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7 septembre 2012 5 07 /09 /septembre /2012 12:20






Gloire à la vie. Terrence Malick nous propose la vision d’une famille idéale : rapports harmonieux, maison confortable de laquelle on refuserait difficilement de sortir… Le bonheur, rehaussé par une musique, une luminosité et des teintes qui semblent porter son nom, ne fait pas douter de sa présence. On peut finir écœuré mais, en consentant à se laisser aller à des sentiments plus honnêtes, on peut aussi accepter de s’effondrer devant la grâce de ce tableau d’un foyer d’amour.




La mort apporte un peu de tragique à la constitution parfaite de cette famille, surtout lorsqu’il s’agit de ces morts « injustes » qui emportent les enfants. Terrence Malick ne cède pas à l’émotion facile, et plutôt que de s’apitoyer sur le sort d’une famille morcelée, il s’envole pour une digression métaphysique de quelques minutes. L’occasion pour lui de faire se succéder des images muettes, qui expriment d’elle-même, par la seule puissance de leur beauté et de leur perfection géométrique, le miracle de la vie. Des dimensions infinies de l’Univers jusqu’au fonctionnement prodigieux des organismes vivants, de la variété foisonnante -presque effrayante- des espèces biologiques jusqu’à l’ébullition de couleurs et de textures des galaxies, Terrence Malick explore l’histoire et la géographie de la Vie, rapprochant l’infiniment petit et l’infiniment grand, pour nous confronter au caractère merveilleux et improbable de la Vie. De quoi justifier l’éveil de tout sentiment religieux. De quoi conférer encore plus de tragique aux histoires individuelles et familiales qui se trament sur Terre. Que devient la grâce qui touche le phénomène de la Vie observé dans sa globalité lorsqu’on se rapproche jusqu’à la particularité ? Toute harmonie disparaît. Ne reste plus que la violence d’assauts pourtant insignifiants, et cette tristesse infinie qui résulte de la destruction des élans vitaux les plus nobles.





Ainsi, Terrence Malick revient bientôt sur la vie de cette famille qui nous avait semblé parfaite, et en nous faisant pénétrer dans l’existence quotidienne de chacun de ses membres, nous ne tardons pas à découvrir les failles d’une hiérarchie implicite et les discordances éveillées suite aux aspirations éteintes. Le combat se poursuit, de manière moins revendiquée que dans la partie précédente, entre ce qu’on pourrait résumer par « pulsion de vie » et « pulsion de mort ».
Le père, tyrannique, sait qu’il est passé à côté de sa passion pour la musique et qu’il a gâché ses talents. L’amour qu’il porte à ses enfants n’arrive plus à s’exprimer autrement que par le biais d’une rigueur de fer qui se distingue surtout par son totalitarisme. La mère, dont on arrive encore à capter les derniers relents de grâce, s’éteint peu à peu dans cette ambiance mortifère. Elle n’aide pas ses enfants et pour eux, l’apprentissage de la vie ressemble à une lutte entre deux extrêmes.

Le film serait parfait s’il avait réussi à se conclure sans verser dans cette invention typiquement humaine (et donc bien loin de l’harmonie universelle) qu’est la morale. Tout le monde se retrouve dans un genre de paradis de bord-de-mer et, débarrassés des contingences terrestres, on s’embrasse et on fait la fête… La déception gagne. Ce qui avait fait la force tragique de Tree of life disparaît entre deux embrassades bien vite accordées. Terrence Malick a pris son parti : on retrouve la perfection du début du film, mais aucun élément ne vient désormais plus s’y opposer. Cette conclusion est respectable, mais après nous avoir présenté les personnages et leurs failles, elle ne paraît absolument plus aussi honnête que l’image d’Epinal qui avait servi d’introduction au film.


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Published by Colimasson - dans Film
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