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24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 09:42


Présentation de l’éditeur :

Citation:
Peut-on tuer pour Superman numéro un, première édition de la BD culte ? Certes, une telle pièce de collection peut susciter envies et regrets, surtout quand, comme Harvey, on a échangé cette BD au collège contre un stupide morceau de plastique. Ironie du sort, Harvey tient aujourd’hui un magasin de bandes dessinées et en connaît parfaitement la valeur... Il se rend tous les ans à la réunion des anciens du collège dans l’espoir de retrouver Bleeder, le soufre douleur de l’époque à qui il a donné son précieux trésor. Lorsque, vingt ans après cet échange, son obsession le pousse à cambrioler la maison de la mère de Bleeder, ce qu’il y découvre fait de lui le principal suspect d’un crime... Faute de parvenir à détruire la pièce à conviction qui l’incrimine, il s’enlise dans un imbroglio tragi-comique où des secrets enfouis depuis l’époque de sa jeunesse refont surface. Harvey se prend les pieds dans le tapis alors qu’il se croyait riche et tiré d’affaire...



J’ai toujours eu un attrait pour les histoires de losers. Ceux qui triment dans la vie, ceux qui finissent par désespérer à force de rater constamment, ceux-là réussissent toujours à s’attirer ma sympathie.
Harvey aussi est un gros loser. Depuis qu’il a échangé le numéro 1 de Superman contre un morceau de plastique (quel enfant ferait une connerie pareille ?), sa vie n’est plus qu’une suite d’échecs : boulot sans ambition avec son collègue de travail comme seul ami, pas de femme et pas de famille. Bon, cela pourrait convenir à certains mais Harvey attendait quand même autre chose de la vie. Alors il ne pense plus qu’à une chose : retrouver ce fameux Superman n°1, qui vaut maintenant une fortune, pour s’enrichir (peut-être que la bonne femme et les gosses viendront par la suite, qui sait ?).
Chose étonnante, je ne me suis pas attachée ni reconnue dans ce loser. Harvey n’est pas très humain. Il ne semble pas doté d’émotions ni de sentiments. Alors oui, bien sûr, c’est un polar à l’humour noir et il serait sans doute mal venu qu’Harvey s’épanche sur ses sentiments, sa douleur etc., mais quand même, une neutralité telle ne semble pas naturelle, et elle n’est pas très drôle non plus. Il n’y a pas beaucoup de reliefs dans les pensées qui animent la cervelle de Harvey : il pense à manger, à boire, à ramener la femme d’un ancien camarade sous sa couette, à récupérer sa BD, et tout cela le plus gentiment du monde, sans jamais montrer la moindre variation d’humeur. C’est marrant au début mais cela s’épuise vite et sur presque 500 pages, cette absence totale de réactions lasse terriblement.

Est-ce parce qu’Antony Moore est psychiatre que les critiques vantent autant la finesse des descriptions psychologiques des personnages ? Pour ma part, je n’ai rien trouvé de spécialement fin, et d’autres auteurs ont dressé des portraits de leurs personnages beaucoup plus aiguisés.
Harvey, en bon gros vieux geek, s’habille mal, a de la bedaine, accroche des posters de super-héros dans sa chambre et passe encore certains week-ends chez papa-maman. N’importe qui pourrait brosser le portrait d’un tel type, pas besoin d’être psychiatre.

Quant au rythme du polar en lui-même, il est un peu étonnant…
Le « crime » est commis dans les 80 premières pages. Les 400 autres pages maintiendront ou non le lecteur sur la question : Harvey sera-t-il démasqué, oui ou non ?, et Qui est le véritable criminel ? Sachant que la galerie des personnages n’est pas très vaste, le doute ne plane pas très longtemps, mais Antony Moore bourre son pavé de petites scénettes ridicules qui font rire la première fois, sourire la deuxième fois et rager la troisième fois et toutes les suivantes !

Les meilleurs passages sont ceux dans lesquels Antony Moore n’hésite pas à se laisser aller à l’humour le plus sordide et le plus glauque. En ce qui concerne les manifestations physiques de son personnage principal, il n’y va pas de main morte et ça fait du bien, au milieu de la platitude qui ressort à la lecture de tout le reste :

« Ca n’allait pas du tout. On aurait dit que quelqu’un s’était introduit dans sa bouche durant la nuit et s’en était servi comme toilettes ; il avait au fond de la gorge une matière inconnue et malodorante, et en même temps, une sorte d’humidité visqueuse et anormale sur la langue. »

« On ne peut pas dire qu’il s’agenouilla enfant et qu’il se releva homme, même si cette pensée l’effleura. Mais il se sentit différent ensuite, plus fort, un peu moins faible et désespéré. Quand il essaya de se représenter la chose, ses pensées le ramenèrent à son ventre. Comme si son ventre avait pris toutes les décisions jusqu’à présent, voilà pourquoi elles étaient inconsistantes, excessives et pleines d’apitoiement sur soi. Désormais, quoi qu’il arrive, il penserait avec une autre partie de son corps. Peut-être que son cœur pourrait avoir son mot à dire, peut-être que son cerveau pourrait appréhender les choses de manière rationnelle. C’est avec un hochement de tête résolu qu’il saisit à bras-le-corps cette métaphore un peu obscure. Mais évidemment, ce n’étaient pas son cœur ni son cerveau qui réfléchissaient. Ce ménage était destiné à Maisie, c’étaient donc ses parties génitales qui menaient le bal. Mais au moins, elles prenaient des décisions qui convenaient à tout le monde. »

Voilà les meilleurs passages du livre, à mon goût. Le reste n’est pas mauvais mais s’oublie très vite. Je ne sais pas si ça vaut vraiment le coup…

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Published by Colimasson - dans Livre
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