l’arôme éthéré de Cakyamouni lui-même.



Okura Kakuzo, Le livre du thé

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Published by Colimasson - dans Livre
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