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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 15:08



Alexander Portnoy est profondément désespéré. Sa personnalité chancelle, déchirée entre l’envie de respecter les valeurs juives inculquées par sa famille, dans le désir de faire la fierté de son père et de sa mère, et entre ses aspirations propres qui se définissent strictement à l’opposé de cet idéal. Se marier avec une juive ? Fonder une famille ? Garder cette famille ? Alexander en aurait bien du mal. Alors que l’heure tourne et qu’il n’a toujours rien accompli, il se livre à son psychiatre dans un long monologue lui faisant part des contradictions qui l’assaillent.

Alexander ne comprend pas ce qui l’a dévié du chemin de la réussite. Il disposait pourtant de toutes les conditions requises pour faire la fierté de ses parents. Mais cette attente, précisément, s’est abattue sur lui comme une fatalité dès son enfance. Et tant qu’Alexander n’aura pas répondu à cette attente, il restera un enfant dévoué, immature, totalement incapable d’éprouver le moindre sentiment pour quiconque. Et 33 années sont déjà derrière lui…
Aujourd’hui comme toujours, ses parents exigent qu’il atteigne la perfection. Alexander sait toutefois qu’il en est incapable. Il n’en a pas la carrure, il n’en a pas l’ambition, et le sexe est la seule activité qui donne un sens à sa vie. Pratiquée frénétiquement lors des premières heures de son adolescence, rien n’échappe au désir furieux d’Alexander, qu’il s’agisse d’une tranche de foie, d’une pomme évidée ou d’un des soutien-gorge de sa sœur. Plus tard, Alexander délaisse le plaisir solitaire pour le partager avec de jeunes et jolies femmes, blondes de préférence – des shikses ! Quel malheur pour ce jeune homme qui sait que la voie de la perfection est unique. Ce n’est pourtant pas compliqué de réussir sa vie ! Il suffit de faire de bonnes études, de trouver un emploi gratifiant, de se marier avec une jolie petite juive et de faire quelques enfants. Le soir, Alexander pourrait alors s’installer devant la télé, avec un journal, pendant que sa femme le dorlote et que ses enfants jouent sagement dans le salon.
Malheureusement, Alexander est trop profondément perturbé pour se satisfaire de ce mode de vie. Il a pourtant essayé de s’y plier, cherchant dans ses conquêtes le visage de sa future femme –mais à chaque fois, il ne l’a pas trouvé. Peut-être pensait-il trop à sa mère ? Et puis, comment se satisfaire d’une seule et même femme -aussi charmante, tendre, cultivée et excitante soit-elle- tout au long de sa vie, alors que chaque nouvelle rencontre éveille en Alexander des fantasmes incontrôlables ? Alexander ne sait pas après quoi il court, mais il court. Et pendant ce temps-là, l’heure tourne. A 33 ans, il constate avec désespoir qu’il n’a toujours rien construit alors que les autres hommes de son âge semblent déjà avoir tout accompli.

Alexander Portnoy est malheureux, et sa détresse provient d’une trop grande lucidité qui l’empêche de choisir entre une vie qui comblerait les attentes de ses parents, mais lui donnerait le sentiment de vivre dans un environnement étriqué, et une vie dissolue, sans attaches, une vie dont il n’a visiblement pas encore identifié les caractéristiques puisqu’il passe son temps à lui courir après.
Si encore Alexander pouvait se détacher définitivement des attentes de ses parents… Mais non, il vénère ses géniteurs, aussi dégénérés qu’ils soient. Sa mère est dévorante, envahissante, hystérique et futile. Malgré cela, Alexander ne peut s’empêcher de la considérer comme la femme parfaite, celle qu’aucune de ses amies ne pourra jamais égaler. Son père, figure effacée et résumée à l’image d’un homme qui partage ses journées entre la cuvette des toilettes –éternel constipé bourré de pruneaux et d’All Brans- et ses heures dans l’administration, trouve tout de même grâce à ses yeux ne serait-ce que parce qu’il a réussi à devenir ce qu’Alexander ne pourra jamais se résoudre à être : un père de famille dévoué et fidèle à son épouse.

La lucidité, qui pulvérise tous les dogmes et les préjugés, permet également à Alexander d’évoquer ses déboires et ses misères existentielles avec un recul et un cynisme enchanteurs. Ce récit ne tombe jamais dans le sordide. Le désespoir du personnage, même s’il est profond, sait aussi s’effacer pour faire apparaître la réalité qui transparaît au-delà de la quête menée par Alexander : celle, peut-être, aboutissant à la conclusion qu’il n’y a rien à accomplir.

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Published by Colimasson - dans Livre
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commentaires

zazy 08/02/2012 18:25

Je n'ai pas pu le lire en entier tant, ce qui te plaît m'a ennuyé.