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22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 09:12
Personne n'est dépourvu d'intérêt,
Chaque destin est tel la chronique des planètes.
En eux, rien de vraiment particulier,
mais toute planète diffère d'autre planète.
Et si quelqu'un vivait dans l'obscurité,
et dans cette obscurité se faisait des amis,
eh bien, cette obscurité avait son intérêt!
Et chacun a son monde bien à lui
et dans ce monde la merveille d'une minute
et dans ce monde le tragique d'une minute,
ce sont ses biens à lui.
Dans chaque personne qui meurt
meurt aussi sa première neige, son baiser, son combat.
Cela s'en va avec elle.
Il reste des livres et des ponts
des tableaux et des machines.
Dont c'est le destin de survivre.
Mais ce qui s'en va n'est pas non plus sans valeur :
C'est la règle du jeu, quelque chose est parti.
Ce ne sont pas seulement les gens qui meurent, des mondes meurent en eux.
Ces créatures terrestres, que nous savons imparfaites,
Que savions-nous vraiment d'elles?
Frère d'un frère? Ami d'un ami?
Amant d'un amant?
Nous qui connaissions nos pères
En toute chose, en rien.
Ils périssent. On ne peut les faire revenir.
Les mondes secrets ne se régénèrent pas.
Et chaque fois encore et encore
Je pleure contre la destruction.



Evgueni Evtouchenko




Ansel Adams
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20 octobre 2011 4 20 /10 /octobre /2011 06:15




Dans ce livre présenté sous la forme d’un témoignage, Michael Greenberg raconte au lecteur l’été durant lequel sa fille Sally, alors âgée de 15 ans, a connu sa première crise maniaco-dépressive.
Devant un mal qui reste encore mystérieux, malgré les tentatives de médiatisation de plus en plus nombreuses ces dernières années, Michael Greenberg refuse tout d’abord d’accepter la maladie mentale de sa fille, préférant croire qu’elle a absorbé des drogues et que son état incontrôlable disparaîtra une fois que les substances auront cessé de faire leur effet.
Mais au fil des jours, il faut bien se faire une raison : Sally est malade, et pire encore, elle souffre d’une maladie que même les meilleurs médecins n’arrivent pas précisément à définir, et pour laquelle aucun traitement radical n’existe vraiment. Commence alors pour Michael Greenberg un cheminement qui se fera parallèlement au traitement de Sally. Ses mots dénotent l’évolution de son état d’esprit. Bien que la maladie puisse faire des ravages dans la vie d’une jeune fille, Greenberg arrive peu à peu à prendre du recul et à dédiaboliser ce que l’on appelle encore parfois la schizophrénie. Remontant dans l’enfance de Sally, il essaie de trouver les raisons qui l’ont conduite à développer ce trouble mental, se demandant même parfois s’il est possible de lui donner une explication rationnelle, et s’il n’est pas meilleur, parfois, d’admettre son ignorance.

« Je me pose inlassablement la question évidente, la question inutile. Comment tout cela est-il arrivé ? Et pourquoi ? On a le cancer ou le sida, mais on est schizophrène, on est maniaco-dépressif, comme si c’étaient des attributs intimes de l’être, des éléments constitutifs de l’humain, pas plus susceptibles d’être guéris qu’un tempérament ou une couleur d’yeux. Comment une caractéristique aussi inhérente à une personne pourrait-elle être une maladie susceptible d’être traitée ? Et comment vaincre une maladie pareille sans se vaincre soi-même ? »


Les relations de Michael Greenberg avec les autres membres de sa famille évoluent également. Il considère son frère, qui souffre lui aussi de troubles maniaco-dépressifs, sous un autre angle, et il se rapproche de leur mère lorsque celle-ci se confie à lui pour lui expliquer les propres raisons qu’elle s’est données pour expliquer le mal de son fils. Pourquoi, au sein d’une même fratrie, certains enfants réagissent-ils mieux que d’autres à une éducation a priori semblable ? Quelles sont les conditions, innées ou acquises, au développement de troubles mentaux ? Michael Greenberg cherche à comprendre à tout prix, allant même jusqu’à absorber les médicaments que les médecins donnent à sa fille pour ressentir les mêmes sensations qu’elle, et pour comprendre pourquoi sa « guérison » l’oblige forcément à développer une maladresse et une lenteur qu’elle n’avait pas avant.

« Incapable d’attendre plus longtemps que Sally échappe à cette boule de feu impitoyable, j’essaie de voir le monde comme elle le perçoit et j’avale une dose complète de ses médicaments.
Il est dix heures du matin environ et je suis assis en compagnie de Sally dans la salle de séjour quand l’effet commence à se faire sentir –par vagues. J’ai le vertige et je me sens très loin, comme si j’allais tomber de très haut, mais que mes pieds étaient cloués au bord du précipice, de telle sorte que la chute est indéfiniment différée. L’atmosphère semble humide et épaisse, jusqu’au moment où je suis enfoncé jusqu’au cou dans un marécage que je ne peux traverser qu’au prix des plus grands efforts et en n’avançant que de quelques centimètres à la fois.
Je prends le New York Times que j’ai acheté un peu plus tôt dans la matinée :
Des scientifiques qui étudiaient une météorite tombée de la planète Mars ont identifié des composants organiques et certains minéraux dont ils ont pu conclure qu’ils étaient la preuve d’une vie primitive présente dans les premiers temps de la planète.
Je lis la phrase plusieurs fois de suite, tellement dérouté par ce que peuvent bien avoir à faire ensemble les mots « primitive », « météorite » et « Mars » que je recommence au début, bien décidé à y trouver du sens. Peine perdue, je me débats dans ma propre tête, incapable de créer le moindre mouvement de pensée ou de sens. […] Ca dure pendant ce qui paraît être une heure, mais lorsque je regarde la pendule –et il me faut encore trente secondes pour pouvoir la lire- je m’aperçois que deux minutes seulement se sont écoulées. »


Evidement, on suit également l’évolution de la maladie de Sally. Elle passera quelques semaines en hôpital psychiatrique, et Michael assistera en témoin à la vie de ces lieux, partagé entre l’admiration qu’il voue à un personnel disponible mais ferme, et le scepticisme qu’il ne peut s’empêcher de développer devant des méthodes de prise en charge qui sont loin d’avoir démontré leur efficacité.
Le retour à la maison de Sally est également une étape cruciale. Comment se comporter à présent ? Faut-il se montrer dur, ou faire preuve de tolérance et de plus de laxisme qu’auparavant ? Et d’ailleurs, ne faut-il pas changer radicalement les anciennes habitudes de vie, de peur que les anciennes ne déclenchent une nouvelle crise ?

« Vous vous souvenez de la fille dont les parents disaient : « Quand tu reviendras à la maison, tu pourras faire ceci et cela », et ils avaient énuméré toute une sérié d’activités qu’ils avaient prévues pour elle, et elle avait répondu : « Ouais, tous les trucs qui m’ont conduite ici, hein ? » C’était exemplaire. »

Heureusement, Sally, malgré ses 15 ans, fait preuve d’une maturité et d’une précocité remarquables. Tout à fait lucide devant les troubles dont elle souffre, elle s’aide d’une médecin et d’une famille compréhensives pour mieux cerner ses difficultés et pour leur faire face à chaque fois que cela se montre nécessaire. A travers ses yeux, la maladie apparaît sous un nouvel angle :

« « C’était une tache sur mon œil et elle est restée là une fraction de seconde, cette petite part de moi-même que je n’avais pas encore brûlée, qui me regardait en train de devenir folle. Je te vois. Je sais ce que tu fais. Je sais qui tu es. Et puis elle a disparu. » Elle claque les doigts. « Elle n’a pas faibli, elle s’est éclipsée, comme la mèche d’une de ces lampes à kérosène que nous avions pour aller camper. C’était comme si je m’étais arrêtée pour jeter un dernier regard sur moi, comme si je me disais adieu. »

Cette histoire se déroule sur seulement deux mois, mais elle est dense et créé une fissure nette entre deux modes de vie différents. Il y a désormais un avant et un après la crise de Sally.
Michael Greenberg ne s’apitoie jamais sur son propre sort ni sur celui de sa fille, et se contente de livrer à ses lecteurs un témoignage qui lui tient à cœur mais qu’il cherche également à étendre d’une manière plus générale en livrant ses réflexions personnelles sur les causes des maladies mentales, sur leur mode de traitement, leur prise en charge, et les répercussions qu’elles ont sur la famille du malade.

Ce livre, révélé par Joyce Carol Oates dans The Times Literary Supplement à la fin de l’année 2008, a été rapproché des textes d’Emily Dickinson ou de Sylvia Plath. On trouvera également des références aux histoires de James Joyce et de sa fille, ou de Robert Lowell.
De grands noms donc, qui s’inscrivent dans la continuité d’une histoire à la fois universelle et personnelle de la maladie mentale.

Ci-dessous, une interview réalisée par Michel Wagner :




Citation:

- Comment décririez-vous cette « folie » qui s'est emparée de votre fille ?
- Elle reste aussi mystérieuse que la conscience elle-même. En dépit des progrès des neurosciences, nous ne savons pas grand-chose. Même les psychiatres que j'ai consultés le reconnaissent. La crise maniaco-dépressive est, en apparence, séduisante. Sally, quand elle y entrait, se sentait forte, charismatique, puissante. Mais c'est une illusion. C'est une maladie diabolique très destructrice.

- Comment votre fille a-t-elle accueilli ce livre ?
- Je lui ai donné à lire avant sa publication. J'avais besoin de sa permission. J'étais prêt à renoncer si elle n'avait pas voulu mais elle a tenu à apparaître sous son nom. Elle a pu mieux comprendre ce qui lui est arrivé, et ce qu'elle ignorait, et combien ses proches ont été affectés...

-... au point, comme vous, de culpabiliser...

- Les familles des malades mentaux sont immodestes, m'a confié un jour un grand professeur. Elles considèrent que c'est de leur faute. C'est faux. La folie c'est comme une avalanche. Il n'y a pas de raison de se sentir coupable d'une avalanche.

- A-t-il été douloureux de mettre sur le papier le désarroi de votre fille, et votre impuissance ?
- Écrire est toujours douloureux. Mais je voulais témoigner de cette expérience, en faire un récit juste et nécessaire. C'est une forme de thérapie. L'écriture m'a permis d'extraire cette histoire du chaos de la vie. J'ai été chroniqueur pendant sept ans au « Times » de Londres. J'y racontais la vie à New York. Le rédacteur en chef avait posé deux conditions : que ce soit à la première personne et qu'on sente l'urgence. Chaque chronique devait me coûter une goutte de sang. Ce livre bien plus.

- New York a-t-elle sa part dans ce qui est survenu ?
- Si vous voulez dire que New York est une ville maniaco-dépressive, oui. Et même brutale. Mais ce fléau peut se produire n'importe où. Je peux dire maintenant qui est maniaco-dépressif rien qu'en observant sa façon d'être, de se tenir.

- Hospitalisée dans un service psychiatrique, mise sous traitement psychotique, votre fille s'est mariée, puis séparée de son époux. Comment surmonte-t-elle son passé ?
- Elle a très peur d'avoir une nouvelle attaque. Si je lui téléphone tous les jours, c'est qu'elle en a besoin. Et j'aime nos petites conversations. Elle est très vigilante. Elle a toujours peur d'aller trop loin. Elle essaie, m'a-t-elle dit, de percevoir le moment où ça va se produire de manière à l'éviter complètement ou du moins à se jeter par terre « comme on le ferait si on était pris dans une fusillade ».



Et l’article de Books qui m’a donné envie de lire ce témoignage : link


Aloïse Corbaz



Première page du livre :


« Le 5 juillet 1996, ma fille est devenue folle. Elle avait quinze ans et sa fêlure a constitué un tournant dans nos vies à tous les deux. « J’ai l’impression de voyager, de voyager sans pouvoir revenir », a-t-elle dit dans un accès de lucidité, tout en titubant dans une direction que je n’aurais pu imaginer ni même rêver. »


Partagé entre la terreur et la grâce, Michael Greenberg nous livre des extraits de conversation avec sa fille :

« « Les gens sont furieux quand ils se sentent pris au piège. Tu te sens pris au piège, Père ? »
Sa voix me transperce comme une flèche. Sally a le visage rouge, elle est superbe, profondément désincarnée.
« Je suis fière de toi, Père. Il y a tant de raisons de pleurer. Tant et tant. »
C’est seulement lorsque je sens le picotement humide sur les écorchures de ma joue que je comprends à quoi elle fait allusion : elle pense que je verse des larmes de joie en entendant ses épiphanies ; que j’ai adopté sa vision ; que moi aussi j’ai été sauvé, grâce à elle. »


« L’art est trop chaud pour toi, Père. Tu devrais laisser tomber. C’est un faux dieu qui ne cause que de la douleur. »


« Helen [la mère de Michael] rattrape Sally au moment où celle-ci entre dans la salle commune. « Dis à ton père que tu ne souffres pas.
- La vérité se présente sous le déguisement de la souffrance. Mon père a été détruit par la peur.
- Ton père s’inquiète pour toi, ma chérie. C’est tout à fait naturel.
- Hum… Tu essaies de le protéger. Comme on pouvait s’y attendre. C’est ton précieux fils, n’est-ce pas, Nanny ? Ou bien tu essaies de me rouler et tu as peur toi aussi ? »
Helen a l’air de quelqu’un qui vient d’être giflé. Elle prend ma main et plante ses ongles dans ma peau. »

Et si nous ne devions retenir qu’une interrogation, à l’issue de la lecture de ce témoignage, ce serait peut-être cette question, posée par le proche d’un malade interné dans le même établissement psychiatrique que Sally à Michael :

« Ne vous est-il pas venu à l’esprit que Noah était seul sur une mer de béatitude pendant que nous autres étions tout simplement des îles de misère ? »



Franz Pohl
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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 10:49




Au loin s’en vont les nuages est un titre qui résume malheureusement trop bien le contenu de son film. Puisqu’on sait, dès le départ, que les nuages qui s’accumulent sur l’existence de Lauri et d’Ilona sont voués à disparaître, on ne s’inquiète pas autant pour leur sort qu’on ne l’aurait fait si le titre ne nous avait rien dévoilé. Car sans lui, rien, dans la mise en scène de Kaurismaki, ne pouvait laisser présager une quelconque amélioration de la situation de Lauri et d’Ilona lorsque tous deux se retrouvent chômeurs et endettés jusqu’au cou. Jusqu’aux dernières minutes, on doute même que le titre ait une quelconque visée prophétique. Mais trop tard, il aurait mieux fallu ne donner aucun indice au spectateur.


La mise en scène, austère et minimaliste, nous plonge tout de suite dans le quotidien sans fioriture de ce couple finlandais. Lauri et Ilona, qui évoluent dans ce décor en carton-pâte bon marché, semblent complètement dépassés par leur nouvelle situation de chômeurs. Il leur aura fallu perdre leur travail pour prendre conscience des difficultés sociales du monde dans lequel ils vivent, chose qu’ils semblaient avoir ignorée ou tentée d’oublier jusqu’alors. Les échecs sont acceptés sans broncher, même si les sourires sont rares et les visages éteints : la vie peinte à travers le regard de Kaurismaki ressemble à une longue cérémonie funèbre. Et du coup, il faut s’accrocher pour supporter cette longue traversée de vide constituée de peu de réjouissances. Même les moments où l’espoir ressurgit sont décrits avec une extrême sobriété. Les nuages s’éloignent, peut-être, mais l’hypothèse de leur retour ne semble jamais exclue.



La mise en scène de ce film m’aura parfois rappelé les films de Roy Andersson : si, dans ces deux films, on retrouve les mêmes personnages malmenés par l’existence, bringuebalés d’un paysage désert à une pièce vide, les films de Roy Andersson ont au moins le mérite d’insuffler une touche d’humour à son pessimisme dévorant. Ce qui n’est pas le cas de ce film de Kaurismaki…

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18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 09:16

Tous les plaisirs, les avoir voulus... et puis ?

 

Tous les livres, les avoir lus... et puis ?

 

Khayam, tu vas vivre, admettons, cent ans...

 

Mettons, si tu veux, cent ans de plus... et puis ?

 

Omar Khayam

 

http://i15.servimg.com/u/f15/11/29/17/81/carrin10.jpg

Leonara Carrington

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15 octobre 2011 6 15 /10 /octobre /2011 14:12



Nouvelle immersion d’inspiration autobiographique dans l’univers de Debbie Drechsler ? Ce second album, publié après Daddy’s girl, revient sur l’adolescence de Lily, qu’on imagine facilement être l’incarnation de Debbie Drechsler d’autant plus que l’histoire se passe en Amérique, dans les années 70. Les disputes entre les sœurs, les conflits avec la mère et les amitiés tumultueuses sont rapportées avec un tel naturel qu’il semblerait improbable qu’ils ne soient pas tirés de l’expérience personnelle de l’auteure. Et on se plonge dans cette tranche d’adolescence, qui s’étend de la fin d’un été aux premiers mois d’une année scolaire, comme on revivrait ses années au lycée, entre l’ennui d’un quotidien qui n’apporte aucune surprise et l’étonnement sans cesse renouvelé qui surgit des relations que l’on entretient avec les autres.


Cet album ne cherche rien à expliquer. Il se contente de décrire, simplement, bien qu’à travers ses différentes scènes, on puisse se retrouver à un moment ou à un autre de notre adolescence et considérer les évènements passés sous un nouvel angle.
Ce Summer of love, sous ses aspects plutôt frivoles de feuilleton adolescent, cache pourtant une grande tension. Lily semble poussée à vivre malgré elle. Elle évolue entre une famille aliénante (mère tyrannique, sœurs envahissantes, père distant) et des camarades qu’elle semble redouter et admirer tout à la fois, ne sachant plus quelles ruses déployer pour leur plaire à tout prix et n’hésitant pas une seconde à renier sa personnalité ou ses convictions les plus profondes pour s’intégrer au groupe. A travers les yeux de Lily, le monde apparaît comme un terrain de jeu miné sur lequel il faut pourtant cheminer parce qu’aucune alternative n’est proposée.


Dans un dessin aux motifs compliqués et avec une bichromie vert/marron, on s’enfonce avec Lily dans la forêt mystérieuse des émois adolescents. A travers le regard naïf d’une jeune fille qui fait ses premiers pas dans un village inconnu, Debbie Drechsler fait ressortir tous les doutes et les interrogations qui assaillent l’adolescence.



Le seul reproche que l’on pourrait adresser à ce Summer of love serait peut-être un rythme un peu faiblard qui s’alourdit à force d’évoquer les disputes frivoles entre sœurs et amies, mais puisqu’il s’agit là des maux auxquels n’échappe pas Lily, il est vrai qu’il aurait été un peu difficile de ne pas en parler… Heureusement, bien souvent, après quelques longueurs, le rythme repart de plus belle, et on ne le regrette pas.

“Dès que j’ai vu notre nouvelle maison, j’ai su que c’était un endroit à la con. Elle ressemblait comme deux gouttes d’eau aux autres maisons moches de la rue. Juste en pire, selon moi. »

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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 11:44




Bernard Barracuda n’est pas le genre de type chanceux. Renversé par son père qui avait un peu trop bu le soir du réveillon, il se retrouve dans un lit d’hôpital, complètement paralysé. Voici le drôle de héros de cette bande dessinée cynique : un personnage qui ne parle pas, qui ne bouge pas et dont le visage n’exprime aucune émotion. Une poupée vivante laissée aux mains inconscientes de ses proches. Et les aventures ne font que commencer…




Tout le monde en prend pour son grade. Entre les infirmières qui infantilisent Bernard et l’humilient constamment (« Oh le beau caca »), sa tante qui le dénonce pour tentative de viol, son père qui l’oblige à signer une lettre le déchargeant de toute responsabilité ou son entraîneur de rugby qui lui demande de se remettre rapidement pour permettre à son équipe de gagner le prochain affrontement, Bernard ne trouvera certainement pas le réconfort et le soutien qu’il pouvait espérer de la part de ceux sur qui il avait cru pouvoir compter.


Peut-être peut-t-il se dire que sa situation aurait pu être pire en la comparant à celle vécue par Papy, son voisin de chambre, un vieux croulant qui n’a plus que le mot « Mourir » à la bouche ? Car lui non plus n’est pas épargné par le corps médical ni par son fils, qui lui confie son gosse de cinq ans pendant une semaine le temps de partir aux sports d’hiver avec sa femme.
Ici encore, Bernard fait preuve d’une chance formidable ! Aurait-il pu espérer plus charmant compagnon de chambre que ce squelette suicidaire ?




Le trait est gribouillé, fait à la va-vite. Le style est très enfantin, et il jure d’une manière grotesque avec le cynisme et la cruauté des propos. Car il n’y a absolument rien de bon dans cet album. Valfret dénonce les individus et pointe leurs vices et leur égoïsme avec une haine d’autant plus grande qu’elle semble n’avoir aucun remède. Valfret ne propose aucun modèle rédempteur qui se proposerait à distiller un peu de sagesse au milieu de ce marais croupissant de méchanceté et de bêtise. Et ce parti pris radical est très dérangeant. Même mon goût pour le cynisme en a pris un coup. Le mauvais goût prête à rire, mais avec cet album, on ne sait même plus s’il est permis de sourire. C’est malsain à en vomir. Et en même temps, si le ton de cette bande dessinée est tellement dérangeant, c’est parce qu’il y a du vrai dans ce qu’on y lit…


Alors, que fait-on de cet album ? On la balance au fond de la cuvette des toilettes et on essaie de croire encore en l’humanité ? Ou on en fait sa Bible de la misanthropie ? J’hésite…

"Tu sais fils… Tu… Quelque part tu as de la chance. Tu as moins d’emmerdes toi."

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11 octobre 2011 2 11 /10 /octobre /2011 14:21



Avril 1980. « Aujourd’hui, on enterre un écrivain. » Bon, on imagine aisément qui s’agit ici de l’enterrement de Jean-Paul Sartre… Mais pourquoi Michel, qui semble éprouver une animosité sans faille envers le personnage, se sent-il contraint de se rendre à l’enterrement ? Quelles sont les raisons d’une telle aversion ? Et qui est Pavel, cet ancien Bulgare qu’il retrouve au milieu de la cérémonie ?
Le début du Club des incorrigibles optimistes est incompréhensible, et c’est bien le but. S’il donne envie au lecteur d’en comprendre le sens, libre à lui alors de poursuivre sa lecture. Sinon, il pourra s’épargner les 725 pages suivantes, mais ce serait tout de même bien dommage.

D’octobre 1959 à juillet 1964, avec un bref retour au Leningrad de 1952, Jean-Michel Guenassia nous décrit Paris à l’heure où la France est secouée par la Guerre Froide, les affrontements entre communisme, socialisme et existentialisme, la Guerre d’Algérie et, plus généralement, les questions d’engagement politique et de convictions religieuses. Heureusement, la musique, la littérature, le cinéma et les échecs viennent insuffler une bouffée d’air frais au microcosme plus réduit de Michel, qui n’a alors que douze ans au moment des faits.
On pourrait craindre que le sérieux des thématiques abordées ne plombe le livre ou ne décourage les plus ignorants (dont je fais partie). Au contraire, une des grandes réussites de Guenassia consiste en ce qu’il a réussi à nous parler de tous ces sujets chers à la France des années 60 sans jamais tomber dans l’énoncé purement didactique, mais en sachant sans cesse les illustrer à travers les propos des amis de Michel, expatriés ayant réussi à traverser le Rideau de fer. Chacun de ces personnages, qu’il s’agisse de Pavel, de Sacha, de Léonid, d’Igor ou d’Imré, apparaît dans toute sa singularité à travers son histoire personnelle, ses faiblesses et ses valeurs. On en vient même à se demander s’il ne s’agit pas de personnages que Guenassia aurait vraiment connus tant ils semblent réels. Avec eux, les débats politiques retrouvent tout leur sens : donner une direction à la trajectoire qu’emprunte sa vie, justifier ses actes, chercher à exister à travers des idéaux politiques.

Mais toutes les intrigues qui découlent du vécu de ces personnages ne sont-elles que des intrigues secondaires greffées à ce que l’on pourrait appeler la trame principale du récit, l’histoire contemporaine au récit, celle vécue par Michel ? On peut le soupçonner, puisque toutes ces histoires entendues au club serviront à Michel à s’interroger sur l’engagement irréfléchi de son frère, sur ses relations avec Cécile ainsi qu’avec sa famille, et sur la construction de sa propre personnalité.
On assiste, sur une période de cinq ans, à la longue formation d’une personnalité, et c’est avec émerveillement qu’on constate les incidences de tel acte, de telle parole ou de telle rencontre sur l’homme à devenir. Des moments d’espoir et de joie pure surgissent au détour des pages, puis s’estompent voire disparaissent lorsque la grisaille reprend le dessus. Le club des incorrigibles optimistes, malgré son titre, ne me semble pas être une ode à la joie, mais peut-être définit-il l’optimisme comme une manière plus réaliste de considérer l’existence, en s’emparant de chaque instant de bonheur envers et contre toute la tristesse du quotidien.
Cet aspect m’aura définitivement convaincue de la grandeur de ce livre. Maintes fois, on aurait pu croire que le sort de Michel allait enfin s’arranger ; que Cécile allait réussir à sortir victorieuse de sa dépression ; que Frank allait revenir à la raison ; que Sacha allait se réconcilier avec les membres du club ; que Michel allait s’enfuir avec Camille… Mais les issues à ces nombreux tracas de l’existence sont loin de se résoudre aussi facilement. Dans toutes les déceptions vécues par Michel, on se reconnaît, de près ou de loin, et chaque désillusion qu’il subit nous rapproche un peu plus de lui.

Ce Club des incorrigibles optimistes est une formidable leçon de vie adressée en priorité à ceux qui se laissent trop vite abattre par le quotidien. Laisser ses vieux démons derrière soi et sans cesse rester ouvert au présent, voilà le leitmotiv des véritables optimistes.

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10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 09:30




Citation: Joseph est réveillé à l'aube par des policiers présents dans son appartement. Ni une ni deux, il est embarqué et traîné devant un tribunal sans savoir ce qui lui arrive. Ce fonctionnaire pris dans les rouages d'une société tentaculaire et absurde va tout faire pour s'en sortir...


« S’il m’a été possible de faire ce film, c’est parce que j’ai fait des rêves récurrents de culpabilité toute ma vie : je suis en prison, je ne sais pas pourquoi. C’est quelque chose qui me touche de près. »

Le Procès est une adaptation merveilleuse du roman éponyme de Kafka par Orson Welles. Tout en s’inspirant de la trame de l’histoire originale, en reprenant sa logique absurde, son atmosphère malsaine et son inhumanité, Orson Welles a su construire une œuvre qui se fait également personnelle et qui traduit des angoisses qui semblent le hanter depuis longtemps et qui n’ont attendu que l’occasion de ce film pour se faire entendre.



Kafka et Welles ont beau avoir connu deux destinées différentes, ils semblent unis, à travers ce film, par une même obsession, d’autant plus dérangeante qu’elle n’est jamais explicitement dénoncée mais toujours sous-entendue. Elle flotte comme une menace entre les décors grandiloquents et dans les propos décousus et dérangeants des personnages qui croisent la route de Joseph K. Lui-même, d’ailleurs, n’est pas une personne sur qui l’on peut compter. On le croit attaché à sa voisine, et il se laisse séduire par la première rencontrée. On le croit prêt à lutter contre l’acharnement judiciaire dont il fait l’objet, mais il se rend lui-même aux auditoires qui lui sont imposés, poussant le vice jusqu’à faire le déplacement même lorsqu’il n’y est pas convié.




On retrouve ici les particularités qui faisaient déjà le charme du Procès de Kafka. Le talent d’Orson Welles est d’avoir su rajouter de la folie et de l’originalité à une base qui n’en était déjà pas dépourvue. Là où les pages de Kafka alternaient entre narration et description, la forme même du film permet à Orson Welles de transformer ses personnages en monstres avides de paroles. Ils parlent, parlent, parlent sans cesse, tiennent des propos qui sont parfois difficiles à suivre, qui sont souvent étonnants voire dérangeants, et qui semblent seulement vouloir combler le vide et l’absurdité sans noms dans lesquels est plongé Joseph K. Il règne également une atmosphère d’érotisme sans cesse renouvelée par chaque nouvelle rencontre de Joseph K. avec une femme. Ici encore, il me semble qu’Orson Welles a renforcé cette impression que l’on ne trouvait que de manière amoindrie dans le livre de Kafka avec succès. On est perturbé de voir Joseph K. se laisser aller aussi docilement, comme il se laisse faire par les juges, par son oncle et par son avocat, et le malaise s’accentue encore.




Les décors sont baroques et grandiloquents, que ce soit dans leur dénuement, comme les terrains vides que traversent Joseph K. et l’amie de Mlle Bürstner, ou au contraire dans leur richesse, comme dans la maison de l’avocat. Toujours oppressants, ils rajoutent une dose de fantastique à l’histoire de Joseph K. Et d’ailleurs, si je ne devais retenir qu’une seule qualité à ce film, c’est la force avec laquelle il a su me faire voyager dans un monde étrange et absurde qui partage pourtant un nombre incroyable de similitudes avec le nôtre.



Le procès d’Orson Welles est pour moi une réussite totale. Adaptation d’une grande œuvre, elle réussit à s’approprier une identité propre tout en renforçant l’intérêt pour le roman original. Ce film est un conte merveilleux et terrible à la fois qui me laisse une forte impression.

 

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Published by Colimasson - dans Film
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8 octobre 2011 6 08 /10 /octobre /2011 17:53




Pour une fois qu’un titre traduit parfaitement le contenu d’un album sans trop en dévoiler, on ne va pas bouder son plaisir.
Mélodrame, c’est vrai, on nage en plein dedans. Et Biélorusse, c’est vrai en partie, mais nous traverserons également d’autres contrées qui ne sont pas sans charme…


La vie de notre héros camionneur n’est pas glorieuse tous les jours, entre les collègues crétins et la monotonie de l’activité à effectuer : « J’ai une vie assez simple. Je conduis un camion d’un point A à un point B. Evidemment, plus jeune, j’aspirais sûrement à autre chose. Mais qui s’en souvient ? ». Mais Kolsmalsky ne se formalise pas de son sort et il sait cueillir les opportunités lorsqu’elles se présentent à lui. Dernière en date, à la base de ce mélo : la possibilité d’aller en Biélorussie pour livrer un béluga alors que se tient une compétition nationale de tennis. L’occasion rêvée pour Kolsmalsky de rencontrer sa tenniswoman préférée : Makarina.


Sur cette base simple viennent se greffer des embryons d’histoires toutes plus absurdes les unes que les autres, telles la rencontre avec un producteur de frites qui se terminera en orgie, l’obligation de se farcir la grosse assiette de choucroute des allemands ou d’assister à un spectacle de bélugas. Tout cela paraît bien mignon mais avec Kolsmalsky, les choses dégénèrent vite et l’histoire part dans le décor. Plus on tourne les pages, plus on s’enfonce dans l’absurde, dans le grotesque, dans le salace et dans le gore, ceci dit sans aucun dégoût mais avec, au contraire, une satisfaction intense, parce que cette progression est menée à très bon rythme et parce que les blagues ne retombent jamais.


Le dessin colle bien avec cette ambiance absurde. Les personnages empruntent presque au burlesque de Chaplin, tant il semble que leurs mouvements sont raides, mécaniques et privés de toute humanité. Leur jeu est comparable à celui de marionnettes perdues au milieu de ces pages dans l’unique but de répéter toujours les mêmes paroles et d’accomplir les mêmes gestes. Seul Kolsmalsky garde une petite part d’humanité et d’originalité –heureusement puisqu’il s’agit du personnage principal.


Melo Bielo, cynique et absurde à souhait, est donc la lecture idéale des mauvaises journées au cours desquelles on aurait envie de faire la peau à tout le monde. Mais s’il fallait n’en retenir qu’une chose, ce serait la suivante : méfiez-vous des bélugas !


Le site de la BD, à visiter à tout prix, pour le plaisir et pour un aperçu de l’ambiance de ce Melo Bielo : link

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7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 15:48



- Mais vous êtes un chien ?
- Je suis content d’apprendre que vos longues années d’études scientifiques n’ont pas été vaines.

Convient absolument aux non-initiés de Freud, à ceux qui ne veulent pas le connaître ou à ceux qui ne peuvent pas le blairer. Cette aventure, qui se situe dans le désert Américain, certainement dans les années 1920, nous embarque avec Sigmund Freud et un de ses acolytes, Igor, compagnon de voyage peu conciliant, dans la quête d’une nouvelle terre à soumettre au joug tout-puissant de la psychanalyse. Pour cela, encore faudrait-il qu’ils croisent âme qui vive… Or, dans ce désert, très peu d’humains, si ce ne sont de pauvres indigènes qui détruisent, du haut de toute leur solitude, le complexe d’Œdipe (et qui semblent très bien s’en tirer), des chamans carburants aux substances hallucinogènes, et des chiens errants dont un, à la recherche d’une âme pour peupler sa conscience, subira l’application des premières thèses psychanalytiques de Freud.


Analyse d’un garçon vacher. Un des meilleurs passages de l’album.


Voici donc le joyeux fourbi dans lequel nous plonge Manu Larcenet. Je parle de fourbi car cette aventure est avant toute chose une soupe dans laquelle marinent cinq ou six personnages tous plus excentriques les uns que les autres, et qui semblent se battre, tout au long de l’histoire, pour remporter la palme du burlesque. Cette volonté de Larcenet apparaît si clairement qu’il serait difficile de passer outre… Notre pauvre Freud est représenté comme un tyran totalitaire qui carbure à coups de « Nous progressons » et les blagues potaches s’enchaînent à son sujet. De quoi faire sourire, bien sûr, mais ce n’est jamais très profond et cela devient vite lassant. Autant aller se poser au comptoir d’un bistrot pour entendre les mêmes trouvailles de bas étage. Au moins, la boisson aiderait à tuer le temps/



Ah, ah. Un peu facile.



Pour ce qui est du dessin, on retrouve le style propre au Manu Larcenet du Combat ordinaire… On aime ou on n’aime pas. Dans mon cas… La vision de petits personnages ronds et bouboules n’a fait que confirmer mon impression de lire un gros cahier de blagues. Ca ne m’a donc pas aidé à apprécier cet album…

A réserver aux vrais ennemis de Freud, à ceux qui se repaissent de toutes les formes d’insanités proférées à son égard, même les moins drôles.
Pas qu’il soit ici question d’un débat idéologique, mais autrement, le risque de s’ennuyer est vraiment immense…


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