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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 10:53
 


Dans Precious, ce n’est pas seulement la situation du personnage qui est tragique. A 16 ans, analphabète, obèse, Precious vit chez sa mère qui la maltraite et l’humilie, avec sa fille trisomique née suite au viol de son père. L’inspiration se veut réaliste et représente la situation qui peut être celle de certaines jeunes filles des quartiers défavorisés de Harlem. On croit encore dégringoler dans la présentation de ce tableau désastreux lorsque Precious, qui attend un second enfant de son père, se fait renvoyer de son école. En fait, c’est l’évènement qui lui permettra de donner une nouvelle orientation à son existence. La directrice de son établissement l’envoie vers une école alternative où elle rencontrera Mademoiselle Blu Rain, une institutrice qui lui apprendra non seulement à lire et à écrire mais aussi à exprimer ses sentiments, ainsi que d’autres jeunes filles en difficulté avec lesquelles elle entretiendra pour la première fois des relations valorisantes. Les difficultés ne s’arrêtent bien sûr pas là. Le flot des catastrophes qui atteignent Precious ne s’interrompt jamais.



Lee Daniels ose ajouter à cet imbroglio de malheurs et de désespoir les effets cinématographiques les plus pathétiques. Ce sont des filtres colorés décrépis, des ralentis tragiques et de gros plans sur cette mine boudeuse que Precious semble ne jamais devoir quitter. On craint de voir arriver le pire et pourtant, le résultat ne fait pas déshonneur à la situation représentée par le personnage. On ne quitte jamais la base d’inspiration réaliste, et même les rêves de Precious restent tristement pragmatiques. Lorsque le film s’enlise dans ses propres exagérations, les actrices du film parviennent à lui donner du ressort. Leur jeu est convaincant, leurs réactions ne sont jamais prévisibles, et on ne sait pas qui fait preuve du talent le plus complet (Lee Daniels, Sapphire, les actrices –ou peut-être tous ?) pour nous surprendre au gré d’une histoire qu’on avait d’abord imaginée prévisible.




Precious m’a fait penser au Chant de Dolores de Wally Lamb. La comparaison ne s’arrête pas aux seules apparences (obésité, pauvreté sociale et familiale, exclusion, lesbianisme…) mais aussi au traitement du sujet. Dans les deux cas, les catastrophes ont beau s’accumuler, leur narration permet de ne jamais se complaire dans le tragique, bien qu’on nous en fasse sans cesse miroiter le risque.

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Published by Colimasson - dans Film
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