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19 juillet 2013 5 19 /07 /juillet /2013 13:07



Malher s’en est pris plein la gueule lorsqu’il a voulu faire publier ses planches :
« Nous trouvons la nouvelle histoire trop calme. »
« Nous trouvons la nouvelle histoire trop contemplative. »
« Nous trouvons la nouvelle histoire trop autoréférentielle ET trop calme. »

Un seul moyen pour apparaître quand même sur le papier : « la manière rectale ». C’est-à-dire ? « Les mauvaises contributions entrent par derrière ». C’est un peu pornographique. Mais ce n’est pas pour cette raison que l’album se nomme Pornographie et suicide. Pour cette douce association mélodieuse, l’inspiration provient d’une des histoires rapportées par Malher au milieu d’une trentaine d’autres anecdotes qui révèlent le pouvoir énigmatique de l’esprit humain pris dans le fil des conventions culturelles. On imagine également qu’il s’agit d’un appât pour attirer le lecteur en quête de glauque (et j’en suis).


Malher se représente sous la forme d’un personnage dessiné qui rappelle vaguement ceux de Mix et Remix. Ses congénères varient un peu leur forme ce qui évite de devoir loucher sur les cases trop longtemps pour comprendre le sens des interactions entre chacun. Autre ressemblance : la forme narrative brève privilégie l’étonnement en se concluant sous la forme d’une chute qui ne doit rien à l’imagination de Malher mais tout à l’absurdité et au grotesque du comportement de ceux qui l’entourent. A un interlocuteur qui lui demandait comment il arrivait à rapporter des évènements toujours étranges dans ses planches, Malher lui répond : « Il faut simplement user discrètement de son sens de l’écoute et de l’observation ». Facile ? Il faut tout de même être bien disposé… se mettre à l’écoute… et rapporter ses observations sous une forme synthétique qui n’omet rien des détails les plus curieux. Qu’il s’agisse d’un groupe de touristes ou de cosplayers dans le métro, d’une conversation d’étudiants en théâtre dans un restaurant, de conversations téléphoniques kafkaïennes avec le ministère des Arts, de séances de dédicaces désespérées (« je n’ai jamais trouvé mon bonhomme ») ou de conseils inopinés (« Niki ! J’en ai vécu des choses, dans ma vie. Mais je n’en ai tiré aucune leçon »), on finirait presque par croire que Mahler est poursuivi par l’absurde –mais peut-être ne l’est-il finalement pas davantage que nous, et sans doute se distingue-t-il particulièrement par une finesse d’observation et un sens de l’humour subtil qui rend sa lecture lentement corrosive.



Enfin, une dernière petite explication en ce qui concerne le titre de cet album ?

« Eh bien en fait, je voulais écrire sur les raisons pour lesquelles le suicide est interdit dans notre société. Mais à l’université, ils n’ont pas voulu. Alors ça a été la pornographie ».

Et cela en dit beaucoup sur l’univers culturel viennois. Malher, lui aussi, apportera sa pierre à l’édifice de manière voilée : on rit plutôt que de pleurer. La pornographie vaut mieux que le suicide…





Citation:
- Avez-vous lu mes livres au moins ?
- Bien sûr que non.
- Je trouve ça triste, d’une certaine façon.
- Comment ça ? Vous nous en demandez vraiment beaucoup, Monsieur Mahler. NOUS NE POUVONS PAS LIRE TOUT CA.
- …
- En outre, les bandes dessinées sont avant tout des objets visuels. On voit tout de suite si ça vaut quelque chose.


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Published by Colimasson - dans Bande dessinée
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