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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 12:10


On pense se retrouver avec un livre qui démonte le cinéma et qui crache sur ses plus vilains défauts, et voilà qu’on se retrouve au contraire à lire une ode d’amour au cinéma ! Si Blutch a envie d’en finir avec le cinéma, ce n’est pas par aversion pour cet art mais par excès d’amour et de passion, emportement qui le pousse parfois jusqu’au dégoût et qui exaspère au plus haut point son entourage…

Imprégné de cinéma jusqu’au plus profond de lui-même, Blutch aimerait en finir pour retrouver ce qui serait sa véritable personnalité si elle n’était pas recouverte du fard de la comédie et de la tragédie. Toutefois, on doute que Blutch ne reste encore lui-même s’il ne possède plus cette passion qui vire parfois à la folie. Dans un dialogue qui tend très souvent au monologue parfois un peu autiste, Blutch flotte dans un autre monde, celui du cinéma. Bien qu’ancré dans le monde réel qui est le commun de tous les mortels, il lui donne une dimension supplémentaire et tout évènement de sa vie personnelle peut faire référence à une scène qu’il a vue, à une anecdote sur un film ou un acteur qu’il a entendu ou à des images qui reviennent à lui sous forme de flashs muets.


Le cinéma imprègne l’art de Blutch et se transpose en format graphique sous la forme d’expérimentations les plus diverses. Les chapitres se succèdent mais ne se ressemblent pas. Les tonalités de couleur changent, le rythme accélère ou diminue, le flot des paroles devient torrentiel avant de se réduire, un peu plus loin, comme peau de chagrin. Si cet album de Blutch était un film, on en sortirait remué, le cerveau secoué et les mirettes asséchées.


Au-delà de cet aspect esthétique, les réflexions de Blutch, accompagnées d’un savoir érudit, livrent les aspects originaux d’une pensée qui s’est construite depuis des années en référence au cinéma. Loin d’être soumis à une passion née de la dernière pluie, Blutch parvient à prendre suffisamment de recul pour louer les mérites d’un art enchanteur sans se laisser dépasser par ses aspects les plus grossiers voire vulgaires. Les hommes (et femmes) de cinéma sont des esclaves qui vouent leur vie à l’existence d’une pratique qui n’a d’autre but que le plaisir immédiat de quelques spectateurs, pas toujours reconnaissants des sacrifices que l’on effectue pour eux. Ils apparaissent divins, s’emparent des apparences les plus multiples et des caractères les plus bigarrés, et lorsqu’ils atteignent la perfection de leur art, ils façonnent le cerveau de leurs admirateurs jusqu’à les rendre semblables à Blutch ; humanoïdes mêlant rêve et réalité dans la confection d’une existence qui se situe entre ces deux univers.




Reste l’aspect générationnel de ce livre qui fait obstacle à la bonne compréhension des propos de Blutch. Son enthousiasme est débordant, c’est évident, mais pas forcément contagieux, surtout pour les personnes de mon espèce qui n’ont pas connu le cinéma de la même façon et au cours de la même période que Blutch. Non pas que les films d’une époque ne concernent qu’un type de public d’un certain âge (quoique cela peut jouer), mais surtout parce que la réception à un type d’art diffère d’une génération à une autre, suivant son évolution. Incontestablement, le rapport au cinéma de Blutch est différent du mien : son enthousiasme est plus intact et se ressent forcément à la lecture de cet album. Devant la passion qui anime Blutch, je reste admirative, devant son érudition, j’éprouve du respect, mais je contemple cela de loin, comme un engouement que je peux comprendre mais que je ne partage pas pour autant…



Citation:
- Acteur de cinéma ! … Qu’est-ce que c’est qu’ce genre ? … C’est quoi ces manières de s’exhiber ? De passer sa vie à poil ?
- C’est ma contribution à l’histoire de l’art, fiston…
- Quel est cet art où les hommes se font aligner et polir les dents ? Où les durs se font poudrer pour masquer leur couperose ? Où les cow-boys se font épiler la poitrine et frisotter les mèches ?


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Published by Colimasson - dans Bande dessinée
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