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6 décembre 2013 5 06 /12 /décembre /2013 14:06





Cuvée en date de 2013. On se dépêche d'en faire un bon gargarisme en prévision d'un remix qui ne saurait tarder avant la livraison de 2014.


Deux cas de figure se proposent :
- Vous ne connaissez pas encore Mix & Remix. Qu'à cela ne tienne, la rencontre sera enchanteresse.
- Vous connaissez déjà Mix & Remix. Parfait, au plaisir des retrouvailles s'ajoutera la découverte de nouveaux strips surprenants.


Mix & Remix ne se repose pas sur ses lauriers. Lorsqu'il retrouve ses lecteurs, il les enrichit à chaque fois de nouvelles réflexions -sans doute parce que lui-même ne se laisse pas un instant de répit ni de certitude. Le scepticisme appliqué semble devoir renouveler sans fin le discours dans l'objectif de n'être dupe de rien -ou de tout.


Marre des dessins d'actualité qui collent à la réalité ? Mix & Remix tend à l'univers & éternel. Ses hommes préhistoriques, ses philosophes grecs et ses anonymes contemporains sont plus criants de vérité qu'une caricature politique.


« Il n’y a plus de gibier… C’est la famine ! On va devoir se nourrir de cadavres. C’est ça ou manger des légumes ! »


Malgré un classement en différentes thématiques -le monde culturel, la préhistoire, la philosophie, la psychanalyse, la technologie, la vie familiale...-, tous les strips de Mix & Remix ne visent qu'à une chose : la description de l'homme qui n'arrive plus à se distancier de la société-mère dont il est issu. Jusqu'à quel point Mix & Remix a-t-il réussi à éviter lui-même cet écueil ? Ceci est une autre question, à laquelle ce Mix devrait pouvoir répondre.


Sélection issue d'un choix cornélien :



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5 décembre 2013 4 05 /12 /décembre /2013 14:20


Pour certains, la paresse est une tendance contre laquelle il est difficile de lutter ; pour d'autres, elle est un fantasme qui n'appartient même pas à la réalité ; et pour une dernière catégorie de chanceux, elle est un état de l'être qui mérite d'être résolu par un digne moment de glandage intempestif. Là encore, la paresse reste entachée de préjugés peu laudatifs. Pas besoin de réfléchir bien longtemps pour comprendre les origines d'une si mauvaise réputation : il suffit de connaître un peu la moralité judéo-chrétienne pour associer la paresse au péché. André Rauch, nous montrant toute l'ambivalence qu'il éprouve à l'égard de cette tendance, s'est cependant attelé à la rédaction d'une histoire de la paresse. Effectivement, on sent que ce professeur à l'université de Strasbourg, spécialiste d'histoire culturelle, s'est donné la peine de mener des recherches aboutissant à des analyses faisant se croiser littérature et peinture. Toutefois, sa paresse pointe parfois et s'il est naturel pour un ardent passionné de la flemme de se laisser aller à son penchant, le lecteur risque cependant d'être déçu par la rapidité des analyses effectuées. Une page consacrée à un auteur du 4e siècle et la page suivante nous présente déjà des textes du 15e siècle. Seul un paresseux pouvait s'autoriser une ellipse pareille. Les considérations suivantes sont intéressantes mais ne défrichent rien de neuf. André Rauch nous rappelle que la paresse est condamnée par l'église catholique et nous en explique les raisons logiques. Heureusement, il nous surprend parfois par la citation de textes méconnus. Ainsi ce dicton du 14e siècle, qui vient nous redonner du baume au cœur au milieu d'une histoire de la paresse qui risquait de paraître austère : « Qui est conard & paresseux mourra chetif & mal-heureux».


Voilà qui est bien rigolé. Hop, on glisse ensuite de la religion à la morale comme si de rien n'était, l'explication suivante suffisant à expliquer pourquoi les siècles plus récents, malgré une revendication de plus en plus affirmée à se détacher de l'emprise religieuse, n'a pas réussi à faire disparaître l'idée que la paresse est un péché : « En somme, dans la vie contemplative, l’acédie était surtout amertume, tristesse, absence de concentration ; dans la vie laïque elle devient indolence, frivolité, inutilité, manque de sérieux et distraction. Voici le champ de la religion entr’ouvert à celui de la morale ».


André Rauch devient plus intéressant lorsqu'il ne se contente pas d'une relecture classique des textes et des peintures -ces analyses tournent souvent à la paraphrase ou à la description, ce qui ne manque pas d'intérêt pour les malvoyants. Quelques chapitres sont éclairants, ainsi celui expliquant le jugement de l'homme « moderne » sur les peuples colonisés. La partie consacrée à l'ambivalence de la paresse dans notre société et celle du siècle passé surprend aussi par une finesse d'analyse qui n'était pas présente dans les premiers chapitres, preuve peut-être qu'André Rauch fait un meilleur sociologue qu'historien. A la pêche aux belles images, il n'est pas mauvais non plus et même si ses analyses picturales laissent à désirer, il faut lui reconnaître le mérite de ne s'être pas contenté de nous présenter des peintures classiques. Entre quelques Bosch, Dürer et Brueghel bien attendus, on découvrira par exemple Mantegna, Bartolomé Esteban Murillo ou Theodore Franken, moins courus et moins exhibés que les premiers. Ainsi, André Rauch nous laisse une solution de repli : se calfeutrer dans les fins fonds d'un siège, mettre son cerveau au ralenti, et se contenter de tourner les pages pour admirer les images.



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Theodore Franken, Gentleman sur un sofa




Concernant les peuples colonisés aux 15e et 16e siècles :

Citation:
« « Quant aux hommes, ils ne font rien qu’aller à la chasse du Cerf, & autres animaux, pécher du poisson, de faire des cabanes, & aller à la guerre. »
[…] « Ils vont aux autres nations, où ils ont de l’accès, & connaissance, pour traiter & faire des eschanges de ce qu’ils ont, avec ce qu’ils n’ont point. […] A leur retour, « ils ne bougent des festins & dances, qu’ils se font les uns aux autres, & à l’issue se mettent à dormir. » Le propos est à resituer dans son contexte. Aux yeux de ces Européens, chasse, pêche et guerre font partie des privilèges de la noblesse. Hormis cela, les membres de cette caste virile festoient, dansent et paressent. Comme l’a souligné la sociologue Annie Jacob, la ressemblance est donc frappante entre ce que les explorateurs interprètent des mœurs de ces peuplades et ce qu’on observe de la noblesse en Europe : bien que sauvages, les hommes se comportement en aristocrates. »



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Francesco Masriera y Manovens, La jeune femme se reposant


André Rauch donne envie d'autres lectures... par exemple Oblomov :

Citation:
« Qui t’a maudit, Illia ? Qu’est-ce que tu as fait ? Tu es bon, intelligent, tendre, noble… et tu te perds ! Qu’est-ce qui t’a perdu ? Il n’y a donc pas de nom à ce mal…
Si, fit-il d’une voix à peine audible.
Elle leva sur lui ses yeux pleins de larmes qui exprimaient une question.
L’oblomovisme ! dit-il dans un souffle. »



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Jean-Baptiste Greuze, Un écolier endormi sur son livre


Une origine des jardins familiaux :

Citation:
« L’abbé Lemire […] prétend protéger « un certain ordre social » par le jardinage : « S’ils (les jardins ouvriers) permettent aux ouvriers d’échapper à leurs taudis en profitant d’un air plus respirable, ils les éloignent aussi des cabarets et encouragent les activités familiales au sein de ces espaces verts. » Ainsi apparaissent les potagers devenus en France jardins familiaux par la loi de 1952. »


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4 décembre 2013 3 04 /12 /décembre /2013 09:26





Malgré la complexité qu’Emile Zola aime injecter dans ses romans, La Curée est un livre qui peut se résumer très simplement. Roger Vadim l’a bien compris, qui s’inspire de l’histoire trouble d’un triangle amoureux incestueux, avide de pouvoir et de fortune, pour la transposer dans l’époque bénie des années 60. Libération sexuelle et étiolement des liens familiaux invitent le réalisateur à se concentrer plus particulièrement sur l’histoire qui relie Alexandre Saccard, son fils Maxime et l’épouse du foyer, qui deviendra aussi l’amante de Maxime. En supprimant les intrigues parallèles qui faisaient toute la densité du roman de Zola, Roger Vadim ne perd cependant rien de la pertinence du propos et réussit à s’approprier le récit de l’écrivain d’une manière toute naturelle. La Curée a été digérée et prend une nouvelle forme dans le quotidien désenchanté de cette famille « moderne ». Chaque nouveau siècle devrait revisiter sa Curée.


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3 décembre 2013 2 03 /12 /décembre /2013 09:38


Pauvre Monsieur Jean. Déjà revêche et grognon dans le premier volume, nous le retrouvons ici complètement abattu par la crise de la trentaine. A la base de ce remue-ménage existentiel, on désignera le coupable « amour », qui brille ici par son absence. Et que fait un homme de trente ans qui vit comme un éternel adolescent ? Il fête son anniversaire dans une pizzeria et se chope une indigestion. Il zappe ses dossiers en cours d'étude et se rend à une soirée porte-jarretelles. Et pour se changer les idées et faire la promotion de son dernier livre, il se rend au Portugal et parle avec un invétéré de Fernando Pessoa. Quel bonheur de retrouver l'auteur du Gardeur de troupeaux au milieu de tous les personnages pâles et gentils qui traversent cet album ! Si Monsieur Jean reste complètement hermétique à son « emmerdeur » d'interlocuteur, Fernando Pessoa vient cependant nous remettre du baume à l'âme. Sa duplicité talentueuse et son incarnation de la « saudade » intraduisible en français («  c’est quand un homme se sent dépossédé de son passé ») donnent un peu de corps à l'histoire du triste et désespéré Monsieur Jean.


"- Pessoa avait l’habitude de discuter à la tombée du jour, autour d‘un verre, avec ses amis poètes : Ricardo Reis, Alberto Caeiro, Alvaro de Campos et Bernardo Soares. Ensembles, ils avaient fondé une revue littéraire.
- Comme c’est intéressant…
- Très ! Sauf que ses amis avaient tous une certaine spécificité : ils étaient tous une seule et même personne, Fernando Pessoa lui-même !"



En deux volumes seulement, Monsieur Jean se sera frayé une voie vers l'abattement de plus en plus certaine. Son lourdingue de copain l'avait prévenu : « ‘Tain ! Arrête de faire la gueule , on se croirait dans un film de Jacques Oignon ! ». Remplacez le « Jacques Oignon » par le nom de n'importe quel autre réalisateur français à tendance onaniste larmoyante et vous comprendrez. Ne reste plus qu'à se jeter sur un bon morceau de Fernando Pessoa pour se consoler.

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2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 21:03



La Vénus d’Ille fait partie de ces nouvelles qui traînent à leurs basques une réputation telle qu’il ne semble plus utile de les lire pour les connaître. Les commentaires, résumés et explications issus de la Vénus sont si nombreux qu’on imagine un récit à rallonge tenant davantage du roman court que de la nouvelle. En réalité, La Vénus d’Ille de Prosper Mérimée est très courte et peu loquace.


Le narrateur, un archéologue parisien, se rend en province dans la commune d’Ille auprès de la famille de Peyrehorade afin d’observer une antiquité mise à jour récemment –la fameuse Vénus. Véritable arlésienne, celle-ci tarde à faire son apparition. Le narrateur fait bon voyage, rencontre les Peyrehorade, observe ses hôtes, partage un repas avec eux, parle à des autochtones, s’attendrissant presque de l’aura de superstition qui tourne autour de la figure de la statue. Elle a blessé le pauvre Jean Coll après que celui-ci lui a malencontreusement asséné un coup de pelle et cela suffit pour déchaîner les fureurs et les passions. Finalement, le narrateur finit par découvrir la fameuse Vénus. Tout se joue à ce moment-là du texte et Prosper Mérimée espère développer le sentiment de fantastique de sa nouvelle en quelques courtes pages de descriptions, parsemées d’impressions fugaces et incertaines. Comme un burineur, l’écrivain martèle par endroits, ébauchant une sensation et l’abandonnant à l’inspiration d’une autre forme. Son écriture noble et soignée constitue son seul outil ; d’ailleurs, la Vénus d’Ille ressemble à un défi personnel que se serait lancé Prosper Mérimée afin d’observer jusqu’à quel point sa littérature, en se contentant de suggérer, peut provoquer le malaise. Les finitions achevées, les parures posées sur les phrases de la Vénus, reste ensuite au lecteur d’achever le travail de contemplation pour se fondre avec l’œuvre créée par l’artiste. Si la bonne volonté ne se manifeste pas, rien n’y fera : la Vénus d’Ille se contentera d’être un objet pompeux et sans intérêt.


« Cette expression d’ironie infernale était augmentée peut-être par le contraste de ses yeux incrustés d’argent et très brillants avec la patine d’un ver noirâtre que le temps avait donnée à toute la statue. Ces yeux brillants produisaient une certaine illusion qui rappelait la réalité, la vie. Je me souvins de ce que m’avait dit mon guide, qu’elle faisait baisser les yeux à ceux qui la regardaient. Cela était presque vrai, et je ne pus me défendre d’un mouvement de colère contre moi-même en me sentant un peu mal à mon aise devant cette figure de bronze. »


Le narrateur s’éloigne. En réalité, il ne saura rien de la poursuite exacte des événements. Alphonse de Peyrehorade et la Vénus semblent liés par un pacte qui n’a rien à envier au serment diabolique mais que vaut cette supposition ? L’imagination a un pouvoir puissant et interprète les bruits et les visions –surtout lorsqu’elles surviennent dans l’imprécision nocturne- de façon à ce qu’elles puissent alimenter n’importe quelle légende. Et si Alphonse de Peyrehorade est seulement fou, alors sa folie est aussi mystérieuse et inquiétante qu’un pacte diabolique. Mais nous n’en saurons pas davantage, et Prosper Mérimée nous abandonne au doute. A nous de croire ce que nous préférons…



 
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Mademoiselle Lange en Venus d'Anne-Louis Girodet-Trioson




Citation:
Il me montrait le socle de la statue, et j’y lus ces mots :

CAVE AMANTEM.

« Quid dicis, doctissime ? me demanda-t-il en se frottant
les mains. Voyons si nous nous rencontrerons sur le sens de ce
cave amantem !

– Mais, répondis-je, il y a deux sens. On peut traduire :
« Prends garde à celui qui t’aime, défie-toi des amants. » Mais, dans ce sens, je ne sais si cave amantem serait d’une bonne latinité. En voyant l’expression diabolique de la dame, je croirais plutôt que l’artiste a voulu mettre en garde le spectateur contre cette terrible beauté. Je traduirais donc : « Prends garde à toi si elle t’aime. » 


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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 09:31





Le 17 avril 2013, une équipe de chercheurs hollandais présente la concrétisation de laborieuses et coûteuses recherches. Devant les caméras, ils nous sortent un petit steak qui ne doit pas peser plus de 50 grammes, le font griller, le glissent dans un pain à hamburger, entre deux tranches de tomates et une feuille de salade, et croquent le tout. Précisons que ledit steak ne provient pas d’un animal mais de cellules élevées en laboratoire. Winston Churchill, qui rêvait d’un moyen de « fabriquer des ailes et des cuisses sans élever un poulet », est exaucé.




Le documentaire ne se contente pas de nous présenter cette découverte. Dans un contexte de hausse démographique et d’amélioration des conditions de vie, il nous présente les difficultés croissantes que rencontrent les producteurs de viande pour satisfaire la demande. Les chinois, qui ne consommaient pas plus d’un morceau de viande par semaine quelques décennies en arrière, sont aujourd’hui les plus gros consommateurs de viande : 25% de la production totale de viande est mangée par 20% de la population mondiale. Le documentaire nous fournit les chiffres que l’on connaît déjà, mais que l’on peut encore rappeler :


« 10 % des décès prématurés chez les hommes et 8 % chez le femmes auraient pu être évités en réduisant la consommation de viande à moins de 50 g par jour. Pour produire un kilo de viande de cochon, il faut 9,5 kilos de nourriture, pour les vaches, 25 kilos. Par comparaison, pour 1 kilo d'insectes, aliment consommé aujourd'hui par des millions d'êtres humains sur la planète, il faut 2,1 kilos de nourriture. Les insectes émettent par ailleurs 100 fois moins de méthane, gaz à effet de serre contributeur au réchauffement climatique.... »


On ne peut toutefois s’empêcher de se demander si la viande in vitro représente une solution viable et sans danger. Les mots d’antibiotiques nous front grincer des dents. Le coût et le gigantisme de la méthode nous effraient. L’équipe des chercheurs essaie de nous rassurer en nous rappelant les débuts difficiles des premiers ordinateurs. En comprenant, peut-être arriverons-nous à mieux accéder cette parade de l’homme cherchant à se substituer à la nature ? La méthode est résumée ainsi :


« Le premier hamburger de synthèse aura nécessité six ans de recherche, quelques cellules de vache, des centaines de litres de milieu de culture, une bonne dose d'antibiotiques, des milliers de pipettes... et beaucoup d'argent. Tout commence à l'abattoir, où l'on prélève un morceau de viande sur une carcasse de cheval, dont on extrait les cellules souches de muscle. On les sème ensuite dans des boîtes remplies de milieu de culture qui leur fournit les minéraux, les acides aminés et le sucre nécessaire à leur croissance. Et des antibiotiques, ingrédients indispensables à leur croissance. Contre la surconsommation desquels on met, au demeurant, les malades en garde. Puis, les cellules deviennent de vraies cellules de muscles. Mark Post utilise des bâtonnets d'un gélifiant, l'agarose, comme des tuteurs autour desquels les cellules viennent pousser. Elles sont alors prêtes pour fusionner entre elles et former de grosses fibres de muscle, qui finissent par se contracter. Le "semeur de viande" obtient alors de petits donuts, qu'il transforme en bribes de muscle, récoltés et stockés au congélateur. »


On passe d’expert en expert pour saisir davantage d’informations. Est-ce que cela vaut la peine d’investir autant d’argent dans la production de nourriture artificielle alors que des succédanés à la viande existent déjà ? Pour ne citer que quelques exemples, on peut évoquer le « Quorn », produit à base de protéines de champignons, qui se vend très bien en Angleterre ou en Suisse, et les « steaks » ou « saucisses » de soja deviennent de plus en plus courants dans les pays occidentaux. En Afrique, le manque de viande se pallie très simplement à l’entomophagie. Dans les pays occidentaux, on commence aussi à prendre le pli et certaines grandes écoles hôtelières des Etats-Unis apprennent à leurs élèves comment concevoir des plats à base de sauterelles ou de vers de farine qui ne soient pas trop déstabilisants pour les consommateurs.






Finalement, la controverse autour de la viande in vitro tourne rapidement court. Il est encore trop tôt pour juger de l’efficacité et de l’innocuité de ce procédé. Reste que son achèvement fait réfléchir… avec ou sans viande –quoique plutôt sans- comment mangera-t-on demain ?

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30 novembre 2013 6 30 /11 /novembre /2013 09:31





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Sur la couverture du livre se déploie, sur un fond noir permettant de mieux mettre en avant la couleur des chairs à vif, une « Femme vue de dos, disséquée de la nuque au sacrum ». Certains petits malins l’appellent aussi « L’Ange anatomique ». Il fallait bien André Breton pour trouver une telle dénomination mais d’autres « poètes » du langage, enthousiasmés par la redécouverte de certains procédés picturaux de la Renaissance, se sont aussi laissés porter par leur verve. Ainsi Jacques Prévert décrivit-il ce morceau de chair palpitante : « Une jolie jeune femme aux épaules nues ou plutôt dénudées avec la peau rabattue de chaque côté… Horreur et splendeur viscérale ».


En 1996, à Paris et à Lausanne, L’anatomie de la couleur est une exposition qui retrace l’évolution des procédés permettant de coloriser les estampes. Si, pour attirer le chaland, le titre et la couverture nous laissent penser qu’il sera uniquement question de dissections, le contenu du catalogue est en réalité plus nuancé. Avant de manier le scalpel et le bistouri, les inventeurs de l’estampe coloriée ont aussi représenté des scènes plus classiques. Paysages, scènes mythologiques, portraits officiels ou religieux permettent de réaliser les premiers essais de colorisation.


Le catalogue se présente comme un livre de vulgarisation à part entière. Découpé en plusieurs chapitres denses, il retrace d’abord un historique général de l’estampe et de ses premiers procédés de colorisation avant de se concentrer sur quelques grands noms tels que Jean L’Admiral ou Gautier-Dagoty. Malgré la volonté de rendre l’invention de l’estampe en couleurs, simple et compréhensible, le discours ne sera pas accessible par le commun des mortels. Des prérequis sont nécessaires pour comprendre les subtilités caractérisant les différents âges la technique.


Restent les estampes qui parlent d'elles-mêmes de l’évolution et du perfectionnement de la technique. Approchant de la Renaissance et de son florilège de découvertes anatomiques, les écorchés vifs se multiplient. Qu’ils se nomment « tronc vu de face, disséqué », « Intestins, planche anatomique » ou « squelette avec le cœur en position », ils nous permettent de comprendre la pensée qui relie émulation artistique et médicale. Reste à savoir quel domaine a le plus influencé l’autre. La médecine aurait-elle d'abord été une imagination macabre se nourrissant des détails les plus morbides ? On le croirait presque...


Qu'est-ce qu'une estampe ? a écrit:
Une estampe est une image multipliable à l’identique à partir d’un élément d’impression, ou matrice, tel qu’une planche de bois ou une plaque de métal gravée, qui, encrée, transfère lors de son passage sous une presse, sa charge d’encre sur une feuille de papier ou tout autre support offrant la même souplesse.




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William Hogarth, Mary Toft et ci-dessous, l'histoire qui lui est liée :



Citation:
Une sage-femme des environs de Londres, mécontente de ce qu’un jeune médecin, qui était venu s’installer dans la même localité qu’elle, lui enlevait à peu près toutes ses clientes, résolut de se débarrasser du nouveau venu par un subterfuge. Cette matrone [connue sous le nom de Mary Toft] avait une fille sans doute aussi rusée qu’elle, à laquelle elle enseigna de simuler un accouchement en montrant, comme en étant le fruit, un lapin vivant préalablement dissimulé avec adresse sous son vêtement.



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Charles-Nicolas Jenty, Femme enceinte



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Jacques-Fabien Gautier, Buste disséqué de face, la tête tournée à droite



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Jacques-Fabien Gautier, Femme de dos, disséquée de la nuque au sacrum



Citation:
Dans cette série de planches [Observations], la maladresse du report et les défauts de l’encrage font surgir d’étranges fleurs, à la fois précieuses et repoussantes qui ont séduit la sensibilité des surréalistes, qu’une simple description de la nature aurait rebutés. Désormais [Jacques-Fabien] Gautier interprète le corps humain à sa manière, plus en visionnaire qu’en philosophe, fasciné par des accords chromatiques rares et des situations ou le macabre se mêle au délicat, l’horreur au sourire.




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Jan l'Admiral, Coeur humain, planche anatomique



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Jan l'Admiral, Intestins, planche anatomique



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Jan l'Admiral, L'os innominé



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Pierre-François Tardieu, Anatomie d'un petit garçon
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28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 13:32




Les princesses ne sont plus ce qu’elles étaient… l’ascension sociale, les mariages arrangés et l’importance accordée au profil social ont transformé le visage de l’aristocratie pour donner jour à des princesses dont seule l’illégitimité semble incontestable. Afin de transmettre une image de cette situation bien connue de son quotidien, Lermontov écrit dès l’âge de vingt-deux ans l’histoire de la Princesse Ligovskoï.


A Saint-Pétersbourg, au cours de la première moitié du 19e siècle, Georges retrouve Viérotchka, une ancienne maîtresse. Le désarroi de la jeune femme semble immense –elle ne le cache même pas à Georges, reconnaissant avoir compromis son avenir et sa jeunesse pour obtenir un titre qui ne lui apporte finalement aucune satisfaction. Les retrouvailles s’effectuent donc sous le signe du malheur ambitieux, recoupé par le regard cynique et moqueur –insensible !- de Georges. On reconnaît derrière ce personnage le caractère du jeune auteur : son désenchantement, ses désillusions amoureuses, son goût pour l’(auto)dérision et son ambivalence vis-à-vis des soirées mondaines se confondent pour former un autoportrait dont la sincérité ne manquera de convaincre aucun lecteur.


L’histoire, si elle avait été racontée du point de vue de la princesse larmoyante, aurait sans doute été lourde, gonflée de colifichets, artificiellement éplorée ; racontée du point de vue de Georges, elle prend une tournure cruellement joviale, virevoltant de l’aversion la plus injustifiée (quoique toujours assumée) à l’humour le plus piquant. Le ton est enlevé, léger, faisant la part belle aux divagations et aux considérations les plus extravagantes d’un personnage enflammé. Surtout, Lermontov réussit à prendre suffisamment de distance avec son sujet pour en faire ressortir les caractéristiques les plus notables –ouvrant ainsi une voie de communication directe avec le lecteur français du début du 21e siècle.


Bien que l’histoire soit inachevée, la frustration sera légère. Lit-on l’histoire de la Princesse Ligovskoï pour son dénouement ? Non. Mais pour la cruauté réjouissante de ses considérations –oui !



Citation:
… je ne sais pas, mais à mon sens, une femme dans un bal constitue avec sa toilette quelque chose de global, d’indivisible, de spécial : une femme au bal est tout autre chose qu’une femme dans son boudoir ; juger de l’âme et de l’intelligence d’une femme après avoir dansé avec elle une mazurka, c’est tout comme juger de l’opinion et des sentiments d’un journaliste après avoir lu un article de lui.



Citation:
Catherine Ivanova était une dame point sotte, au dire des fonctionnaires qui servaient sous les ordres de son mari ; une femme adroite et retorse de l’avis d’autres dames d’âge ; une maman bonne, confiante et aveugle pour la jeunesse dansante… quant à son vrai caractère, je ne l’ai pas encore bien démêlé ; je tâcherai dans mes descriptions de réunir et de traduire ensemble les trois appréciations que je viens de rapporter… et s’il en résulte un portrait fidèle, je promets de me rendre à pied au monastère d’Alexandre Nievski écouter les chantres !...


*peinture de Gert Wollheim

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28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 13:25



Si j'aime et si je sers la belle de bon coeur

Devez-vous pour autant me considérer comme vil et sot?

Elle a en elle autant de biens qu'on peut le souhaiter.

Pour son amour je ceins bouclier et dague;

Quand viennent des gens, je cours et attrape un pot,

Je vais au vin, sans faire de bruit;

Je leur tends eau, fromage, pain et fruit.

S'ils paient bien, je leur dis: "bene stat;

Revenez ici, quand vous serez en rut,

Dans ce bordel où nous sommes établis."



Mais il y a grand déplaisir

Quand sans argent s'en vient coucher Margot;

Je ne peux la voir, mon coeur la hait à mort.

Je saisis ses habits, ceinture et surcot,

Et je lui jure que ça tiendra lieu d'écot.

Par les flancs se prend cet Antéchrist

Que ça ne se pssera pas comme ça. Alors j'empoigne un éclat de bois,

Sur son nez je lui fais une inscription,

Dans ce bordel où nous sommes établis.



Puis on fait la paix et elle fait un gros pet

Plus enflé qu'un bousier immonde.

En riant, elle me donne un coup de poing sur la tête,

Me dit "Go! go!", et me frappe la cuisse.

Tous deux ivres, nous dormons comme un sabot.

Et au réveil, quand son ventre fait du bruit,

Elle monte sur moi pour que je n'abîme pas son fruit.

Sous elle je geins, elle m'aplatit plus qu'une planche,

A paillarder elle me démolit complètement,

Dans ce bordel où nous sommes établis.



Vente, grêle, gèle, j'ai mon pain cuit.

Je suis paillard, la paillarde me suit.

Lequel vaut mieux? Nous sommes bien assortis.

L'un vaut l'autre; c'est à mauvais rat mauvais chat.

Ordure aimons, l'ordure nous poursuit;

Nous fuyons honneur, honneur nous fuit,

Dans ce bordel où nous sommes établis.




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George Grosz
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Published by Colimasson - dans Poésie
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26 novembre 2013 2 26 /11 /novembre /2013 13:30



Les virgules servent d’habitude à relier les éléments disparates d’une phrase. Dans Monsieur Jean, l’amour, la concierge, elles servent surtout à marquer un clivage.
Pour que Monsieur Jean et l’amour se rencontrent, la concierge doit disparaître ; si Monsieur Jean et la concierge se fréquentent, alors l’amour s’enfuit ; et si l’amour et la concierge venaient à se réunir, alors Monsieur Jean ne serait certainement pas là pour en témoigner. En fait, si la concierge n’était pas là, ce serait surtout le lecteur qui n’existerait pas. Les petites aventures bucoliques et romantiques de Monsieur Jean, qui souffrent déjà de cette pire forme de niaiserie qui se mêle de bons sentiments, n’auraient sans doute aucune personnalité si sa « vieille courge » de concierge (oh ! l’outrecuidance) ne rôdait pas dans les parages, pointant ses bajoues poilues et boutonneuses en contre-reflet des beautés diaphanes dont s’éprend Monsieur Jean.

Ses aventures essaient de se donner un petit côté subversif : parfois, cela parle même de fesses ! (« Je veux bien ton derrière »).


On se dit qu’être un loser, ce n’est pas si terrible finalement. La preuve ? Monsieur Jean le vit très bien, et c’est d’ailleurs le seul personnage de toute cette histoire à n’être pas trop à côté de ses pompes. Ce qu’on ne nous dit pas, c’est que Monsieur Jean représente le prototype du loser brillant qui impose une violence symbolique à tous les lecteurs qui ne lui ressembleraient pas. Dans le genre satisfait, on ne fait pas mieux. Heureusement, deux heures après la lecture, on ne se souvient déjà plus de rien. C’était parfois un peu agaçant, facile et lisse du début jusqu’à la fin. Si certains des volumes suivants de la série avaient pu me laisser un souvenir moins mauvais, celui-ci n’est sans doute pas le plus adapté pour en ouvrir le cortège.




"Sa pâtée ! … J’ai oublié de lui donner sa pâtée !"
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