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3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 18:54
 






Les bains publics ? Oui, bon… on imagine deux ou trois jacuzzis, un sauna… A moins de bénéficier d’une cure thermale au prix d’une pathologie justifiant cette prescription, ou d’un porte-monnaie abondamment rempli, la culture des bains représente peu de choses pour le français d’aujourd’hui. Après tout, ce n’est pas un problème : si la série de Mari Yamazaki s’intitule Thermae Romae, c’est qu’elle nous renvoie à l’Empire Romain au temps du règne d’Hadrien, au deuxième siècle de notre ère. Il est de coutume que, dans ce contexte, la culture des bains publics soit plus développée que dans notre contrée.





Lucius, architecte brillant, forgé comme une statue grecque ( !), travaille pour la grande cité de Rome au développement de son service des bains publics. La tâche ne sera pas facile à conduire à bien car il faut faire avec le développement rapide et prodigieux de la cité, satisfaire les exigences d’Hadrien et ne pas mécontenter un peuple bigarré aux attentes fluctuantes. Les dons humains sont ici reliés aux dons divins et Lucius sera aidé dans son travail par des interventions miraculeuses : plongé en pleine réflexion, absorbé par ses spéculations autour des bains, allant jusqu’à s’immerger complètement dans ceux-ci, Lucius traverse des brèches temporelles qui le font parvenir jusqu’au Japon des années 1970. Contrairement à l’Occident, aujourd’hui, la culture japonaise semble n’avoir pas négligé sa culture des bains et c’est en jouant sur un double paradoxe à la fois temporel et spatial que Mari Yamazaki focalise l’attention sur le déplacement des intérêts et des cultures en fonction de l’époque. Si les Romains de l’ère antique avaient pu s’inspirer des techniques modernes du bain telles que nous les connaissons aujourd’hui au Japon, qu’auraient-ils apportés comme innovations à leur propre système ?


« Pendant que nous, romains, nous escrimons à concevoir des œuvres architecturales gigantesques, des aqueducs, que sais-je encore…les visages plats eux, réussissaient à concevoir des systèmes de bains en plein air qui ont fait date en s’en remettant à un pragmatisme fondamentalement primaire ! Mais peu importe car ce que l’Empire apprend des autres civilisations vient nourrir sa gloire à venir ! »



Lucius découvre ainsi des procédés, des aménagements, des boissons et des nourritures qui le surprennent et qui l’entraînent à s’interroger sur le bien-fondé de la supériorité présumée de l’Empire romain sur le reste du monde. Chaque tournée fantastique se termine dans un étourdissement qui le ramène dans sa Rome du 2e siècle, où il peut alors adapter et appliquer les techniques qu’il a découvertes. Lucius se forge ainsi une solide réputation d’architecte ingénieux. Il progresse peu à peu et finit par entrer dans le sillon intime de l’Empereur Hadrien. Les demandes deviennent plus ambitieuses : il s’agit à présent de mettre en place des bains de plein air, de construire des aménagements pour des vieillards en fin de vie ou de restituer l’ambiance des bords du Nil… Chaque fin de chapitre est ponctuée par une double page dans laquelle Mari Yamazaki s’exprime en tant que telle pour apporter son lot d’informations sur les découvertes de Lucius et sur son expérience propre. Ces interventions ne coupent pas le récit et permettent au contraire de relancer l’intérêt. Mari Yamazaki, passionnée par son sujet, y montre un enthousiasme visible, comme il l’est par ailleurs du fait de la quantité d’informations et de réflexions qui poursuivent Lucius au fil de ses aventures.





Ce premier volume de Thermae Romae est convaincant. Original, il ose faire son incursion dans un domaine qui semblerait a priori rébarbatif et peu propice au déroulement d’intrigues trépidantes… à notre grande surprise, on découvre qu’avec un brin de passion, il est possible de mettre en avant des thématiques pas franchement affriolantes.





Peut-être, en tant que lecteurs occidentaux, est-on également séduits par ce regard croisé entre civilisation occidentale et civilisation orientale ? Irrattrapables que nous sommes, dès lors que notre propre culture est évoquée…


Une découverte de Lucius parmi tant d'autres :




Et lorsque Mari Yamazaki tient à dire son propre mot..

Citation:
Si tout porte donc à croire que les Européens d’il y a deux mille ans mettaient un point d’honneur à se décrasser consciencieusement, moi qui vis sur le Vieux Continent depuis longtemps, je n’ai jamais vu d’autres ustensiles que des brosses et des éponges pour remplir cet office. Or je ne peux me convaincre qu’une brosse ou une éponge douce permette d’ôter la crasse. La façon de se laver des gens d’ici me donne l’impression qu’ils nettoient la crasse au savon plutôt qu’ils ne l’enlèvent.

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Published by Colimasson - dans Bande dessinée
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