Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 septembre 2013 3 18 /09 /septembre /2013 19:49





Le Solaris de Soderbergh n’a rien à voir avec le Solaris de Tarkovski (et qu’a-t-il à voir avec le Solaris de Stanislas Lem ?) Il ne reste plus grand-chose de l’histoire originale, si ce n’est une ligne conductrice, deux personnages phares, une planète hallucinogène et la nostalgie d’un amour disparu. C’est déjà pas mal…


Là où Tarkovski prenait (trop) son temps, Soderbergh passe à la vitesse supérieure. Pas plus de dix minutes se sont à peine écoulées que l’heure et demie du film du réalisateur russe est déjà résumée. Après avoir galéré dans des longueurs insoutenables, cette accélération fait un bien fou, d’autant plus que l’ambiance de la version américaine semble prometteuse. Les couleurs nous font voyager temporellement dans un lointain futuriste épuré mais encore vivant et s’accompagnent de décors appropriés, jamais clinquants ni précocement démodés. Les personnages traversent les scènes avec une allure solennelle et donnent au film une gravité qui faisait déjà la grandeur de l’adaptation de Tarkovski.




Malheureusement, l’enthousiasme cesse bientôt. Steven Soderbergh finit par éliminer de trop nombreuses scènes qui constituaient « l’inquiétante étrangeté » de la version longue. Sans même vouloir faire de comparaison, l’aspect science-fictionnel du film disparaît bientôt au profit d’une remémoration hallucinée à l’eau de rose. Ne serait le halo de nostalgie et de désespoir mortifères qui flottent autour de cette romance, on l’aurait rabaissée depuis longtemps.






Il est bien entendu possible de spéculer à l’infini sur les implications proposées par la situation vécue par Chris Kelvin à bord du Prométhée –étendant la réflexion aux sphères du regret, du solipsisme, de la détermination de la réalité et de la capacité de l’être humain à se mentir- mais le mérite en revient-il vraiment à Soderbergh ? Pas sûre… si le film est un bon divertissement qui ne prodigue aucune forme de violence symbolique à donner mal au crâne, son contenu est creux. Seuls Tarkovski, Stanislas Lem ou le spectateur sauront y apporter une densité supplémentaire en enrichissant le Solaris de Soderbergh de leurs apports personnels.

Partager cet article

Repost 0
Published by Colimasson - dans Film
commenter cet article

commentaires