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10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 11:32







« - Tu causes, tu causes, c'est tout ce que tu sais faire. »

Remarque la plus pertinente du livre. Remarque qui s’adresse à tous les personnages de Zazie dans le métro. A part causer, ils ne font pas grand-chose. L’intrigue est réduite à peau de chagrin, rythmée uniquement par les rencontres de Zazie, petite provinciale venue passer quelques jours chez son oncle à Paris, et par le spectre fascinant du métro.


Ce n’est évidemment pas la légèreté de l’intrigue qui définit ou non la qualité d’un roman. Un livre peut être excellent, même s’il est bâti autour du néant. En réalité, Zazie dans le métro peut se targuer d’aligner quelques aventures (insignifiantes), mais tout bien résumé, les personnages se contentent surtout de brasser de l’air et de parler dans le vide.
Se souviendrait-t-on encore de ce roman s’il n’avait pas été adapté en version cinématographique par Louis Malle ? Qu’est-ce qui justifie le succès de ce livre, sinon cette adaptation ? Les engouements sont parfois injustifiés, et tiennent plus de la liesse populaire que de la véritable révélation littéraire.


Bien que Raymond Queneau soit membre de l’Oulipo, prolifique et passionné des mots, il faut avouer que sa capacité à donner un intérêt dramatique à Zazie dans le métro est nulle, de même pour sa capacité à susciter la réflexion. Tout l’étonnement du livre surgit de la manipulation originale des mots. Se glissant dans la peau d’une provinciale perdue dans la capitale, Raymond Queneau joue avec les mots et leur phonétique, n’hésitant pas à se faire l’auteur de néologismes inventifs qui traduisent toute la naïveté de Zazie. Les dialogues, à tonalité orale, bénéficient d’une dynamique parfois presque épuisante, mais qui traduisent la passion communicative de Queneau pour les échanges verbaux considérés comme une joute oratoire.


Pour autant, cette inventivité littéraire ne mérite pas à elle seule de justifier l’attrait immodéré que peut susciter Zazie dans le métro. Dans le même registre, Orange mécanique de Burguess mériterait tout autant (voire davantage) qu’on parle de lui. Alors ? Alors Raymond Queneau a su trouver le bon dosage des ingrédients constitutifs de son livre : quelques aventures pas trop casse-tête, de l’humour légèrement vache mais surtout bon enfant et deux-trois trouvailles stylistiques qui rassurent quant au caractère intellectuel de la lecture. Malheureusement, le dosage ne permet pas au livre de s’inscrire définitivement dans le cerveau de son lecteur. Place au film peut-être ?


Il y a des blagues marrantes, c'est sûr (en tout cas, on comprend qu'elles avaient l'intention d'être marrantes), mais surtout très éculées :


Citation:
- Qu’est-ce que c’est un hormosessuel ? demanda Zazie.
- C’est un homme qui met des bloudjinnzes, dit doucement Marceline.




Citation:
« - Fameuse hein, […] cette soupe à l’oignon. On dirait que toi (geste) tu y as mis des semelles de bottes et toi (geste) que tu leur as refilé ton eau de vaisselle. Mais c’est ça que j’aime : la bonne franquette, le naturel. La pureté, quoi. »



sourire

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commentaires

Pef 09/01/2019 15:44

Je ne sais pas si votre avis a changé depuis... 2012 ?
Je me demandais juste ce qu'il était possible de trouver comme critique sur ce livre de Queneau.
Personnellement, je ris beaucoup, en le lisant, cette Zazie dans le métro. J'aime cet univers, qui laisse beaucoup à mon imagination, où tout avance au rythme infernal de son langage mais où dans son réel, tout semble si peu avancer.

J'aime le langage de charretier de Zazie, et la tendresse de Gabriel. J'aime le mystère qui entoure cette histoire, l'histoire de Gabriel, l'histoire de Zazie, effrontée et directe, drôle (peut être parce qu'elle n'est pas directement à mes côtés, et que je la vois agir, ou parce que je me reconnais en elle, peut être ?). J'aime quand Gabriel s'élance dans un mouvement de pensée philosophique qu'on ne lui aurait pas soupçonné et qui s'évapore ensuite.

J'aime accéder à cette intimité, où les personnages nous sont offerts sur un plateau de générosité.
J'avais aussi eu ces sensations avec Pierrot mon ami. Je me plonge dans cet univers, j'en ressors heureux.

Je trouve ça tellement bien qu'un livre puisse me faire rire, d'un rire franc, bienveillant. Je ris rarement devant mes livres, devant leurs situations, et Queneau réussit par deux fois, par deux livres, à me provoquer ces instants de relâchement. Je trouve ça fort, très fort.

Noann 19/09/2012 22:44

Je n'ai jamais réussi à éprouver quoi que ce soit pour ce "livre";

On peut délirer, déconner même, tout en faisant passer quelque chose. Ce n'est pas le cas ici, ou suis-je bouché à l'émeri ?

Colimasson 20/09/2012 12:58



Beaucoup n'arrivent pas à s'accorder avec ce style d'humour... question de sensibilité sans doute. On est dans le même cas de toute façon ;)



CL 10/09/2012 15:13

J'avais commencé "Les fleurs bleues", il y a longtemps. J'ai dû en lire à peine 20 pages tant j'ai trouvé ça insignifiant. J'étais pourtant pas trop difficile, à cette époque.

Colimasson 11/09/2012 12:58



Contente de voir que je ne suis pas la seule à bloquer... Et moi aussi, je ne pense pas être trop difficile habituellement dans mes goûts littéraires.


Après mon commentaire sur "Zazie", on m'a conseillé justement "Les fleurs bleues". Je crois que c'est vraiment un mauvais conseil !