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17 décembre 2011 6 17 /12 /décembre /2011 10:52



Les rêves d’enfance d’Emmanuel Lepage prenaient leurs sources dans les albums d’aventure de Tintin et dans des manuels de géographie et de cartographie où il s’inventait la représentation des terres fabuleuses que lui inspiraient les noms de Crozet, Kerguelen, Amsterdam, jadis surnommées « les îles de la Désolation »…
Des années plus tard, en mars et avril 2010, Emmanuel Lepage embarque sur le Marion Dufresne, au départ de Saint-Denis de la Réunion, en direction des Terres Australes et Antarctiques Françaises. L’occasion de confronter enfin son imaginaire à la réalité, dans une découverte qui pourra soit briser le rêve, soit le renforcer encore davantage.



A la beauté de l’album qui résulte de cette expédition, il ne fait aucun doute que ce voyage a réussi à renforcer le charme qu’exerçaient ces terres lointaines sur Emmanuel Lepage. Sur plus de 150 pages, l’auteur déploie tous ses talents de dessinateur et d’aquarelliste et les met au service de la représentation des autres voyageurs du Marion Dufresne –scientifiques venus en mission, militaires, contractuels chargés du fonctionnement du navire, artistes et touristes- mais aussi, et surtout, des paysages magnifiques qui seront son quotidien pendant plusieurs semaines.



Esthétiquement, les planches d’Emmanuel Lepage sont un ravissement. Le grand format de l’album permet de déployer au mieux ses aquarelles pour en révéler toute la majesté et la grandeur. Paysages maritimes ou terrestres, souvent désolés et sauvages, paysages diurnes ou nocturnes, sous le soleil ou les bourrasques de vent, toutes les conditions les plus variées semblent avoir été offertes à Emmanuel Lepage pour lui donner la possibilité d’exercer son talent.
Mais ce document n’est pas qu’un recueil de dessins et d’aquarelles, et le tout est lié par le récit au jour le jour du voyage à bord du Marion Dufresnes. A travers les relations liées par Emmanuel Lepage, on découvre les autres participants au voyage et la diversité des motivations qui les a réunis à bord du navire. On s’infiltre également dans les pensées de l’auteur et, sans virer pour autant à l’indiscrétion, on découvre, brossés de manière discrète, les principaux traits de son caractère, entre amour de la nature sauvage, curiosité, bravoure et rêverie. Le tout est ponctué de quelques petites anecdotes historiques et scientifiques qui ne cesseront pas d’étonner le lecteur.



Le pari des artistes regroupés à bord du Marion Dufresnes –faire découvrir ces expéditions scientifiques au grand public- est réussi pour Emmanuel Lepage. Le voyage qu’il décrit dans les pages de cet album pourrait bien donner envie aux plus courageux de s’embarquer pour une expédition du même type. Mais si le devoir d’affronter la solitude, le dépaysement et le froid sont des limites que peu de gens sont près à franchir, la lecture de cet album procurera déjà une grande ivresse et un plaisir esthétique non négligeable.



L'album est disponible en Preview.


- Je crois que si on met des gens sur les îles, il faut leur donner les moyens de vivre normalement. Ce choix, pour moi, est radical. Plus politique que scientifique.
- Politique ?
- Il y a, je crois, au fond, une nostalgie d’un état originel. On a fait des erreurs au cours des décennies passées en introduisant des espèces étrangères. Comme les chats, par exemple, pour éradiquer les rats amenés par les navires au fil des siècles. Les chats, en fait, ont trouvé bien plus facile de manger les poussins et les œufs des pétrels ! On a introduit dans les années 50 la myxomatose pour tuer les lapins, qui sont les plus grands responsables de la dégradation des îles. Ils sont progressivement devenus résistants au virus… Bref, la liste est longue des tentatives ratées ! Pour moi, il y a quelque chose de très « catho » dans ce choix de supprimer radicalement les serres : en gros, l’homme a fauté en introduisant des espèces étrangères, il lui faut encore expier par la privation !

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Published by Colimasson - dans Bande dessinée
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