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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 18:42






Les bains de Rome ne sauraient être achevés en un volume…
Introduit dans le sillage de l’Empereur Hadrien, notre architecte Lucius se confronte à des situations où son ingéniosité et son imagination sont à chaque fois mises à plus rude épreuve, ceci de manière naturelle, sans que la lecture ne nous donne jamais l’impression d’un renforcement inéluctable nécessité par les contraintes de l’écriture.


Dans ce deuxième volume, Mari Yamazaki nous démontre que les thermes peuvent être ancrés dans une multiplicité de domaines qu’elle aborde en autant de chapitres différents. Sa passion et sa connaissance des bains publics lui permettent d’excéder son sujet et nous donnent ainsi à découvrir des pans parfois méconnus de la culture romaine antique. Le culte du phallus est ainsi évoqué et renvoyé aux temps d’une religion polythéiste multiforme qui ne connaissait pas encore la pudeur ni la morale judéo-chrétiennes. La succession de l’Empereur Hadrien est également évoquée, qui n’est pas sans rapport avec la rencontre d’un jeune adolescent étonnamment mûr et sage pour son âge… Il s’agit de celui que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de Marc-Aurèle. Lucius s’étonne d’apprendre que celui-ci n’a pas été désigné par le grand Hadrien pour prendre à sa suite la tête de l’Empire romain, mais la passation du pouvoir au temps de l’antiquité est tout aussi soumise aux conflits d’intérêt qu’à notre époque. Qui croirait pouvoir y voir clair en un coup d’œil fait fausse route…







A travers ce deuxième volume, Mari Yamazaki nous confirme son don pour transcender la nature des sujets qu’elle aborde. Souvent triviaux, a priori dénués d’intérêt, le regard toujours avide et curieux de son personnage Lucius permet de leur rendre la place qu’ils méritent. Prenons l’exemple des bananes, que nous sommes si souvent habitués à boulotter tout au long de l’année… que peut en penser une personne qui n’en a encore jamais vu, jamais goûté ? L’analyse organoleptique de Lucius est aussi délicieuse que le fruit qui en fait l’objet :





« C’est ainsi qu’on enlève la peau… Comment dire… C’est comme si ce fruit avait choisi de prendre la forme et les contours les plus pratiques qui soient. De plus, sitôt la peau enlevée, une douce odeur sucrée s’en dégage. Et ce n’est pas tout… On peut le manger sans se salir les mains ni la bouche. Dans ce pays, c’est donc jusqu’à la forme des fruits qui a évolué ? […] Cette texture moelleuse… Aucune acidité !!! La chair est onctueuse et ne libère pas la moindre goutte de jus… Et la saveur… Quelle douceur ! Et le corps… Quelle densité !!! A chaque bouchée, on se sent plus généreusement nourri qu’à la précédente… »




Le sérieux avec lequel Lucius découvre les toboggans aquatiques ouvre également la vanne à un flot de considérations qui déparent avec l’impression immédiate de divertissement lié à cette activité. Même nous, lecteurs habitués à ce qui constitue pour Lucius une nouveauté, finissons par renouveler un regard qui s’était figé sur une certaine vision :





« C’est terrifiant et amusant à la fois !!! Je veux bien croire que cela enseigne le courage !!! Et ce, sans donner un seul instant l’impression désagréable de subir un entraînement sévère !!! Tant les adultes que les enfants fortifient ainsi leur esprit dans la joie, j’en suis sûr !!! »




En ce qui concerne les modalités de déplacement de Lucius, rien n’a changé par rapport au premier volume : notre ingénieur thermal continue à faire des aller-retour entre l’antiquité Romaine et le Japon moderne. Ce phénomène, s’il avait été exploité comme un maillon à visée uniquement dramatique, commencerait déjà à faire sentir ses limites, mais Mari Yamazaki parvient à en conserver tout l’intérêt en y ajoutant une passion et un engagement que l’on ne trouve pas dans la majorité des mangas. Les conditions du voyage ne sont peut-être pas originales et se renouvellent pas, mais ce que le voyage en lui-même apporte à Lucius et au lecteur suffisent à contrer cette faiblesse.


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Published by Colimasson - dans Bande dessinée
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