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16 avril 2012 1 16 /04 /avril /2012 15:21




Le regroupement des trois nouvelles d’Amants, heureux amants… n’est pas dû au hasard. Elles déclinent le même thème des hésitations amoureuses dans la vie d’un jeune oisif parisien du début du 20e siècle. Dans une vie qui ne comporte plus aucun obstacle social ni économique, les héros de ces différentes nouvelles ne peuvent s’empêcher de faire turbiner leur cervelle. Leurs neurones jettent leur dévolu sur le moindre cancan et toute demoiselle qu’ils jugent convenable devient la proie de machinations diaboliques qui ont pour but de raviver une vie ternie par l’opulence. Là où il n’y a pas de problèmes, il semble que l’homme s’ennuie et dépérisse. Ce qui est magnifique avec les histoires sentimentales, c’est que le nombre de tourments qu’il est possible de susciter à base d’adultères, de mensonges, d’hésitations et de bravades d’interdits est presque infini. Et Larbaud s’en repaît.

Derrière ses personnages masculins, jeunes riches et oisifs, qui voyagent d’une ville à une autre sans se soucier du lendemain, on découvre en effet le reflet de l’existence de l’écrivain. Les mises en scène de ses textes représentent ses propres interrogations et traduisent les tiraillements qu’il ressent lorsque, coincé dans une époque conservatrice et puritaine, il affronte avec violence l’irrationalité des passions qui s’éteint avec la vie de couple mais se ranime à la vue d’une charmante paire de jambes.

Ces nouvelles ont mal vieilli, que ce soit au niveau de la forme comme en ce qui concerne le fond. Le style est prétentieux, bariolé de références antiques et de babillage italien qui font la plus grande gloire d’un esprit marqué par la vanité. Le résultat sonne aussi faux et guindé que les plans tordus qu’imaginent les héros de ces textes, persuadés qu’une vie pleine de complications sentimentale saura redonner de la vigueur à leur triste existence de privilégié. Difficile de s’attacher ou de s’identifier à ces beaux parleurs dont la vacuité semble immense. Une fois leurs misérables histoires d’amour achevées, que leur reste-t-il ? Rien… Ils continuent d’errer de par le monde avec des airs de grands seigneurs à qui tout est dû. Si leurs réflexions sur les conventions qui dominaient la vie amoureuse au début du 20e siècle pouvaient alors être novatrices et perturbantes, aujourd’hui, elles font figure de provocations faciles. Ce n’est pas que les conventions régnant en ce domaine aient complètement disparu actuellement, mais on comprend que derrière la contestation des valeurs bourgeoises, Larbaud ne cherche pas à rénover une pensée étriquée pour le bien-être général mais pour son bien-être exclusif, afin de pouvoir profiter au mieux de jeunes fleurs et d’en jouir complètement jusqu’à épuisement de leurs ressources. Le tout se dissimule derrière un ton emprunté et galant qui ne survivrait sans doute pas à la prise de recul critique ou à la dérision.

Seul avantage de ces textes ? Ils présentent le mérite d’être brefs. Peut-être est-ce là la manifestation d’une portée critique de Larbaud sur ses écrits. Comprenant que ses personnages ne méritaient pas que l’on s’attarde sur eux plus de cinquante pages, il aura préféré, très judicieusement, couper court à leurs réflexions creuses en les abrégeant par des points de suspension salutaires.

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15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 15:17




Le film part d’une longue filiation puisqu’il s’inspire d’un ouvrage publié par Serge Halimi en 1997, Les nouveaux chiens de garde, lui-même convoqué par le texte des Chiens de garde publié par Paul Nizan en 1932. Sans chercher à résumer toute la densité de ces deux ouvrages en 1h40 de vidéo, Gilles Balbastre et Yannick Kergoat tiennent toutefois à rappeler les quatre piliers fondamentaux de l’analyse de Serge Halimi. 

La base de l’analyse se fonde en premier lieu sur la dénonciation du journalisme de révérence qui fait exister des accointances entre certains journalistes et hommes politiques. Une fois ce constat posé, le film poursuit en abordant la toute-puissance des grands groupes industriels et financiers qui dirigent le grand jeu médiatique en investissant dans un nombre important de quotidiens nationaux français ou en s’exprimant sous couvert d’ « experts » dans les débats animés des chaînes télévisuelles. De fait, l’information devient une marchandise. Cette réalité, qui n’a peut-être jamais été démentie depuis que l’information et sa diffusion existent, prend toutefois aujourd’hui une ampleur qu’il importe de souligner lorsque l’évidence même est niée par la connivence qui existe entre journalistes, hommes politiques et industriels. Se mettant en jeu, face aux spectateurs, dans des scènes d’opposition frelatées, ils entretiennent l’illusion d’un système qui prône l’indépendance, l’objectivité et le pluralisme. Malheureusement, ce sont des notions que le monde de l’information peine à mettre en pratique.

 


Inspiré du livre de Paul Nizan qui dénonçait, en 1932, les philosophes et les écrivains de son époque, gardiens de l’ordre établis sous couvert de neutralité intellectuelle, Les nouveaux chiens de garde propose une critique similaire mais actualisée à l’aune du 21e siècle. Ici, les écrivains et philosophes sont remplacés par la horde des journalistes, éditorialistes, experts médiatiques et consorts qui ont pour seule devise la persistance de leur sphère de privilèges. Les techniques mises en jeu sont la propagation d’informations stéréotypées, la prédominance du fait divers (« le fait divers fait diversion », Pierre Bourdieu), les « experts » affiliés à de grands groupes industriels, les affrontements factices et les renvois d’ascenseur. 



En 1h40, le film présente ses arguments avec force exemples livrés sous forme de montages ou d’extraits télévisuels. Pour que le format reste digeste, il a fallu opérer une sélection. Les extraits proviennent de sources multiples : ainsi, le montage des débats télévisés sur LCI entre Luc Ferry et Jacques Julliard a été fourni par des professeurs de français et d’histoire-géo qui ont scrupuleusement enregistré et analysé les dialogues entre les deux intervenants. D’une manière plus générale, les sources de Balbastre et de Kergoat puisent essentiellement dans ce qu’ils nomment la « famille intellectuelle », en opposition à la « famille de classes », « d’intérêts de classes », de « protection d’un groupe social ». On pourrait dire que derrière ces qualifications, la manipulation éclate une nouvelle fois. On ne pourra toutefois pas contester la différence établie entre ces deux familles : d’un côté, les idées sont vivantes et évoluent au gré des réflexions de ses membres ; de l’autre, les idées sont figées et prises dans des conflits d’intérêts qui enlisent le dialogue et la réflexion. Surtout, en restant sur un mode sardonique, Les nouveaux chiens de garde, bien qu’il dénonce assidûment, ne se prétend pas détenteur d’une vérité absolue qui échappe aux victimes des grands manitous du monde médiatique. Plus que des certitudes, le film permet au spectateur de s’interroger : est-ce normal que l’épouse d’un ministre en exercice soit nommée par le Président de la République à la tête de l’audiovisuel extérieur français ? pourquoi les journalistes font-ils ménage avec des entreprises privées ? quelles répercussions cela entraîne-t-il sur leur manière d’exercer leur profession ? pourquoi invite-t-on toujours les mêmes experts pour animer les débats ? quels atouts possèdent leurs points de vue, et pourquoi accaparent-ils de la sorte l’espace médiatique ? A travers la dénonciation de tous les travers qui régissent actuellement le monde médiatique, ce film pousse le spectateur à plus de vigilance. La preuve qu’il touche à son but ? Une fois terminé, le spectateur n’a plus qu’une envie : se renseigner sur l’identité des réalisateurs du film et mener une enquête plus approfondie sur leur identité afin de découvrir si, par hasard, ceux-ci n’entretiendraient pas eux aussi des relations privilégiées avec des entreprises privées…

Face à ce film, la réaction des grands quotidiens a été malaisée. Silence total pour Le Figaro… Le MondeL’Express ou encore le Nouvel Obs s’avancent prudemment, saluant tout d’abord le film pour ses bonnes intentions, mais nuançant leur jugement en l’accusant de simplisme ou en regrettant que l’engagement de ses réalisateurs en fassent un film au parti pris. Face à ces accusations de simplisme, elles-mêmes d’une simplicité écrasante, Paul Nizan aurait sans doute répondu : "Les bourgeois installés aux postes du commandement spirituel répètent que la grossièreté des divisions est un péché contre l'esprit, et condamnent enfin à l'invalidation toutes les pensées qu'on forme ou qu'on conclut en partant de ces divisions vulgaires" (Les chiens de garde).

Pour un aperçu :

Critique de l’Express

Critique du Monde
Et la réponse de l’Acrimed à cette critique du Monde

Le site du film


En lançant des accusations stériles aux qualités d’un film qui s’attaque aux grands rouages d’un système bien installé, ces quotidiens ne font que démontrer leur malaise et leur impartialité, et ce d’autant plus que les reproches qu’ils lui adressent ne viennent habituellement pas les perturber lorsqu’il s’agit de commenter des films plus anodins.



Fi des qualités et des défauts des Nouveaux chiens de garde: ne serait-ce que parce qu’il allume l’esprit critique du spectateur, il s’annonce d’un intérêt salvateur. Permettant de comprendre les étapes qui ont permis aux médias de devenir ce qu’ils sont aujourd’hui, il éclaire sur le passé et l’actualité sans qu’il ne soit permis de douter de son intérêt critique pour les nombreuses années à venir… 


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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 15:32
Black Hole (1993-2004)



Jeune adolescent des seventies vivant dans l’Amérique imaginaire de Charles Burns ? Prenez garde à vos arrières, la crève, aussi appelée « peste ado », se propage à vive allure… Un rapport sexuel avec une personne contaminée, et vous voilà porteur à votre tour de la maladie. Pire, il suffit d’un simple postillon malencontreusement ingurgité pour que le mal se développe…
Vous voilà contaminé… La déchéance physique se manifeste. Singulière, ses symptômes sauront s’exprimer d’une manière différente pour chaque individu infecté. Chez l’un, la maladie se traduira par l’ouverture d’une petite bouche en bas du cou ; pas maline, celle-ci raconte tout ce que le malade essaie de dissimuler dès lors que le sommeil lui fait perdre le contrôle de lui-même. La maladie affublera l’autre d’une petite queue qui se régénère à la moindre tentative de mutilation ; voici une caractéristique qui vaut bien d’être nommée « Dame Lézard »… Bien qu’impressionnantes, ces marques physiques de la maladie peuvent encore être dissimulées. Malheureusement, pour la plupart, le mal se manifeste par des irruptions cutanées monstrueuses, des boursouflures et autres déformations qui font oublier l’humanité originelle des victimes de la crève.



Les monstres ne sont presque jamais rejetés de la société. Ils n’ont pas besoin d’attendre que les autres prennent la mesure puisque, la plupart du temps, ils s’en excluent d’eux-mêmes. Ils préfèrent se regrouper dans des villas abandonnées ou dresser des campements dans les grandes forêts qui entourent leur ville pour mener, ensemble, un mode de vie à la mesure de leur monstruosité. Si la maladie surgit au cours de leur existence comme un cheveu sur la soupe, elle ne semble finalement pas déranger davantage ces adolescents qu’une mauvaise note à l’école, un rendez-vous désastreux ou une soirée pourrie. Elle s’inscrit dans la continuité de leur existence morne, voire, elle se présente à eux comme l’évènement à l’origine d’un nouveau départ. Ce peut être l’occasion de se retirer d’un quotidien confortable mais aseptisé, et de rejoindre l’idéal utopique d’une vie en communauté, proche de la nature. Mais après quelques semaines de camping, l’ennui et les mauvaises habitudes se rappliquent comme dans le passé et les monstres retournent dans le confort moderne des villas qu’ils parasitent en quelques jours. Ils regardent la télé, mangent et se torchent la gueule jusqu’à l’os pour se donner du courage dans l’éventualité de (peut-être ?) baiser. L’insouciance domine, à moins qu’il ne s’agisse de désespoir. La maladie semble n’effrayer personne. Elle consiste seulement à séparer la population en deux clans distincts. Elle est aussi prétexte à l’épanouissement du style de Charles Burns, tout en glauque et en difformité. Dans un style lourd, uniquement fait de noir et de blanc, de grands paysages surréalistes apparaissent parfois avant de se recentrer sur les portraits hideux des pestiférés. Pas de grandes réflexions dans le texte, rien qui ne pourrait laisser penser que la crève saurait induire un changement dans les mentalités de la population. De bout en bout, on reste dans le quotidien crasse.



Alors, pestiféré ? Plusieurs solutions s’offrent à vous : avoir le bonheur de se faire assassiner par un autre malade qui désire vous libérer de votre situation ; avoir le courage de prendre le flingue pour en finir par soi-même ; enfin, se replier loin des autres, et attendre, attendre…
Rien de réjouissant, mais Charles Burns réussit à amener ce constat en restant cohérent d’un bout à l’autre des six tomes qui constituent cette série et à préserver le style inimitable qui est le sien…

 

 

Des aperçus épisode par épisode ?



Tome 1 : Sciences naturelles



C’était comme une horrible partie de chat… On finit par découvrir qu’il s’agissait d’une nouvelle maladie qui n’affectait que les adolescents. On la surnomma la « peste ado » et « la crève ». Les symptômes en étaient aussi variés qu’imprévisibles… Certains s’en tiraient à bon compte –quelques bosses ou une vilaine éruption cutanée –d’autres devenaient des monstres ou il leur poussait de nouveaux membres… Mais quels que fussent les symptômes… Une fois touché, on était « le chat » pour toujours.


Tome 2 : Métamorphoses



C’était si fort entre nous que c’en était incroyable. On s’aimait et rien d’autre au monde n’avait d’importance. Le reste du monde pouvait bien crever, on s’en fichait royalement. On pensait que ça ne finirait jamais : comment quelque chose d’aussi bien pourrait-il tourner au vinaigre ? Et pourtant, c’est arrivé. Un jour, c’était fini. On s’est réveillés, on s’est regardés et il n’y avait plus rien.



Tome 3 : Visions



Ils étaient dans la chambre de John, à regarder la télé avec toutes les lumières éteintes… Sauf qu’ils ne la regardaient pas vraiment : ils l’avaient réglée entre deux chaînes et tout ce qu’on voyait, c’était de la neige. Ils étaient en train de s’imaginer qu’ils faisaient partie d’une tribu sauvage, ou un truc comme ça… La télé, c’était leur feu de camp.


Tome 4 : Reine des Lézards



Dans les bras de Rob, je l’ai senti qui s’endormait. Sa respiration est devenue profonde et régulière… Et alors, ça a commencé. Comme un cliquetis, au début, puis une voix claire et haut perchée qui s’élevait de la bouche sur sa poitrine, minuscule et triste. Une voix d’enfant.



Tome 5 : Grandes vacances



Je suis content d’être défoncé… J’ai au moins ça. Les choses sont moins moches… Tout est précis, propre et clair.


Tome 6 : Bleu profond



On a le cerveau trop gros… On pense trop et ça nous rend tous dingues. On a hérité de ce merveilleux don d’intelligence et de conscience de soi et on l’a gaspillé… Complètement gâché. On serait heureux si on pouvait vivre une vie simple, s’apprécier les uns les autres et… Enfin, je ne sais pas, moi, vivre dans une ferme et y faire pousser des légumes… Tu vois, revenir à la nature… Mais, hé, fais pas attention à ce que je raconte, pour ce que j’en sais, de tout ça…

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10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 21:54




Quel dommage de ne pas pouvoir reprocher à ce film d’évoquer uniquement la vie sentimentale de « Coco » sans tenir compte, ou si peu, de l’élaboration de sa stylistique singulière... Le spectateur avait été prévenu : ici, on nous présente Coco avant Chanel. Pas pendant, ni après, non. Comme s’il n’y avait jamais eu un peu de Chanel dans la petite Coco rescapée de l’orphelinat.


Donc, de création, il en sera à peine question. On verra bien Coco chanter et danser dans des cabarets et y prendre un grand plaisir, comprenant par là qu’elle aurait davantage rêvé de jouer sur scène plutôt que de coudre des robes et des chapeaux, et son jeu d’aiguilles sera uniquement réduit au cadre d’un gagne-pain laborieux qui nous montre une Gabrielle austère et revêche.
Bien sûr, son style novateur se retrouve déjà dans son impudence à porter des robes sans corsets et des chapeaux sans froufrous à une époque où les femmes s’évanouissaient de trop forcer sur leurs corsets ! Ainsi, Gabrielle déambule dans des sacs à patates et critique avec rancœur toutes les dindes qui se dissimulent sous des chapeaux trop lourds pour leur tête. On est un peu surpris par tant de virulence. Pourtant, on ne devrait pas : le comportement et les goûts de Coco s’expliquent par l’enfance qu’elle a passée dans un orphelinat austère. Paraîtrait que cela a nourri son goût pour la sobriété… Mouais… Dans ce cas, pourquoi n’y a-t-il pas eu des milliers de Coco Chanel ?



Finalement, il semblerait que les histoires d’amour de Coco soient plus intéressantes que l’histoire de ses créations. Anne Fontaine insiste donc lourdement sur le refus de la jeune fille à être aimée et traduit cette résistance comme le signe d’une indépendance et d’une liberté folles (on dirait aujourd’hui qu’il s’agit d’une névrose). Elle nous transforme une histoire d’amour à deux balles avec son Boy Capel en symbole d’une grande passion libérée qui ne s’embarrasse pas des conventions du mariage. Pourtant, il semblerait que derrière les grands mots de « liberté », « autonomie » et « indépendance » se cache plutôt une réalité subie par Coco qui ne choisit rien dans ses relations avec autrui. Tout le temps, elle se soumet pour des raisons financières ou matérielles. On préfère toutefois nous faire croire que Coco n’effectue que des choix rationnels et intègres. Ô magie des mots.

L’histoire sans relief nous présente des dialogues creux et sans surprises. Le rythme diminue sans cesse jusqu’à ce que la fin se matérialise avec le premier défilé organisé par Coco Chanel. Glauque au possible, il nous présente des mannequins aux allures du 21e siècle dans une déambulation aussi triste qu’une cérémonie mortuaire. Surtout, on ne comprend pas l’aboutissement d’un tel défilé. Deux minutes auparavant, Coco continuait encore de fabriquer des petits chapeaux dans sa boutique, et la voilà propulsée aux plus hauts sommets. A en croire Anne Fontaine, le message du film serait le suivant : Chanel ne mérite pas que l’on s’y intéresse, observons plutôt Coco. Dommage car là encore, l’échec est cuisant…
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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 14:28



Sans le mélanome oculaire qui fut diagnostiqué à Oliver Sacks au cours de Noël 2005, L’œil de l’esprit n’aurait peut-être pas vu le jour aussi rapidement. En effet, le neurobiologiste a décidé de s’atteler à la rédaction d’un livre consacré aux rapports entre l’œil et le cerveau, le malade et le monde, en même temps qu’il commença à rédiger un journal de bord relatant la prise en charge de son mélanome. Cela ne signifie pas pour autant que l’intérêt d’Oliver Sacks pour l’œil et ses merveilles date seulement de 2005. Auparavant déjà, il avait suivi avec attention les cas de quatre patients atteints de pathologies oculaires singulières, et il relate ses propres expériences avec les mystères de la vision : « Dans mon enfance, je souffrais déjà de violentes migraines ophtalmiques. […]Ces migraines m'ont incité très tôt à me pencher sur le cerveau et sa construction de la vision. Derrière une apparente simplicité et unité, il y a une complexité que la maladie révèle ».

Avant de parler de lui, Oliver Sacks s’attarde donc sur ses quatre patients atypiques. Lilian, grande pianiste, souffre d’alexie. Elle n’arrive plus à déchiffrer le moindre signe, et ses partitions musicales deviennent pure abstraction. Le trouble s’aggrave année après année et touche la plupart des objets de la vie quotidienne. Toutefois, si elle ne reconnaît plus un vase qui lui appartient ou les fruits et légumes qu’elle achète au supermarché, elle est capable de voir qu’un tableau est mal aligné ou d’autres détails qui rendent la compréhension de son trouble encore plus mystérieuse. Dans une existence où tous les repères sont brouillés, Lilian déploie des ruses sans cesse renouvelées pour continuer à mener une vie ordinaire.
Les autres cas évoqueront un homme incapable de déchiffrer le moindre mot, un homme incapable de reconnaître le moindre visage, un aveugle qui répare brillamment la gouttière de son toit, et feront le lien entre strabisme et vision en 3D.


« Les objets familiers tels que les pommes et les oranges, devenaient soudain étranges, aussi bizarres qu’un fruit exotique asiatique –qu’un ramboutan, par exemple. Je découvris avec surprise que je ne savais pas si je tenais une orange, un pamplemousse, une pomme ou une tomate… »


Tous ces cas sont décrits avec une grande minutie. Oliver Sacks s’investit pleinement auprès de ses patients et les assiste au quotidien pendant plusieurs courtes périodes qu’il renouvelle au fil des ans, suivant ainsi l’évolution de leur maladie sur le long terme. Devant des troubles qui ne présentent a priori aucune possibilité de guérison, Oliver Sacks oppose les grands pouvoirs d’adaptation du corps pour pallier à un sens d’autant plus indispensable qu’il constitue, dans ces exemples, la source même de la personnalité des malades (l’une est pianiste, l’autre écrivain…). On reste ainsi stupéfaits par les capacités déployées par chacun pour se réapproprier le monde d’une nouvelle façon.
Mais Oliver Sacks dépasse ces considérations de premier ordre et vient les enrichir de son expérience de neurobiologiste. S’aventurant souvent dans des contrées peuplées de détails dont le sens échappera parfois au commun des lecteurs, Oliver Sacks n’hésite pas à nous décrire les pathologies d’un point de vue scientifique qui éclairera sur les mécanismes à l’origine de la vision. Heureusement, il sait rester globalement très accessible. Avec un sens de la narration qui rapproche chacun de ces cas du genre de la nouvelle, on pourra également être troublé par les remises en questions que nous apportent les considérations de Sacks sur la vision. On en viendrait même à se méfier de ses sens, lorsqu’un mélanome confère à des jonquilles la couleur violette ou lorsque le paysage s’aplatit pour ressembler à une toile peinte. Pourquoi ces dernières visions ne seraient-elles pas plus crédibles que celles dont nous avons l’habitude ? Lorsque le monde peut être modifié du jour au lendemain, il est permis de douter de tout.

« En avril 2007, les distorsions propres à mon œil droit s’amplifièrent tant que ma vue en pâtissait même si je gardais les deux yeux ouverts. Les gens ne m’apparaissaient plus que sous l’aspect de silhouettes aussi allongées que les personnages du Greco et toujours inclinées vers la gauche –ils me faisaient penser aux dessins de Sélénites en formes d’insectes de mon édition du roman de H. G. Wells Les Premiers hommes dans la lune. Et l’espèce de propagation visuelle initialement limitée aux couleurs à laquelle j’étais sujet depuis un an s’étendit désormais à tout ce que je regardais : les visages, en particulier, acquirent des protubérances translucides, bouffies et presque protoplasmiques, tel un portrait de Francis Bacon. »



Le livre s’essouffle malheureusement lorsqu’Oliver Sacks nous livre le journal de bord de son mélanome. Ce constat est d’autant plus dommageable que le journal occupe près de la moitié de l’ouvrage. Certainement parce qu’il s’occupe ici de son cas personnel, Oliver Sacks oublie de prendre le recul dont il avait fait preuve pour les récits de ses autres patients et s’attarde trop longuement sur le désespoir que suscite son mélanome. Sans vouloir nier les implications psychologiques de ce trouble, on a parfois l’impression qu’Oliver Sacks se complaît dans son malheur et éprouve une sorte de plaisir malsain à en rajouter des lignes et des lignes sur le tragique de sa situation. Si Oliver Sacks livre de très bonnes analyses des cas de ses patients, il devient médiocre lorsqu’il se penche au-dessus de son nombril. Malgré cet étalage de vie privée un peu nauséeuse, on trouve heureusement un témoignage unique qui, venant compléter les quatre précédents, chamboule de nombreuses conceptions et interroge sur le bien-fondé de ce que nous jugeons être la « réalité ».


Extrait du journal d'Oliver Sacks

Faire de la science-fiction à partir d’observations médicales ? Oliver Sacks l’effectue brillamment et, même s’il se perd parfois dans une prose tragique qu’il maîtrise mal, l’originalité de ses apports et de ses réflexions nous permet de fermer les yeux sur ses petits emportements…


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8 avril 2012 7 08 /04 /avril /2012 16:21



Une vieille ferme retapée dans la cambrousse… De jeunes gens sereins se relaient dans la salle à manger, le soir, pour prendre leur repas. D’abord les hommes, ensuite les femmes. On dort par terre, on fait tout soi-même… La cuisine, le jardinage, le bricolage… Le spectateur se sent rejetés dans un passé pas si lointain que ça, du temps où les écoles n’étaient pas encore mixtes et où les écrans des téléviseurs n’illuminaient pas les intérieurs en fin de soirée. Les visages souriants ont l’air d’indiquer que tout se passe bien… Mais Martha décide de s’enfuir…



Martha représente la faille dans le système, quel qu’il soit. Difficile d’imaginer que l’endroit qu’elle vient de fuir est une secte des monts Catskill dans l’Etat de New York. Les premières scènes nous donnent de ce lieu une image presque idyllique, bien éloignée en tout cas de qu’on peut imaginer d’une secte… On pense plutôt à un camp de vacances un peu baba, sans le confort matériel auquel nous a habitué la société moderne, mais tout de même pas désagréable.
S’étant fait la malle, Martha retrouve sa sœur, Lucy, et son beau-frère, Ted, et s’installe avec eux dans leur résidence quatre étoiles au bord d’un lac…

Lucy est ravie de retrouver sa petite sœur dont elle n’avait plus aucune nouvelle depuis deux ans. Martha, elle, semble moins enthousiaste. On dirait presque qu’elle regrette de s’être enfuie des monts Catskill… Entre deux scènes ordinaires de la nouvelle vie qu’elle mène chez sa sœur, des souvenirs lancinants des deux années qu’elle vient de passer viennent s’immiscer. Au début, on croirait presque que ces souvenirs viennent faire l’apologie d’une communauté parallèle qui aurait réussi à se fonder sur des principes utopiques : autosuffisance, répartition des tâches, amour du prochain, abandon de l’individuel au profit du commun… Ces scènes sont d’autant plus valorisées qu’elles répondent par contraste à l’égocentrisme et au matérialisme de Lucy et Ted qui vivent dans leur petite bulle de confort sans jamais sembler se préoccuper d’autrui. Cela est vrai, peut-être, quoique Lucy semble sincèrement touchée par le malaise croissant de Martha, mais le temps passe et les souvenirs de la secte sont de moins en moins enjolivés. Tout en restant dans un air de décontraction et de légèreté absolues, la manipulation est montrée sous ses aspects les plus tyranniques. De quoi bousiller toute une personnalité.



Est-ce pour cette raison que Martha n’arrive pas à retrouver ses repères, de retour dans un quotidien plus « normal » ? Le lavage de cerveau qu’elle a subi a-t-il été si efficace qu’elle ne peut définitivement plus s’en défaire ? A moins que ces deux années, sans qu’elle n’en ait tiré le moindre aspect positif, lui aient donné du recul et lui aient permis de poser un regard différent sur la vie que mènent Lucy et son beau-frère ?

Ce film révèle de nombreuses interrogations qui ne méritent pas d’être négligées. Il questionne sur la place que l’individu cherche à se donner au sein d’une société individualiste qui mesure la réussite à l’aune de critères essentiellement matérialistes. De là, peut-on s’étonner que certains se perdent dans des expériences sectaires traumatisantes ? D’ailleurs, de tous les membres de la secte, seule Martha semble s’être perdue, car les autres, malgré quelques contradictions internes qui transparaissent parfois à travers leurs actes ou leurs paroles, semblent vraiment trouver un intérêt à l’expérience qu’ils vivent. Si Sean Durkin a voulu porter une critique à travers son film, alors elle concerne aussi bien la secte des monts Catskill que la vie repliée de Lucy et Ted. Ce constat semble n’apporter aucune solution. La folie rattrape doucement Martha. Elle se rapproche à pas de velours, gentiment, et la happe presque comme pour la sauver. Cette conclusion désespérante était la meilleure. Constat glaçant pour un film brillamment réalisé.

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5 avril 2012 4 05 /04 /avril /2012 21:18

Longue vie à l’Enfant
Longue vie à la Mère et au Père
Longue vie aux Gens

Longue vie à cette Planète meurtrie
Longue vie au bon lait de l’Air
Longue vie aux Rivières fécondes et aux Océans maternels
Longue vie au jus de l’Herbe
et à toute la verdure obstinée du Globe

Longue vie aux Eléphants et aux Hippocampes,
aux Colibris et aux Gorilles,
aux Chiens et Chats et aux Mulots
à tous les Animaux survivants
nos Frères et Sœurs innocents

Longue vie à la Terre, plus profonde que toutes nos pensées

nous avons assez massacré

Longue vie à l’Homme
Longue vie à la Femme
faisant à la fois preuve de courage et de compassion
Longue vie à leurs Enfants


Adrian Mitchell




Carl Warner

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3 avril 2012 2 03 /04 /avril /2012 16:55



Jésus et Bouddha en ont marre du ciel. Ils ont décidé de s’octroyer quelques vacances bien méritées et louent un appartement dans le Japon des années 2000. On ne les savait pas copains, mais bon, pourquoi pas, après tout… Le rôle crucial qu’ils ont pu jouer dans l’histoire de l’humanité ne devient plus qu’un lointain passé d’acteurs désormais révolu. A présent eux-mêmes, c’est-à-dire communs et triviaux, ils se réunissent en coulisse et essaient de rester anonymes au milieu d’une foule qui, de toute façon, a perdu toute notion religieuse. D’ailleurs, Jésus évoque seulement Johnny Deep, et les japonais s’évertuent vainement à appuyer sur le front de Bouddha qu’ils prennent pour un interrupteur.



Toutefois, les mauvaises habitudes professionnelles ne disparaissent pas de si vite. Avoir tenu le rôle de Jésus ou de Bouddha, ça laisse des traces. Il suffit que Jésus soit un peu contrarié pour que s’ouvrent ses stigmates, tandis que Bouddha émet une aura lumineuse sitôt qu’il est touché par la félicité. Leurs aptitudes physiques et spirituelles leur permettent de remporter le gros lot à la fête foraine ou d’affronter le grand-huit en toute quiétude. Entre deux attractions, Jésus et Bouddha vont faire du shopping. Jésus ne résiste pas aux attraits des boutiques et vide son porte-monnaie sans compter. Lorsqu’il ne reste plus rien dans le frigo, Bouddha lui propose de rendre comestible le plat de pierres qu’il lui présente…



Le mythe tombe en miettes. Jésus et Bouddha ont très bien réussi à s’adapter au monde des années 2000 et s’avèrent aussi futiles et dispersés que leurs semblables. C’est bien la peine de vivre aussi longtemps pour rester aussi con.
Le choix est clairement assumé d’exploiter deux figures sacrées pour les transposer dans le milieu trivial du Japon consumériste. Le ressort comique de l’histoire tient entièrement au décalage ainsi produit, et génère en effet quelques situations truculentes, mais pas de quoi en défriser Bouddha. Surtout, le rythme s’épuise rapidement. Les scénettes s’enchaînent mais ne suivent pas de fil conducteur spécifique. Jésus et Bouddha sont livrés à eux-mêmes, dans un quotidien vidé de toute signification. Sur un tome, la matière à explorer est suffisante. Elle pourrait même suffire à combler un deuxième tome. Mais lorsqu’on sait que cette série en comporte sept au total, on a un peu du mal à imaginer comment les gags vont pouvoir se renouveler. Peut-être Johnny Deep finira-t-il par retrouver Jésus pour lui casser la gueule et de lui demander de retourner gentiment dans son ciel ?


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Published by Colimasson - dans Bande dessinée
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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 16:22



Clarissa est d’un tel ennui… Le début du roman nous montre un personnage assommant dont l’esprit semble seulement mobilisé à songer à l’organisation de sa soirée mondaine. Et les fleurs, et l’ambiance, et les invités… Vite, une ballade à l’extérieur pour se changer les idées ! Malheureusement, la vue du paysage alentour n’apporte pas plus de réconfort au lecteur. Et tel détail rappelle tel souvenir anodin, lorsqu’il ne conduit pas à un déchaînement d’impressions lyriques sans aucun rapport avec leur motif. Ridicule de s’enthousiasmer pour si peu. Cela sonne faux. A quoi donc se dope Clarissa ? Peut-être à rien, finalement… Tout reste tellement terre-à-terre, pragmatique… Est-ce cela la vie de l’esprit ? Se tourner vers des détails, tout analyser, tout observer, créer sans cesse des liens entre tel élément de l’extérieur qui rappellerait tel souvenir passé, telle projection future, qui ferait écho à tel sentiment présent ? La conscience ne serait-elle vraiment qu’une stimulation incessante de la pensée ? L’esprit qu’on presse comme un citron pour en extraire jusqu’à la dernière goutte d’insignifiance ?

Les premières pages sont vraiment indigestes. On se prendrait presque à détester la nature humaine qui se sent obligée de décortiquer le moindre geste insignifiant sous prétexte de rentabiliser sa cervelle. Dans un sens, c’est fait exprès, et Virginia Woolf délaisse intentionnellement l’intrigue au profit de l’introspection et de la valorisation de la vie intime de l’individu. Reste maintenant à savoir si cette vie intime, telle qu’elle nous est présentée, ne relève pas à son tour de l’affabulation pure. Pour moi, la réponse est claire : oui. L’essai n’est pas concluant. Sans révolutionner particulièrement la narration, la volonté de faire évoluer parallèlement six consciences différentes au cours d’une seule journée de juin 1923, à Londres, rend le récit inutilement alambiqué. Les sauts entre les différentes consciences sont suggérés et le va-et-vient incessant entre réalité extérieure et pensée intime se traduit par des procédés lourds, qui ont au moins le mérite de représenter de manière réaliste la difficulté de passer d’un monde à un autre. Ceci mêlé au style de Woolf, déjà suffisamment pompeux à la base, rend la lecture ennuyeuse et inutilement compliquée. Des ambitions d’écriture aussi élevées présentent-elles un quelconque intérêt lorsqu’on s’attarde seulement à décrire une rue animée, la composition d’un bouquet de fleurs ou un ciel étoilé ?

Heureusement, les thèmes abordés par Woolf ne se limitent pas à cette multiplication de détails. Dans son désir de saisir la complexité de l’être, partagé entre superficialité mondaine et profondeur psychologique, les consciences subissent elles aussi des décorticages minutieux qui dessinent un maillage étroit de liens entre les personnages. L’évocation des souvenirs, des sentiments passés et présents, des conceptions différentes, les rapprochent ou les éloignent sans cesse. On s’approche d’eux de manière sincère, avant d’être étourdi par le gouffre qui se creuse entre ce que l’on sait d’eux, intimement, et ce qu’ils souhaitent montrer en spectacle, dans leurs rapports quotidiens avec les autres. Ce n’est sans doute pas une grande découverte de réaliser que le jeu des conventions nécessite de dissimuler certains de ses aspects et d’en faire ressortir d’autres, mais il est intéressant, dans ce livre, de lier la nature première des personnages avec ce qu’ils décident de révéler d’eux lorsqu’ils évoluent dans la mondanité. Dans cette manière de se dérober aux yeux des autres, on peut quand même deviner certains aspects de leur véritable caractère. Seul Septimus, engoncé dans sa folie, semble échapper à ce jeu de mascarades, et c’est pourquoi il effraie : sa femme, les médecins, les passants… Psychologiquement anéanti par l’expérience de la guerre, il retrouve une part de quiétude en hallucinant. Tout lui parle : les arbres, les oiseaux, la lumière lui font des signes et lui confirment qu’il est sur le bon chemin. Le médecin veut l’envoyer en maison de repos, sa femme le hait, partagée entre terreur et pitié, mais Septimus est détaché de tout cela et s’embarque dans des passages magnifiques qui font jaillir en lui une foi et des espoirs que la réalité ne lui avait jamais permis de connaître. Dans la même lignée que Septimus, Clarissa offre aussi des réflexions lumineuses et inspirées qui essaient de s’imposer face au monstre qui accapare trop souvent sa quiétude.

Mrs Dalloway est à l’image de ses personnages : il engourdit le lecteur dans de longues phrases ampoulées qui soulignent le paraître mais, au milieu d’une torpeur qui n’est ni agréable, ni désagréable, l’illumination apparaît. Des passages lumineux et limpides se défont de la masse compacte du reste du livre. Ces moments justifient à eux seuls la lenteur et l’ennui du reste du texte. L’ambition de retranscrire le sentiment d’une journée ordinaire est accomplie : au milieu d’un immense ennui qui porte soit au mépris, soit à la lassitude, surgit soudain un évènement qui s’inscrit hors du temps et qui colore l’esprit pour lui donner la force de poursuivre son calvaire monotone.



« Et voilà, se dit Septimus en regardant le ciel, ils me font des signaux. En fait, pas vraiment avec des mots ; enfin, pas dans une langue qu’il sache déchiffrer ; mais c’était bien assez évident, cette beauté, cette exquise beauté, et les larmes lui vinrent aux yeux tandis qu’il regardait les mots de fumée s’effacer et se fondre dans le ciel et lui dispenser leur charité inépuisable et leur bonté rieuse, une forme succédant à une autre, d’une beauté inimaginable, et lui signalant leur intention de lui prodiguer, pour rien, pour toujours, simplement parce qu’il les regardait, de la beauté, toujours davantage de beauté. Les larmes coulaient le long de ses joues. »
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Published by Colimasson - dans Livre
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31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 21:47
 



Cloclo, chanteur à minettes ? Les minettes auraient été terriblement déçues si elles avaient connu leur « beau Claude » dans toute sa réalité. Peut-être auraient-elle cessé de faire le planton devant chez lui toute la journée, sous la pluie, dans le froid, sous le soleil, matin et soir –toute la journée !- si elles avaient deviné que son perfectionnisme et son air de prince charmant dissimulait une dette aussi bien financière que psychologique que le chanteur essayera, sa vie durant, de rembourser à son père. Le processus de la sublimation trouve dans ce film une illustration puissante. La musique, même si elle est avant tout une passion et un talent, constitue aussi la voie ultime permettant à Claude d’obtenir la reconnaissance de son père puis du reste de sa famille, et de s’attirer le succès auprès de femmes qui ne devront jamais lui faire de l’ombre.


Dans ce film, fi de Cloclo, le blondinet à paillettes qui se trémousse sur des airs dindons. Le plus impressionnant, c’est de se rendre spectateur de la métamorphose du jeune homme naïf au grand businessman aux comportements presque schizophrènes. On comprend toutefois que derrière ses deux visages contradictoires (l’un souriant, l’autre grimaçant) se trouve le même tempérament avide. Dans un cas, ce tempérament accomplit tous les succès de Claude, dans l’autre, il le pousse à développer les combines les plus machiavéliques pour conserver son rôle de chanteur dominant. Est-ce que le film représente Claude François de manière réaliste ? Ses traits semblent parfois si excessifs qu’on pourrait en douter, mais à carrière exceptionnelle, caractère exceptionnel… Et ce n’est pas ce qui importe le plus. Cloclo constitue tout d’abord un prétexte pour aborder le destin d’un homme qui, dans le pire des cas, lui ressemble quand même de manière brillante. On ne le lâche pas une seconde et sa transformation en homme d’affaires avide reste crédible jusqu’à la fin. Le potentiel sympathie du petit blondinet innocent des débuts, un peu naïf et doucereux, diminue peu à peu, remplacé par un potentiel anxiogène qui se déverse d’un coup sur le spectateur. Les attentes qui pèsent sur Cloclo renforcent son perfectionnisme et son côté obsessionnel. Nerveux, agressif, il en viendrait presque à nous terrasser, comme il inquiète d’ailleurs souvent sa mère, sa sœur, ses amantes… On comprend que cette violence est la conséquence d’un surmenage : Cloclo, qui veut se donner entièrement à qui veut bien l’entendre, s’épuise sur scène et en coulisses à vouloir exceller. A son paroxysme, le film se suit comme l’on piquerait un sprint. L’épuisement se transmet jusqu’au spectateur qui n’en glande pas une.



A côté de cette introspection, le film offre un point de vue original sur une époque puisqu’il n’hésite pas à évoquer la nationalisation du canal de Suez lors de l’enfance de Claude, la montée du disco, la découverte du funk, et l’apogée d’une société commerciale qui absorbe et rejette les starlettes de la chanson le temps d’un single. Pour ne pas finir rebut délaissé du système, pauvre machin oublié en moins de six mois, Cloclo se perd. Mais c’est un sacrifice qu’il a désiré. Les chansons qui ont fait son succès s’intègrent au cours du film et font écho à une nouvelle stratégie commerciale ou à un évènement marquant de sa vie. En tout cas, aucune ne se raccroche à l’intrigue sans justification. Toutes les chansons ont leur raison d’être et contribuent à former un tout cohérent, à la limite de la comédie musicale.

Fans de Cloclo : vous trouverez ici de quoi nourrir votre enthousiasme. Pas fans de Cloclo : vous aurez droit à une tragédie grandiose. A la limite, les seuls qui ne supporteront pas le film sont ceux qui ne tolèrent vraiment pas ses chansons. Ou ceux qui n’auront pas envie de se taper une insomnie à force de se repasser les mélodies en boucle dans la tête…
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Published by Colimasson - dans Film
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