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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 09:54



Philip Roth aime bien dézinguer à tout va la religion. Il n’empêche, celle-ci l’imprègne puisque, s’il renie la morale et les exigences de vertu qu’elle implique, la persistance de l’âme semble si profondément ancrée en lui que, tout au long de son livre, c’est un homme bel et bien mort, que l’on est en train d’enterrer, qui revient sur son existence passée.

A l’heure où ses proches se réunissent, bon gré, mal gré, pour lui rendre un dernier hommage et faire une croix sur l’homme qu’il a été, celui-ci écoute et observe les réactions de sa famille et de ses amis, avant de revenir sur la vie qu’il a menée. L’enthousiasme à célébrer l’homme qu’il a été ne déborde pas dans son entourage, mais le pur esprit qu’il est à présent ne s’en émeut pas –ou si peu. Après tout, ce qu’il a été lui semble désormais insignifiant. A tout bien considérer, le plus remarquable, ce qui semble l’avoir le plus singulièrement différencié de ses semblables, se trouve peut-être dans l’exploration des maladies qui ont marqué son existence comme autant de caps décisifs. Une nouvelle maladie, une nouvelle remise en question, un nouveau regard porté sur soi, ses proches et le monde… Une nouvelle occasion de se confronter à la réalité terrifiante du déclin de son corps et d’un contact de plus en plus étroit avec la mort…


David Alexander Colville



La première opération lors de son enfance le projette un peu plus rapidement que prévu dans la réalité physique de la souffrance –le monde des adultes. Les opérations suivantes le verront se réveiller aux côtés de femmes à chaque fois différentes, dont le rapport avec la maladie traduit d’une manière limpide le propre rapport qu’elles entretiennent avec la vie et avec le personnage. Trois femmes, trois opérations, et un personnage à chaque fois aussi perdu, déboussolé, ramené à la platitude des rapports houleux qu’il entretient avec les femmes, qu’il poursuit et recherche avec une frénésie qui croît à mesure que son corps devient plus éloquent dans la vieillesse. Et puis c’est la solitude, partagée entre pensionnaires d’un établissement de retraités. La maladie devient le sujet de conversation central d’hommes et de femmes et leur passé s’efface devant les manifestations cliniques des dégénérescences qui les accablent. Malgré tout, une trace de leur passé transparaît encore à travers les manières de chacun de se confronter à la réalité physique de la maladie.

La mort n’est pas effrayante dans ce livre. Elle apparaît comme une conclusion inévitable à la vie de chacun. Le constat est évident, mais Philip Roth appuie ici sur les différentes façons que nous avons d’occulter cette vérité en nous précipitant sans réfléchir dans des actions qui balaient une palette du sordide plus ou moins large. Il s’agit d’une illustration bien menée de la distraction qui étourdit et éloigne des préoccupations primordiales. Philip Roth évite de porter tout jugement sur son personnage. Faible, comme tous les hommes, s’il a pu commettre des actes condamnables envers lui-même et autrui, ce n’était pas à cause d’une nature volontairement mal intentionnée, mais à cause de l’inéluctabilité de la mort qu’il cherchait sans cesse à nier.

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Published by Colimasson - dans Livre
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commentaires

Noann 19/03/2012 12:57

Un bel article, qui résume bien la teneur de ce livre particulier.

Je préfère ce Roth là à celui de son dernier livre, relativement inabouti.