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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 18:35
 






« Ta gueule Bukowski ! »



Si Charles Bukowski avait écouté ce cri du cœur lancé par François Cavanna en 1978, la moitié ou presque de sa bibliographie n’aurait jamais vu le jour. Mais on se doute bien que les insultes et autres preuves de dégoûts n’ont pas valeur performative –auquel cas le monde bruisserait seulement de cris éperdus suivis d’un silence long et constant.


L’épaisseur de l’ouvrage consacré aux insultes littéraires nous porte nous-mêmes à nous exclamer : tant de langues de vipères ! Finalement, on se rendra compte que Pierre Chalmin a certainement dû effectuer une sélection coriace car le nombre d’insultés n’est pas si important qu’on ne pourrait le croire, et pour chacun d’entre eux, le nombre d’insultes se fait parfois peau de chagrin –sauf pour les plus célèbres, ce qui nous permet de vérifier l’adage selon lequel grandeur de l’œuvre et nombre de détracteurs sont proportionnels …
Comme il serait dommage que l’on se mette à notre tour à vilipender Pierre Chalmin, on imagine que celui-ci a fait de son mieux pour sélectionner les injures les plus réussies et les plus drôles, destinées aux personnalités les plus universellement connues.


Pourquoi l’idée de ce Dictionnaire des injures littéraires est-elle réjouissante ? Parmi la liste infinie des raisons que l’on pourrait trouver –car tout est infini lorsqu’il s’agit de l’esprit humain, comme nous le prouve Pierre Chalmin-, citons les principales :

• Parce qu’à force de ne lire que louanges et éloges sur les Grands Hommes de ce monde, on aurait presque fini par se sentir bourbeux. Voici enfin des preuves que le talent voire le génie sont des critères essentiellement relatifs.
• Parce qu’imaginer ces figures de renommée en piètre position constitue tout l’attrait qui nous pousse à nous vautrer corps et âmes dans les plus crasses comédies (« Je me souviens surtout qu’il me vomissait dessus quand il était saoul » -souvenir d’Apollinaire).
• Parce que même les lanceurs d’insultes finissent par perdre leur aura lorsqu’ils se déchaînent à vouloir briser celle de leurs concurrents (« Maître Abailard, espère de bourru et d’imbécile qui n’a gagné à tous ses amours que d’avoir un testicule de moins », dixit Flaubert).
• Parce qu’au jeu de l’insulte, la force intellectuelle se déploie au détriment de la force physique et qu’il faut rivaliser de ruse et d’aisance verbale, donnant souvent lieu à des ingéniosités qui font se croiser l’ironie, la métaphore, le calembour et l’éclat de la chute (« Jacques Ségéla est-il un con ? De deux choses l’une : ou bien Jacques Ségéla est un con, et ça m’étonnerait quand même un peu ; ou bien Jacques Ségéla n’est pas un con, et ça m’étonnerait quand même beaucoup ! », dixit Pierre Desproges).



Bukowski par Jean-Michel Gruet



Mais le plus intéressant dans ce Dictionnaire de l’injure littéraire constitue en ce que, bien que littéraires, toutes ces invectives peuvent être judicieusement détournées et adaptées à bon escient à chaque emmerdeur ou prétentieux de votre entourage. Certaines, comble de la perfection, pourront même être servies telles quelles par la magie de leur pertinence universelle…


« Edern va se faire arranger les dents. Elles sont aussi pourries que ses pieds, sauf que celles-ci, au moins, se déchaussent ! »


En espérant, bien sûr, que votre adversaire possède encore dents et membres inférieurs…


Sélection...


Citation:
[Sur Bertolucci]
L’autre jour, je suis allé voir le dernier Bertolucci, et je me suis assoupi pendant la pub. Quand je me suis réveillé, le film était commencé. La différence ne m’a pas frappé.
Jean-Luc Godard, Le Figaro



Citation:
[Sur L.F Céline]
M. Céline fait beaucoup penser à une dame qui aurait des difficultés périodiques ; ça lui fait mal au ventre, alors elle crie et elle accuse son mari. La force de ses hurlements et la verdeur de son langage amusent la première fois ; la deuxième fois, on bâille un peu ; les fois suivantes, on fiche le camp et on la laisse crier toute seule.
Jean Renoir, Ecrits



Citation:
[Sur Catherine Deneuve]
Un jour, elle était furieuse parce que Télérama avait écrit qu’elle était une star étale –jusqu’à ce qu’on vérifie tous les deux, dans le Robert, que l’adjectif étale ne signifie pas obligatoirement étalée.
Patrick Besson, l’Evènement du jeudi



Citation:

[Sur Emmanuel Kant]
Le kantisme a les mains pures ; par malheur, il n’a pas de mains.
Charles Péguy, Victor-Marie, comte Hugo



Citation:

[Sur Patrick Modiano]
Conversation avec Modiano :
« Comment allez-vous ?
- Je, oui, je…
- Vous travaillez ?
- Oui, je, je …
- Le livre, ça marche ?
- Je, je, oui… »
Au bout d’un quart d’heure, il prononce des verbes. Au bout d’une demi-heure, des compléments. Ainsi, sans doute, devient-on écrivain.
Matthieu Galey, Journal, 7 janvier 1970

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Published by Colimasson - dans Livre
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commentaires

zazy 24/02/2013 10:08

Elles auraient le mérite d'être intelligente !

zazy 23/02/2013 14:42

Jouissif, je devrais peut-être l'acheter.

Colimasson 24/02/2013 08:49



Pour glaner quelques bonnes insultes de temps à autre, c'est une bonne idée...



CL 05/02/2013 20:15

Godard qui se plaint d'un cinéaste emmerdant, c'est cocasse.

Colimasson 06/02/2013 06:56



Je trouve aussi...