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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 18:00






Taillard de Worms dans son cabinet, seul face à une décadence de gratte-ciels, uniquement accompagné d’un livre qui repose, encore inachevé, sur son fauteuil de ministre. Voici, bien résumé sur la couverture du second volume des Chroniques diplomatiques, le credo du gouvernement infiltré par Lanzac et scénarisé par Christophe Blain : une soif de pouvoir démesurée, un monde tout aussi gigantesque et incompréhensible que cette ambition, une solitude fondamentale et un dernier raccord à la civilisation, représenté par le fil d’une culture aliénante.


Si le premier volume de Quai d’Orsay présentait le gouvernement d’une manière plus comique que sérieuse –cherchant avant tout à mettre en avant les discordances des comportements et des discours de chacun, sans qu’ils n’aient forcément une implication grave sur les choix politiques effectués-, ce second volume se veut beaucoup plus dense et engagé. Cette fois, le gouvernement est représenté en situation de crise : le Lousdem partage les Etats quant aux décisions qu’ils souhaitent prendre pour contenir les débordements pressentis du territoire. Alors que les Etats-Unis s’apprêtent à déclencher une guerre, la France cherche à s’opposer au siège de l’ONU. Il incombe à Arthur Vlaminck, le conseiller du ministre des Affaires étrangères en charge du langage, de préparer le discours qui servira de base d’argumentation au Ministre.





Si ce n’était la lourdeur du thème abordé dans ce second volume –propice à des considérations politiques cyniques et désabusées, ainsi qu’à un cosmopolitisme des gouvernements entrevus- on retrouverait dans ce second volume la même absurdité caractéristique du premier volume. Alors que la situation mondiale se joue, les préoccupations principales des ministres et de leurs conseillers tournent autour du langage. L’ordre des mots d’une phrase pourrait suffire à déclencher une guerre… et l’emploi du conditionnel, plus modéré dans son intentionnalité, pourrait au contraire apaiser une situation conflictuelle. Mais il faut aussi savoir sortir du lot : le discours n’est plus seulement pratique, il doit aussi s’accompagner d’une dimension esthétique qui, par la force des images convoquées, saura en imposer aux auditeurs. L’originalité et la créativité deviennent rapidement les caractéristiques les plus recherchées par Taillard de Worms. Est-ce par désir de prouver sa supériorité culturelle, ou ne s’agit-il que d’un subterfuge permettant de dissimuler l’absence de prise de position ferme du gouvernement quant à la crise du Lousdem ? Lorsque le Minotaure et Thésée filent la métaphore des discours internationaux, lorsque le Ministre forge de nouvelles expressions que lui seul comprend (« le taylorisme du terrorisme ») ou lorsque Démocrite constitue son livre de chevet, c’est toute la frivolité des préoccupations politiques qui se dévoile…





Plus intense et plus dense que le premier volume, ce second tome des Chroniques Diplomatiques s’engage dans une incursion plus profonde au cœur d’un système que dominent surtout l’absurdité et l’affirmation personnelle. Les intérêts individuels et la situation mondiale s’entrecroisent et se combattent à armes égales. Lanzac et Blain nous dupent à leur tour : quelle est la part de fantasmes qui intervient dans ce « reportage » ? Sommes-nous également pris au piège des métaphores et de la fiction ? Peut-être un peu, oui, mais comme pour tout discours prononcé à l’assemblée de l’ONU, on se doute bien que la fiction se base sur un socle de réalité…





Citation:

Lorsque tu vas à une négociation perdue d’avance, il n’est pas inutile d’avoir des chaussures qui brillent. C’est une question d’honneur. Tu veux du cirage ?





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Published by Colimasson - dans Bande dessinée
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