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23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 16:36


Petite plongée dans ce film sans préalable. Le sujet : la condition des femmes à travers le monde. Il fallait bien ça pour célébrer la journée de la femme…
Début tout en souffrance : la femme, grandiose dans sa douleur (ainsi pense l’homme) met au monde. Cela se déroule en Afrique, dans des conditions sanitaires qui envieraient certainement celles de nos hôpitaux. Rien pour rendre ce moment moins douloureux. Forte en symbolique, cette scène est tout de même ambiguë. Un film qui serait véritablement respectueux de l’image de la femme se complairait-il autant à la représenter, animal à grosses mamelles, geignant et se tordant comme une bête sur une table ? Il semblerait que les prétentions artistiques pardonnent de nombreuses fautes de goût.

Et par une ruse subtile qui nous fait passer de cette scène de mise bas au véritable propos du film, on se retrouve subitement à cavaler à l’intérieur d’une favela brésilienne. La caméra parcourt toutes les rues. Son œil dévore et capte de haut en bas tout ce qui se présente devant lui. C’est une détonation de couleurs, un mouvement épileptique qui claque au visage du spectateur. Les favelas, c’est beau… Quoi ? Oui, je vous assure. En fait, c’est beau depuis que JR, le réalisateur du film, a concrétisé son projet artistique. Il faut peu de temps pour comprendre que Women are heroes n’est pas uniquement dédié à la célébration des femmes. Il est aussi (et surtout) dédié à la célébration d’un photographe qui célèbre les femmes. Nuance… Et la favela est bientôt investie des portraits géants de femmes que JR a prises en photo. Ceux-ci s’étirent de murs en murs, sur des escaliers ou sur des véhicules, recouvrant une grande partie des habitations et même des temples religieux. Portraits destinés à améliorer la visibilité du sujet de la condition féminine dans des pays que le destin économique n’a pas favorisé. Selon la thèse du photographe : la condition des femmes dans un pays est révélatrice du niveau d’avancée sociale du pays en question.



Le petit tour du monde que nous propose JR (en réalité quatre pays : l’Inde, le Brésil, le Cambodge et le Kenya) lui permet de passer un peu plus de temps avec les modèles de ses photographies et de recueillir leurs témoignages. Malgré la grande diversité des portraits qu’il a réalisés, il s’attarde seulement à présenter au spectateur les témoignages d’une poignée de femmes qui reviennent de manière récurrente au cours du film. Ces femmes tiennent des propos forts et souvent extrêmes, qu’il s’agisse pour elles de raconter un passé éprouvant, des conditions matérielles ou sociales difficiles, ou des espoirs dont elles ne démordent pas. Elles se distinguent par des caractères affirmés qui font d’elles de véritables personnages dramatiques. Entre les portraits de femmes exubérantes qui se sont jurées de ne jamais s’apitoyer sur elles-mêmes et les portraits de femmes pétries par la souffrance, la nuance trouve peu de porte-paroles… Où sont passées les autres femmes ? Etaient-elles trop banales pour mériter d’apparaître dans le film de JR ? Et pourquoi ne recueillir que les témoignages de femmes issues de pays pauvres ? Puisqu’on parle d’un tour du monde, je pensais recevoir également quelques aperçus des femmes issus de pays favorisés, car leur condition mérite aussi que l’on s’y attarde.



A la moitié du film, les témoignages des femmes sur leur vie sont rapidement écourtés. Place, maintenant, à l’action concrète mise en place par JR. Recouvrant les lieux de ses photographies, il ne s’intéresse désormais plus qu’à connaître les réactions de ses modèles quant au résultat obtenu, et recueille avec beaucoup de fierté les espoirs qu’elles pensent voir se concrétiser suite à son intervention. Même si leurs paroles sont sincères (naïves ?) et qu’elles croient vraiment que les photographies de JR vont pouvoir les aider à améliorer leurs conditions de vie, cette sincérité ne se retrouve pas dans la démarche de JR. La première partie du film qui laisse à penser que JR s’intéresse véritablement à son sujet cède rapidement place à une entreprise d’autocongratulation. En conclusion ? De Brésil au Cambodge, de l’Inde au Kenya, les paysages se ressemblent furieusement. JR, que l’on sentait initialement attiré par l’exploration de pays exotiques qu’il filme comme tels, a réussi à se les accaparer totalement en les recouvrant de ses photographies. Une entreprise d’appropriation aussi radicale aurait pu rester en travers de la gorge de ses habitants, sauf que JR se justifie en prétendant qu’il agit pour le bien de 50% d’entre eux : les femmes. Finalement, il n’a pas tort de les remercier.

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Published by Colimasson - dans Film
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