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14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 09:13



Pour le lecteur d’aujourd’hui, les récits fantastiques de Théophile Gautier peuvent s’avérer décevants. Aucune overdose de surnaturel, de loufoque ou de barré ne surviendra suite à leur lecture. S’ensuivra juste un léger malaise, la sensation très altérée que l’incompréhensible peut surgir n’importe quand, sans prévenir, s’insinuer malicieusement dans l’existence calme et rangée de n’importe quel homme ordinaire, la chambouler de fond en comble, sans que personne d’autre que le principal intéressé ne le remarque, et s’en aller définitivement. Nous sommes donc bien loin de la définition que revêt aujourd’hui le fantastique…
Mêlant toujours le rêve et la consommation de substances hallucinogènes à ses récits, nous ne pouvons même plus être certains que ceux-ci découlent vraiment du fantastique. Ils semblent plutôt vouloir bifurquer du cours des choses par l’usage immodéré des techniques qui permettent aux hommes de décrocher quelques instants de la vie quotidienne.

« Il eût été capable, sans cette tendance funeste, d’être le plus grand des poètes ; il ne fut que le plus singulier des fous. Pour avoir trop regardé sa vie à la loupe, car son fantastique il le prenait toujours dans les évènements ordinaires, il lui arriva ce qui arrive à ces gens qui aperçoivent, à l’aide du microscope, des vers dans les aliments les plus sains, des serpents dans les liqueurs les plus limpides. Ils n’osent plus manger ; la chose la plus naturelle, grossie par son imagination, lui paraissait monstrueuse. »

Pour moi qui ne m’attendais pas à du fantastique de la sorte, la lecture de ces nouvelles m’a tout d’abord déçue. Noyés sous un flot de descriptions, de détails qui semblent insignifiants, les évènements fantastiques que subissent les personnages paraissent abordés de manière furtive, élucidés rapidement sans avoir réussi à transmettre tout leur potentiel surnaturel. Mais à la relecture, j’aperçois les choses d’une manière différente. L’ambiance que cherche à planter Théophile Gautier fait elle-même partie du fantastique et créé un univers propice à l’apparition d’évènements extraordinaires. Sans cela, le pied de la momie ne serait qu’une vulgaire babiole, alors qu’elle devient, grâce aux mots de Gautier, une amulette chargée d’une aura effrayante, dénichée par hasard chez un antiquaire mystérieux. Et le fantastique, dans ces nouvelles, s’étend aussi aux milieux fréquentés par Gautier. Cercles de fumeurs d’opiums, confréries secrètes, où l’on s’éclaire à la bougie, avant de repartir en voiture tirée par des chevaux…

Alors que je m’apprêtais tout d’abord à écrire un commentaire sévère sur ces nouvelles fantastiques de Gautier, je remets en question mon jugement. Certes, tout est si subtil, dans ces contes, qu’on peut rapidement tomber dans l’ennui, mais ce serait alors passer à côté d’une atmosphère magique et envoûtante, qui laisse dans le souvenir du lecteur une impression de fantastique diffus dans lequel on a souvent envie de se plonger à nouveau…

« Je ne regrette rien, puisque tu es sauvée : qu’ai-je perdu, en effet ? le spectacle monotone plus ou moins pittoresque où se déroulent les cent actes divers de la triste comédie humaine. – La terre, le ciel, les eaux, les montagnes, les arbres, les fleurs : vaines apparences, redites fastidieuses, formes toujours les mêmes ! Quand on a l’amour, on possède le vrai soleil, la clarté qui ne s’éteint pas ! »

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Published by Colimasson - dans Livre
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