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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 21:08
Revanche du fœtus

Cré nom ! Je veux jurer et ne puis pas crier !
Es-tu blonde, ma mère, es-tu brune, es-tu rousse ?
Je suis comme un vieux dogme enfoui sous la mousse,
Je fais vomir... J'exhale un fort parfum d'évier...

Et je ne me sens pas!!... Pourrai-je me plier
Plus tard au Pape ? Ah ! zut ! Le Pape est une housse
Qui couvre le néant, dont creuse est la frimousse.
Papa, je te maudis... tu dois être épicier.

Où suis-je ? Où puis-je aller ? Hem ! Je me le demande.
Quel noyau je vais faire au sortir de l'amande !
Bah ! quand je serai né, l'Amour me croquera.

- Va comme je te pousse ! - a dit un jour mon père :
C'est à moi qu'il parlait en tutoyant ma mère...
Ce soufflet au fœtus, le fils te le rendra !

Condor
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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 21:04
Seigneurie

J'ai le château qui brûle et le grand parc dans l'âme
J'y veux vivre à mon aise et gare à l'étranger
Qui voudrait déranger hors de ma vie en flamme
Mon penser, mon baiser, mon boire et mon manger.

Qu'à droite, à gauche, en face, en arrière on me blâme :
Que m'importe ? Voyez si je sais dégager
Ma lame, éclair luisant sur le noir de la lame.
L'ennemi tombe. Et moi, je m'en vais vendanger.

Je vais cueillir la grappe et manger à la table
Où la bière et le cidre et le vin délectable
Me font ressouvenir que je ne suis pas mort.

Donc, Madame la Muse, échangeons à cette heure
Des baisers infinis. Il n'est pas vrai qu'on meure.
L'homme qui mange, boit, baise, pense est très fort.

Charles Cros
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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 15:53
 
Ballade du roi des gueux

Venez à moi, claquepatins,
Loqueteux, joueurs de musettes,
Clampins, loupeurs, voyous, catins,
Et marmousets, et marmousettes,
Tas de traîne-cul-les-housettes,
Race d’indépendants fougueux !
Je suis du pays dont vous êtes :
Le poète est le Roi des Gueux.

Vous que la bise des matins,
Que la pluie aux âpres sagettes,
Que les gendarmes, les mâtins,
Les coups, les fièvres, les disettes
Prennent toujours pour amusettes,
Vous dont l’habit mince et fongueux
Paraît fait de vieilles gazettes,
Le poète est le Roi des Gueux.

Vous que le chaud soleil a teints,
Hurlubiers dont les peaux bisettes
Ressemblent à l’or des gratins,
Gouges au front plein de frisettes,
Momignards nus sans chemisettes,
Vieux à l’œil cave, au nez rugueux,
Au menton en casse-noisettes,
Le poète est le Roi des Gueux.

ENVOI

O Gueux, mes sujets, mes sujettes,
Je serai votre maître queux.
Tu vivras, monde qui végète !
Le poète est le Roi des Gueux.

Jean Richepin
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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 15:48
L’éducation des otaries

Fable loufoque, mais plutôt phoque que loup



Dédiée à Charles de Sivry

 


Bien que le morse, d’ordinaire,
Soit unanimal débonnaire,
Il ne faut pas trop l’exciter :
On sait que les morses vont vite ;
Quand quelque chose les irrite,
Rien ne peut plus les arrêter.
Seuls, et je ne sais torp grâce à quelles amorces,
Les moujicks, en Russie, ont, dit-on, le pouvoir
De les faire rentrer soudain dans le devoir.

Moralité

Le moujick adoucit les morses.

Armand Masson
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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 15:45




Synopsis :

Citation:
Fiona et Nigel Dobson font un voyage qui les mène de Turquie en Inde. Lorsque le couple britannique fait la connaissance d'une jeune française et d'Oscar, son mari américain, le périple prend une tournure inattendue. Oscar entreprend le récit de son obsession pour une femme rencontrée un jour par hasard...



On peut apprécier le talent de Polanski lorsque l’on sait que Lunes de fiel est un de ses films les plus décriés.

Les raisons ?
- Film outrancier et vulgaire. Ici, je pense que la mauvaise foi des spectateurs joue beaucoup. Lorsqu’on se pose devant un film nommé Lunes de fiel et que l’on en a lu le synopsis, on sait à quoi s’attendre, pas la peine d’être surpris. Remarque d’autant plus surprenante qu’un premier travail de lissage avait déjà été effectué lors de la transposition du livre original de Pascal Bruckner (j’ai d’ailleurs été surprise de voir qu’il avait été l’auteur de ce livre…)
- Mauvais jeu d’Emmanuelle Seigner. Encore une fois, je ne suis pas d’accord. Je l’ai trouvée éblouissante dans ce film, et si les critiques lui reprochent de jouer d’une manière trop peu naturelle, il me semble, au contraire, que ce ton s’accorde exactement avec la nature de son personnage un peu naïf et enfantin, tout du moins dans la première partie du film… Et physiquement, elle dégage un attrait irrésistible, ce qui pourrait à la limite lui valoir le reproche d’écraser par sa présence les autres acteurs.



Lunes de fiel est une histoire d’amour décomplexante qui évoque sans crainte l’éventail des sentiments qui peuvent traverser les partenaires d’un couple mais aussi les sentiments que cette relation fait naître chez ceux qui en subissent l’influence.
A la passion tumultueuse des débuts succède bientôt une indifférence et une lassitude, éprouvée seulement d’un côté, tandis que de l’autre côté on continue à se languir d’amour et à se désespérer, allant même jusqu’à s’humilier et à disparaître totalement devant l’être aimé. Et puis les rôles changent. La victime devient la tortionnaire, et malgré la maltraitance, une forme de dépendance similaire à celle induite par l’amour s’instaure. En apparence, Oscar et Mimi ont toujours formé un couple ordinaire, alors que dans l’intimité, le rôle de chacun dans ce ménage à deux a été chamboulé de nombreuses fois. Polanski nous propose ici une réflexion intéressante sur le couple et les raisons qui peuvent pousser deux individus à perdre une partie de leur liberté individuelle pour se mettre en ménage avec quelqu’un d’autre.




Au-delà de cet aspect, Lunes de fiel est aussi un film efficace et dynamique, qui sait surprendre le spectateur par des scènes imprévisibles et au suspens bien dosé. Doté d’un humour puissant, il nous fait parvenir jusqu’au final tragique, dans un malaise induit par cette recherche frénétique du bonheur qui semble ne jamais pouvoir être atteint.



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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 21:04
La flûte

Triolets

Quand les vers m'auront désossé,
Tout nu, tout sec, dans mes six planches;
Fait de trous comme un bas percé.
Quand les vers m'auront désossé;
Quand le Temps grave aura lissé
Mon vieux squelette aux maigreurs blanches;
Quand les vers m'auront désossé,
Tout nu, tout sec, dans mes six planches :

Alors, gaiement, venez me voir,
Chœur lascif des vierges à naître
Qui vivez trop tard pour m'avoir...
Alors, gaiement, venez me voir !
Vous lèverez le marbre noir,
Et me creusant une fenêtre,
Alors, gaiement, venez me voir,
Chœur lascif des vierges à naître.

Vous chercherez parmi mes os
Cet os viril qui fut mon membre;
Près des fémurs, au bas du dos,
Vous chercherez parmi mes os.
Roide encore dans son repos
Comme un athlète qui se cambre,
Vous chercherez parmi mes os
Cet os viril qui fut mon membre.

Vous le verrez très long, très fort,
Dur aux contours, et creux au centre;
Veuf de son double contrefort,
Vous le verrez très long, très fort,
L'os vaillant qui sous son effort
Fora tant d'isthmes au bas ventre :
Vous le verrez très long, très fort,
Dur aux contours, et creux au centre.

Hélas, j'en aurai fait mon deuil:
Emportez-le, je vous le donne.
Il fut ma force et mon orgueil,
Hélas, j'en aurai fait mon deuil !
Dans le célibat du cercueil,
On dort seul, et la mort chaponne...
Hélas, j'en aurai fait mon deuil :
Emportez-le, je vous le donne.

Vous percerez sept trous, sept trous,
Et le canal deviendra flûte :
Dans l'os sonore aux reflets roux,
Vous percerez sept trous, sept trous,
Pour accompagner les froufrous
Des jupons que froisse la lutte :
Vous percerez sept trous, sept trous,
Et le canal deviendra flûte.

Sur la gamme des baisers nus
L'Amour va chanter sa romance :
Souffle dans ma flûte, ô Vénus !
Sur la gamme des baisers nus
Souffle tes airs les plus connus :
Voici le bal qui recommence :
Sur la gamme des baisers nus
L'Amour va chanter sa romance.

Do, ré, mi, fa, sol, la, si, do :
La valse horizontale danse,
Tourne, ondule sous le rideau;
Do, ré, mi, fa, sol, la, si, do...
La flûte suit le crescendo
Et rythme l'amour en cadence.
Do, ré, mi, fa, sol, la, si, do :
La valse horizontale danse !

Et l'os vibre sous le baiser,
Au souffle de la lèvre rose;
L'air chaud le gonfle à le briser !
Et l'os vibre sous le baiser
Du doigt blanc qui court se poser,
Va, revient, remonte, et se pose...
Et l'os vibre sous le baiser
Au souffle de la lèvre rose !

Ainsi j'attendrai doucement
Sur la bouche des belles filles,
L'heure auguste du Jugement.
Ainsi j'attendrais doucement,
Joyeux de pouvoir en dormant
Conduire encor les chauds quadrilles :
Ainsi j'attendrai doucement,
Sur la bouche des belles filles.

Edmond Haraucourt
dans La Légende des sexes
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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 13:26




Je ne pourrais pas parler de ce livre en restant raisonnable!
A la fois roman, journal de bord, essai, uchronie, incluant des passages poétiques et des dialogues complètement barrés dans le fond mais d’une classe inégalable dans la forme, ce livre ne cesse de se renouveler à chaque nouvelle lecture !

Giovanni Papini nous avertit dans la préface : [/b]Gog[/b] est tiré du journal de bord d’un patient de clinique psychiatrique, rencontré alors qu’il allait rendre visite à un de ces amis. Intrigué par la teneur de ses écrits, par la virulence de ses jugements, par la grande diversité des personnes et des pays qu’il a rencontrés au cours de sa vie de milliardaire désœuvré, Giovanni Papini a voulu en faire profiter ses lecteurs. S’attardant davantage sur l’originalité des opinions de Gog, aucun jugement de valeur ne sera porté sur ce récit. Au lecteur de séparer le bon grain de l’ivraie, à moins que le lecteur, comme moi, ne trouve rien à jeter !

Les opinions les plus loufoques finissent même par persuader le lecteur, tant Gog sait se montrer convaincant. Au cours de ses rencontres, il arrive toujours à présenter chacun de ses interlocuteurs sous un jour nouveau, le plaçant, par l’intermédiaire des répercussions de ses actes ou de ses pensées sur l’humanité, du côté du bien ou du côté du mal, mais rarement à l’endroit attendu. Gandhi, Freud, Wells, Edison ? Tous des pourris ! Gandhi a voulu virer les Anglais hors de l’Inde pour s’être trop inspiré des idées anglaises, Freud a créé la psychanalyse parce qu’il n’a jamais réussi dans la littérature, Wells a profité d’un engouement pour la prophétie pour mieux vendre ses bouquins, et Edison était un vieil homme qui s’ennuyait et qui n’a rien trouvé de mieux que de bricoler pour se passer le temps, devenant par la même occasion le pionner de l’électricité.

« Vous voulez savoir pourquoi nous désirons renvoyer les Anglais de l’Inde ? La raison en est très simple : ce sont les anglais eux-mêmes qui m’ont inspiré cette idée purement européenne. […] Je me suis avisé qu’aucun peuple d’Europe ne supporterait d’être administré ni commandé par des hommes d’un autre peuple. Et c’est surtout chez les Anglais que ce sens de la dignité et de l’indépendance nationales est très développé. Je ne veux plus d’Anglais chez nous justement parce que je ressemble trop aux Anglais. Les vieux Hindous se souciaient peu de ce qui se passait sur terre, et bien moins encore de politique. Plongés dans la contemplation de l’Atman, du Brahman, de l’Absolu, ils ne désiraient rien que de se fondre dans l’Âme unique de l’univers. […] La culture anglaise et, en général, la culture de l’Occident, importée ici par l’effet de la conquête, a changé la conception que nous avions de la vie. Je dis « nous » pour parler des intellectuels, car la masse reste encore réfractaire, et pour des siècles, au message de liberté politique que l’Europe nous envoie. Le premier Hindou qui s’imprégna totalement des idées occidentales, ce fut moi, et je suis devenu le guide des Hindous, justement parce que je suis le moins Hindou qu’aucun de mes frères. »
Une visite à Gandhi

La culture prend aussi un sacré coup dans l’aile ! Gog, en vieux blasé qui ne réussit plus à s’émerveiller de rien, invite une pléthore d’artistes novateurs, aussi bien dans le domaine de la sculpture, de la musique ou de la poésie. Au feu les vieux livres de littérature, qui ressassent les histoires loufoques et grotesques de personnages aussi décérébrés que leurs lecteurs ! La sculpture, la poésie et toutes les autres formes d’art ont été tellement exploitées au cours des siècles passés que Gog désespère encore de pouvoir trouver une quelconque forme d’innovation dans ces domaines, et il convie, dans l’espoir de se démentir, des poètes qui combinent toutes les langues ou qui résument leurs écrits à un titre, des musiciens qui organisent des concertos silencieux et des sculpteurs de l’éphémère.

« Toute la musique tend au silence et sa puissance est toute dans les pauses qui séparent les sons. Les vieux compositeurs ont encore besoin de ces soutiens harmoniques pour dégager le silence de son mystère. Mais j’ai trouvé la façon de supprimer l’encombrement superflu des notes, et je présente le silence à son état de pureté originelle. […]Le Bolivien monta sur la scène et donna le signal de l’ouverture en frappant son pupitre d’une longue baguette blanche. Personne ne bougea, on n’entendit aucun son. Seul le chef d’orchestre s’agitait, levant les yeux en l’air comme s’il écoutait une mélodie sensible pour lui seul, puis il se tournait de droite et de gauche, fixant ses musiciens spectraux et leur visages de cire, indiquant de sa baguette, tantôt un pianissimo, tantôt un presto, avec de légers sursauts des flancs qui faisaient penser à un fantôme à l’agonie. Quarante yeux de porcelaine le fixaient dans une commune expression de haine impuissante.»
Musiciens

« Je ne vais jamais visiter d’atelier d’artiste : parce que je m’y ennuie, parce que je ne sais que dire, parce qu’on y trouve presque toujours les mêmes choses ; parce que l’on ne voit jamais en moi qu’une machine à signer des chèques, un mécène sans compétence et facile à tromper. »
La sculpture nouvelle

Gog s’en prend également à la civilisation, à ses villes monstrueuses, construites à l’emporte-pièce et sans aucun respect pour la moindre harmonie. Gog en vient à rêver au milieu de vieilles ruines, il se moque des monuments dont les hommes font la louange et il rêve de pouvoir modeler la terre selon son envie, défaisant les monts pour en reconstruire de nouveaux et teignant les mers de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. La démesure de Gog est sans égal !

« Un architecte ne peut plus concevoir un temple ou un palais à soi, destiné à s’insérer dans des complexes anciens, mais seulement une masse compacte de constructions, inspirée par un concept unitaire et révolutionnaire. Que diriez-vous d’un poète moderne qui voudrait introduire un de ses vers dans un chant de l’Iliade ou une scène de son invention au milieu d’un acte de Shakespeare ? C’est pourtant une absurdité de ce genre que l’on demande aux architectes modernes, et que ceux-ci exécutent lâchement. » Villes ultranouvelles

« Quand je me trouvai pour la première fois au pied de la tour Eiffel, je ne pus m’empêcher de rire. Cette ridicule cage de fer rouillé qui semble un joujou d’in-génieur abandonné auprès d’un pauvre petit fleuve, était-ce là vraiment la construction la plus élevée de la terre ? C’est à vous faire honte d’être un homme et d’être né dans ce siècle. »
Tout petit petit

Gog hait les hommes ! Il collectionne des monstres pour pallier à sa solitude, et rêve de recouvrir le visage de ses semblables de masques, pour ne plus avoir à subir leur figure outrancière à longueur de journée. Il imagine pour eux une nouvelle religion qui leur conviendrait à merveille et à laquelle ils seraient définitivement fidèles : l’Egôlatrie, consistant au culte de sa propre personne, et une nouvelle forme de gouvernement, la Pédocratie, le règne de la chair fraiche et inculte.

« La religion nouvelle et définitive que je propose aux hommes est l’Egôlatrie. Chacun s’adorera soi-même, chacun aura son Dieu personnel : soi-même. La Réforme protestante se flattait de faire de tout comme un prêtre : plus d’intermédiaire entre la créature et le Créateur ! Moi, je fais un pas en avant : plus d’intermédiaire entre l’adorateur et l’adoré. Chacun est à soi-même son Dieu. On combine de cette façon les avantages du polythéisme et ceux du monothéisme. Chaque homme aura un seul Dieu, mais il y aura autant de Dieux que d’hommes. Et les scissions ne seront pas à craindre parce que les égôlatres, tout e étant d’accord sur le principe fondamental de la nouvelle religion, ne tomberont jamais, et pour des raisons évidentes, dans la folie d’adorer un Dieu étranger, c’est-à-dire un autre être, leur semblable. »
L’Egôlatrie

Gog est un homme désabusé. Son argent ne lui procure aucun plaisir, et tous les hommes qu’il a pu rencontrer au cours de son existence l’ont déçu, d’une manière ou d’une autre. Son point de vue sur tous les phénomènes historiques et culturels du 19e et 20e siècle est d’une originalité frappante. Je doute que vous trouviez les propos de Gog ailleurs que dans ce livre, et chaque page constitue un émerveillement nouveau pour l’originalité d’une pensée qui se veut sans concessions.
Giovanni Papini, à travers Gog, tient sans doute à dénoncer toute l’absurdité d’une époque, et il y parvient royalement en tournant en dérision tous les évènements d’un siècle, incontestablement nommés « progrès », pour leur redonner leur juste valeur : celle de gestes insignifiants voués à disparaître aussi rapidement et aussi totalement que l’humanité et la Terre en elles-mêmes.

« J’ai essayé l’opium : il me rend idiot ; tous les alcools : ils me transforment en un fou répugnant ; la cocaïne : elle abrutit et abrège la vie. Le haschisch et l’éther sont bons pour les petits décadents attardés. La danse est un abêtissement qui fait suer. Le jeu, dès que j’ai perdu deux ou trois millions, me dégoûte : une émotion trop commune et trop coûteuse. Dans les music-halls, on ne voit que les habituels pelotons de girls toutes peintes, toutes déshabillées, toutes odieuses, toutes pareilles. Le cinéma est un opprobre réservé aux classes populaires. »
Amusements

Mais Gog n’est pas un nihiliste et un misanthrope total. Il faut lire le livre jusqu’à son dernier chapitre pour réaliser qu’à travers toutes les critiques acerbes qu’il adresse à l’humanité, Gog n’est rien d’autre qu’un homme à la recherche des valeurs réelles qui animent une existence. Si Gog détruit toutes les réalisations de son époque –époque immorale et dépravée- ce n’est que pour mieux faire ressurgir les valeurs simples et naturelles d’une humanité qui n’aurait pas été pervertie par la science –cette ennemie éternelle de Gog.

Citation:
« Quiconque a lu mes livres, surtout les derniers, s’apercevra qu’il ne peut rien y avoir de commun entre moi et Gog. Mais dans ce demi-sauvage cynique, sadique, maniaque, hyperbolique, j’ai vu une sorte de symbole de la civilisation cosmopolite, fausse et bestiale –selon moi- et je l’exhibe à mes lecteurs d’aujourd’hui, dans la même intention qui animait les Spartiates montrant à leurs fils un ilote abominablement ivre. »


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8 mai 2011 7 08 /05 /mai /2011 20:59
 




Cet album, qui a reçu le Fauve d’or d’Angoulême 2011, laisse tout d’abord songeur.

Au niveau du dessin, rien à redire. Les aquarelles, dont les tons dominants varient en fonction de chaque tableau, apportent un cachet indubitable à l’album. Elles relèvent à la fois le bonheur flou des passages les plus tendres, mais aussi la nostalgie des moments moins réjouissants.

Pour ce qui est de l’histoire, il faut la poursuivre jusqu’au bout pour l’apprécier à sa juste valeur.
Aux premières pages de l’album, elle ne semble pas très éblouissante voire même plutôt banale. Il s’agit d’une histoire d’amour mettant en jeu deux amis, Piero et Luca, attirés par leur nouvelle voisine, Lucia. Le jeu amoureux se construit peu à peu, on semble en deviner l’issue et là… Coupure dans le scénario !
On se retrouve ensuite quelques années plus tard. Lucia, qui avait entamé une histoire avec Piero entre temps, part en Scandinavie et intègre sa famille d’accueil. Charmée par cette nouvelle terre, elle décide de mettre fin à sa relation avec Piero. Lucia semble vouloir repartir de zéro : nouvelle famille, nouveau pays, nouvel ami… Le bonheur ! Pendant ce temps, Piero se tourne vers sa passion, la fouille archéologique, et part en Egypte pour s’y adonner pleinement.

Nouvelle coupure dans le scénario. Dans la partie suivante, nous retrouvons Lucia et Piero avec quelques bonnes années de plus. Leur vie est déjà bien entamée, et ils se retrouvent un peu maladroitement pour discuter et faire le point sur ce qu’est devenue leur vie.
Tout larmoiement inutile est évité dans ces scènes. Nous nous retrouvons simplement devant deux adultes un peu amers qui évoquent les choix qu’ils ont fait au cours de leur existence et qui, grisés par la liberté qui leur semblait offerte dans leur jeunesse, semblent s’être trompés de chemin.

Malgré la légèreté de ton, cet album n’est pas gai du tout.
Son propos me semble très actuel. Croyant que l’herbe est plus verte chez le voisin, et exaltés par des valeurs individualistes prônant à chacun de se réaliser au détriment de toute attache culturelle ou sentimentale, les personnages de cet album semblent être passés à côté de leur propre vie.

« Hassan me dit souvent que je devrais retourner à la maison. Je lui réponds que je me sens libre ici. Que je suis heureux. Vous savez ce qu’il me répond ? Que ce n’est pas une question de liberté ou de bonheur mais de faire le bon choix. »

Citation:
« Je voulais parler du sentiment des gens qui voyagent beaucoup : celui de ne plus appartenir à aucun endroit ».

Manuele Fior

Quelques planches de l’album…




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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 21:20

Sonnet honteux

L’anus profond de Dieu s’ouvre sur le Néant,
Et, noir, s’épanouit sous la garde d’un ange.
Assis au bord des cieux qui chantent sa louage,
Dieu fait l’homme, excrément de son ventre géant.

Pleins d’espoir, nous roulons vers le sphincter béant
Notre bol primitif de lumière et de fange ;
Et, las de triturer l’indigeste mélange,
Le Créateur pensif nous pousse en maugréant.

Un être naît : salut ! Et l’homme fend l’espace
Dans la rapidité d’une chute qui passe :
Corps déjà disparu sitôt qu’il apparaît.

C’est la Vie : on s’y jette, éperdu, puis on tombe ;
Et l’Orgue intestinal souffle un adieu distrait
Sur ce vase de nuit qu’on appelle la tombe.

Edmond Haraucourt

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6 mai 2011 5 06 /05 /mai /2011 11:59




Présentation de l'éditeur

Citation:
J’aurais aimé expliquer à mon mari ce qui s’était passé, mais j’aurais dû lui expliquer les roues de la poussette et ça c’était la chose au monde que je pouvais plus jamais raconter à personne. " Une très jeune femme raconte son histoire. Avec une saine autodérision, elle essaie d’oublier (mais n’y parvient pas) l’épisode traumatique qui l’a pour toujours figée dans l’adolescence. Comment vivre après cela ? Même la compagnie de Newborn, arrivé par la Poste, adorable poupon nouveauné, taille 36, ne pourra changer la donne... Construit autour et à cause d’une blessure que notre société préfère taire, la stérilité, La Poussette ne cultive ni pathos ni apitoiement. Bien au contraire ! La voix singulière de la narratrice donne à ce court roman un ton à la fois naïf et cruel, tendre et inconfortable.



Présenté comme un roman en charge de dénoncer les pressions sociales subies par les femmes à l’âge de procréer, La poussette ressemble finalement davantage à un conte qu’à un pamphlet virulent.

L’histoire nous parvient à travers les propos d’une femme de trente-et-un ans dont la croissance, tant physique que mentale, semble s’être figée à l’âge de quatorze ans et demi, alors que l’accident de la poussette, utilisé comme justificatif à toutes ses déceptions futures, survint lors d’un cours de puériculture. On devine facilement qu’à travers cet incident plutôt insignifiant, la narratrice se justifie d’une impossibilité à procréer qui ne doit rien au hasard d’une leçon de puériculture.
Le ton employé pour nous raconter son histoire –la rencontre avec son mari, le ramassage des balles de golf au fond des obstacles d’eau, le voyage de noces, suivis de la lente décrépitude qui s’accompagne, entre autres, de la « mort » du mari, de la perte du « morceau de foie », de la « naissance » de NewBorn- est celui d’une fillette tout juste sortie de l’enfance.
Naïve, elle s’émerveille des papillons qui viennent voler autour de ses cheveux…

« Les papillons devaient aussi aimer particulièrement mon shampooing adoucissant au mélaleuca d’Australie, ils venaient voleter autour de ma tête, se poser sur mes cheveux, les explorer de leurs longues antennes et quand ils comprenaient qu’il n’y avait rien à en tirer, à part qu’ils étaient brillants et souples, ils repartaient en voletant vers les vraies orchidées. J’ai testé à tour de rôle plusieurs adoucissants, la vanille bio de Madagascar, l’hibiscus du Burkina Faso, le fruit de la passion du Brésil… En fonction, ce sont d’autres papillons qui venaient, soit tous les jaunes, soit tous les multicolores, soit ceux avec une tête de mort sur les ailes. »

… et elle rêve d’avoir un enfant pour s’en occuper comme d’une poupée, déambulant devant les vitrines des magasins en imaginant de quels accessoires et de quels vêtements elle pourrait remplir son sac si, enfin, elle parvenait à être mère :

« Je faisais des trousseaux imaginaires avec une brassière en coton bio, une salopette multipoches, un cardigan zappé, une gigoteuse, un nid-d’ange… Dans les pharmacies, je demandais des échantillons de lait en poudre, de soins pour la peau, que l’assistante pharmacienne me tendait avec un sourire ému. Je les mettais dans l’aquarium en rentrant. »

Alors, oui, si l’accident de la poussette a figé cette jeune femme à l’âge de quatorze ans, il est en effet la cause de tous ses malheurs. Plus les pages du livre s’égrènent, plus les évènements qui traversent sa vie deviennent sinistres, mais ils semblent au contraire rapprocher la narratrice de l’idéal de la mère tel qu’elle se l’imagine et son discours se fait de plus en plus émerveillé, jusqu’au dénouement final qui signe la condamnation d’une jeune femme à ne jamais connaître la maternité.

Malheureusement, désirant rappeler à chaque page que la narratrice est encore une enfant, le style de l’écriture est lourd et ne laisse pas le lecteur se prendre au jeu, à la manière d’un Momo dans La vie devant soi. Les tournures de phrases sont lourdes à digérer et sentent bien trop le réchauffé :

« Au rayon de la supérette, je suis restée longtemps devant les Clearblue, Primastick, Predictor, First Response… Ils coûtaient tous la même chose, mais un seul disait « Enceinte » ou « Pas enceinte », écrit avec de vrais mots en vraies lettres et pas seulement avec un trait où il faut relire trois fois le mode d’emploi pour se souvenir si le trait doit être au milieu à droite ou à gauche pour que ça soit la preuve que oui ou que non. »

Difficile de s’attacher à cette jeune femme qui semble se moquer de nous, usant de son air de petite fille pour se justifier d’actes cruels et d’une absence de lucidité frisant l’exagération.
Et si certains passages, sincères au milieu de tout un ramassis de sornettes destinées à nous faire avaler des couleuvres, ressurgissent avec une telle force, ce n’est que pour mieux nous faire regretter que le reste du texte ne soit pas à leur hauteur :

« Je n’ai pas senti la colère tout de suite, elle a mis du temps à remonter, plusieurs jours, jusqu’à ce qu’elle arrive dans ma bouche et que je crie sans plus m’arrêter. La colère à cause de l’accident qui me courait après. La colère contre les suspensions qui se sont décrochées et qui m’ont empêchée pour toujours d’avoir un bébé à moi tellement j’avais eu peur. La colère contre mon ventre que je voulais plus, dans lequel je voulais enfoncer des ciseaux et qu’on en parle plus. »

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