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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 20:22
Une métamorphose iranienne (2012) de Mana Neyestani





« Cette métamorphose commence aussi avec un cafard. Mais mon histoire est légèrement différente. »


Tout de même ! Depuis le Procès de Kafka, les systèmes politique et législatif semblent n’avoir pas perdu de ce caractère labyrinthique qui leur permet de se situer au-delà de la logique humaine… Mana Neyestani en témoigne, lui aussi victime d’un abus judiciaire qui a commencé avec la publication d’un dessin de cafard pour un périodique destiné aux enfants –on mire cette fois vers la Métamorphose du même Kafka.




Comme Mana Neyestani, difficile de croire au début qu’un dessin aussi innocent puisse provoquer des émois parmi la minorité turque azéri. Parce qu’elle est obsédée par ses conflits avec le régime central de l’Iran, tout devient prétexte à la victimisation qui permet l’accusation. Pas besoin de preuves plus élaborées : il suffit de jouer sur l’émotion et de brandir son statut de martyr pour contrecarrer toute velléité de protestation. Cependant, Mana Neyestani est bien obligé d’accepter la réalité de la situation lorsque lui et son éditeur sont arrêtés et emmenés en prison. Première incursion dans un monde ambivalent où, malgré la violence de la pression exercée sur les prisonniers, les moyens employés sont toujours ceux très courtois d’un système administratif perfectionné dans le harcèlement et la torture morales.






Après deux mois de détention, la liberté provisoire est accordée à Mana Neyestani. Retrouvant son foyer, il décide alors de s’enfuir d’Iran avec sa femme. Alors que le plus dur semble avoir été franchi, le dessinateur prend malheureusement conscience que le système est tout aussi alambiqué à l’internationale qu’en Iran et que ce qui semblait aussi simple que quitter son pays s’avère être, en réalité, un processus qui ferait presque regretter la détention à la prison d’Evin.





Finalement, Mana Neyestani parviendra à s’enfuir d’Iran et, comme il nous l’explique dans l’épilogue, il s’installera en Malaisie avant de recevoir une invitation de la ville de Paris pour une résidence artistique. C’est ici qu’il s’attèle à la tâche de rapporter son histoire dans laquelle trottine, se faufilant entre les pages, le mirage de ce cafard qui lui a fait prendre conscience de l’enchevêtrement des systèmes politiques dans son pays ainsi qu’à l’internationale. Nous découvrons cette réalité en même temps que l’auteur, souvent dépassés, comme lui, par les absurdités de processus qui semblent parfois ne jamais devoir prendre fin. Encore une fois, après Kafka et tant d’autres, preuve nous est faite que la réalité dépasse souvent le fantastique…

Citation:



Quand les bandes atteignent le centre de la cellule, il est environ 10h du matin. Quand elles atteignent le mur d’en face, il est midi. Quand la lumière commence à grimper au mur, on s’approche de l’après-midi. Et quand la lumière finit par disparaître en haut du mur, il est 18h passées. Et c’en est fini d’une nouvelle journée atroce.





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Published by Colimasson - dans Bande dessinée
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commentaires

Mo 27/11/2012 08:34

C'est impressionnant de voir comment, dans certains pays, le système judiciaire s'emballe et se grippe. Incroyable cette histoire

Colimasson 27/11/2012 09:52



Oui... j'ai également beaucoup aimé ton commentaire sur cet album...