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23 mars 2014 7 23 /03 /mars /2014 20:35

Lorsque Raymonde se livrait avec frénésie à ses achats par correspondance, il s’agissait de lutter contre le désœuvrement. C’est maintenant au tour de Robert d’être gagné par la fièvre acheteuse, et il s’agit pour lui de faire la preuve ostentatoire de son appartenance à la modernité. Véritable foire du « made-in-china », la maison des Bidochon est envahie par d’étranges objets pratiques qui ne font finalement gagner aucun instant mais font perdre beaucoup d’énergie et de patience à leurs utilisateurs déboussolés. Pour Robert, c’est l’occasion de sortir de son apathie et de s’ouvrir vers le monde extérieur. Pour Raymonde, il s’agira surtout de constater, une fois de plus, l’aveuglement stupide et parfois rageur de son compagnon d’appartement.




Au bout du 20e épisode de la série, Christian Binet semble avoir fait le tour de sa critique de la société de consommation. Il ne tarit pas vraiment de mauvaises idées, mais n’éblouit plus non plus par des inventions neuves. Le progrès a peut-être bien une fin…

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19 mars 2014 3 19 /03 /mars /2014 14:03

Les Schtroumpfs m’ont accompagnée lors de mes premiers cheminements bédéphiles avant que je ne les laisse sur le bord du chemin. Bien dociles, ils ont attendu que je revienne vers eux pour vérifier si le plaisir que me procuraient leurs histoires n’a pas changé...


Leurs aventures, ici presque exclusivement basées sur un comique de répétition, n’ont rien d’exceptionnel en soi. Reste cependant le charme de l’univers propre aux Schtroumpfsque Peyo a réussi à rendre original et crédible, accueillant et confortable, donnant envie au lecteur de rapetisser pour se retrouver entouré d’une compagnie digne de la Phalanstère dans ses plus glorieux moments.


Dans cet épisode, les Schtroumpfs sont en lutte contre des événements extérieurs venant troubler la quiétude uniforme de leur organisation. Il s’agit de combattre un virus virulent transmis par la mouche « Bzz », d’assouvir les ambitions destructrices d’un Schtroumpf-Icare ou d’échapper à Gargamel, cet alchimiste aux talents combinatoires peu convaincants. Pour une madeleine de Proust bédéphile, ces retrouvailles schtroumpfs sont plaisantes.



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13 mars 2014 4 13 /03 /mars /2014 14:13




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Parisiens et habitants des grandes villes, ne sous-estimez pas votre chance : plus besoin d’aller au cinéma ou d’allumer la télévision pour se divertir. Faites comme Riad Sattouf, profitez des lieux publics abondamment fréquentés –métros et terrasses- et de la foule pour vous fondre dans la masse et capter sans pudeur les discussions les plus intimes de vos semblables. Incohérentes parce qu’elles ne restituent qu’une parcelle de la vie d’inconnus, absurdes parce qu’elles révèlent les croyances erronées d’individus souvent excessifs, ces scènes nous plongent entre délire et angoisse, révélant à la fois la superficialité de nos « identités » et inscrivant dans l’horizon de l’humanité une déchéance idéologique qui ne relève, effectivement, que des scènes sélectionnées par Riad Sattouf.


La vie secrète des jeunes procure une terreur et une délectation supérieures à celles de la télé-réalité car ses scènes sont d’inspiration véridique. Cela aurait pu être prétentieux ou effrayant, mais l’humour et la fascination de Riad Sattouf pour l’altérité en font une lecture délicieuse.


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7 mars 2014 5 07 /03 /mars /2014 13:45





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L’enfance et les pouvoirs de l’imaginaire constituent un lieu commun facile pour les auteurs en mal d’inspiration. Les profondeurs d’Omnihilo, comme le Monde de Narnia, ne se révèlent qu’aux enfants curieux qui vont jouer ensemble dans les bois et découvrent de vieux bâtiments abandonnés. Mais au lieu de découvrir un univers menant une vie indépendante, Achille et ses amis entrent dans le blanc du néant –une page vierge qui leur reste à remplir.


Cadène et Gaultier n’insufflent pas même une once d’énergie ou de vitalité à cette histoire peu originale. En cinq pages, les personnages sont déjà dans l’Omnihilo ; ils y flottent le temps de quelques cases et passent ensuite leur temps à commenter cette découverte avec une absence de spontanéité véritablement annihilatrice. Le rythme décousu, le dessin naïf et les propos prévisibles transforment les personnages de cette histoire en marionnettes sans crédibilité. Parfois, mieux vaudrait laisser le néant en paix…




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1 mars 2014 6 01 /03 /mars /2014 13:47





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Les premières histoires de Fritz sont écrites par Robert Crumb à la fin de son adolescence et ne sont alors destinées qu’à ses frères et amis. Exutoire sans pudeur et amusé de pulsions sexuelles qui ne savent pas à quel objet s’attacher, ces histoires constituent surtout des blagues privées que Robert Crumb ne destinait pas à la publication, jusqu’à ce que Viking Press s’intéresse de près aux mœurs endiablées de Fritz et lui fasse connaître le succès qui lui permet aujourd’hui encore d’être réédité.


Si le dessin porte déjà la signature incontournable de Robert Crumb et nous ravit par ses inventions organiques les plus tordues, Fritz n’apparaît pourtant pas comme un personnage messianique. Ce n’est d’ailleurs certainement pas son but. Produit d’une génération à la fois désenchantée et exaltée par la révolution hippie, Fritz trimballe sa carcasse d’une troupe de femmes à une autre, ponctuant son parcours de rhum et de cocaïne. Comme Henry Miller et sa trilogie de la Crucifixion en rose, ses rêves sont hantés par des projets intellectuels et artistiques qu’il ne trouve pas le courage de porter à leur aboutissement. Fritz le lâche fuit les autres comme il se fuit lui-même et ne valorise ses pires penchants qu’afin de stigmatiser les valeurs plus dégoûtantes d’une société qui l’a fait croître de guingois.


Fritz représente le dégoût maniaque et survolté, préférant courir sans fin à sa perte plutôt que de se retirer de la course. En 1972, alors que l’adaptation cinématographique de Fritz connaît un succès commercial inespéré, Robert Crumb met un point final à ses aventures en publiant « Fritz the Cat Superstar ». Avili, vieillissant, corrompu par les succès faciles, Fritz ne peut pas aller plus loin. Robert Crumb a su le faire disparaître avant que ses vices ne deviennent les leitmotive creux et répétitifs d’un succès commercial aliénant.




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25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 12:40





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Hiver 1947-1948


La lutte contre la famine et contre les effets délétères des radiations se poursuit avec une virulence toujours aussi acharnée. Les plus faibles continuent de céder à la fatigue et à cette « maladie de la bombe » qui explique en partie l’occupation du territoire par l’armée américaine. Jusqu’alors, la cohabitation semblait avoir été bien toléré par Gen et ses proches bien que les militaires, avec leurs manières de pachas bien nourris et dominateurs, n’aient pas hésité à asservir les gamins japonais en les poussant à mendier de la nourriture par des chants et des spectacles bouffons. Mais lorsque la mère de Gentombe malade et qu’un médecin inexplicablement charitable vient l’observer et lui conseille de se rendre à l’A.B.C.C., une nouvelle facette de l’occupation américaine se dévoile à leurs yeux. L’A.B.C.C. désigne l’Atomic Bomb Congressional Commission dont la mission est de récolter les informations concernant les radiations atomiques et leurs effets sur les êtres vivants. Ces informations, dans la rivalité avec l’U.R.S.S., doivent être tenues dans la plus haute confidentialité et ne servent absolument pas aux premières victimes des radiations, cobayes condamnés par avance.


Chaque volume de Gen nous fait découvrir de nouvelles aberrations. Entre temps, la lutte contre la faim et la débrouille entre gamins se poursuit, couronnée par une force vitale et une espérance acharnées qui sont admirables. La misère semblerait presque pouvoir sévir autant qu’elle le veut tant que de petits îlots de solidarité continuent à atténuer les souffrances. De telles dispositions sont-elles faites pour durer ?




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21 février 2014 5 21 /02 /février /2014 13:57





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Christian Binet écrivant les Internautes, c’est un peu comme Robert envoyant un e-mail :


« Alors… Nouveau message. Là, je mets « rien », et là « comment ça va ? ». J’appuie sur Envoi… et hop, c’est parti ! »


La bonne volonté et l’envie de bien faire ne suffisent pas toujours et le copain René, après avoir reçu 150 exemplaires de cet e-mail au cours de la même journée, est prêt à renier toute amitié au nom d’idées criminelles salvatrices. De même, bien moins inspiré que lorsqu’il nous présente les Bidochon devant un téléphone portable, Christian Binet se montre peu convaincant dans cet album. La blague du post-it, placée dès les premières pages, nous place immédiatement dans une position de scepticisme –mais peut-être Binet se réserve-t-il pour la suite ? Que nenni, et nous comprenons que toute la difficulté de cette thématique réside dans son abstraction complète. Binet ne s’attarde pas assez sur la déchéance utilitaire connue par l’ordinateur entre l’époque de sa création et son destin de supercalculateur, et notre époque actuelle et la trivialité des fonctions qui lui sont désormais assignées. Il s’agit plutôt de semer le doute et de faire apparaître chevaux de Troie, messieurs Viagra et acteurs pornos sur le canapé du salon, en guise de matérialisation d’évènements binaires. Qu’il s’agisse des Bidochon ou de Binet, l’Internet ne semble pas adapté à la bande dessinée…



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17 février 2014 1 17 /02 /février /2014 14:01





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L’avantage d’une bande dessinée revenant sur les débuts de la Genèse avec la création du premier homme –le Prototype Adam- relève de son nombre réduit de personnages : Dieu, le serpent et l’homme. Autrement dit : une voix sortie d’outre-tombe, un lacet parlant et un primate mal éveillé.


L’avantage d’une bande dessinée réalisée par Ralf König consiste aussi en la probabilité accrue de lire ce genre de dialogue :


- « Adam, aujourd’hui je vais activer ton système digestif. Pour cela, tu vas devoir apprendre à manger. Devant toi, le meilleur de l’agneau : du gigot ! Rosé à cœur, moelleux en bouche.
- Heu, ça c’est… l’agneau ?!
- Oui, et tu l’introduis dans la bouche maintenant.
- Dans la… bouche ? L’agneau … ?!
- Fais ce que je te
dis ! »


Où l’on voit que les premiers temps de l’humanité ne peuvent encore se targuer d’aucun acquis indubitable. Le Prototype créé, il faut lui apprendre à utiliser son système digestif, son appareil reproducteur et les organes de la parole. Le serpent tient ici un rôle novateur puisqu’il assiste Adam et Dieu à la fois, dans une position de médiateur qu’on ne lui connaissait pas. Tempérant d’une part la mégalomanie de Dieu et d’autre part la passivité crétine d’Adam, il ne peut toutefois empêcher l’ingestion de la connaissance. Malheureux évènement qui se solde par l’expérience de la caverne des ombres, la philosophie kantienne et la pensée athée.


Relevée par des scènes épicées et surprenantes, cette histoire de la Genèse revisitée –l’histoire de « Dieu et du serpent qui parle »- nous paraît beaucoup plus attirante que celle de la « soupe originelle et de la formation des premiers nucléotides » -à moins que nous fassions confiance à Ralf König, maître de la transsubstantiation narrative, pour un prochain numéro qui satisferait notre faim de bande dessinée où l’absurde se mêle à la métaphysique.


Galère d'un temps où le prototype était encore unique :

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La caverne des ombres de Platon -remake :

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13 février 2014 4 13 /02 /février /2014 13:51



Il paraît qu’il vaut mieux connaître la situation de l’Argentine pour apprécier Mafalda dans toute sa subtilité et son audace politique. Si, comme moi, ces données-là sont inconnues, la lecture ne pâtit pourtant pas du moindre décalage. Quelques recherches m’apprennent plus tard quelle était la situation politique de l’Argentine lorsque Quino imagina Mafalda. Sous couvert de libération politique et d’indépendance nationale, de nombreux présidents de facto se succèdent au cours du 20e siècle pour imposer leurs dictatures, ce qui explique pourquoi Quino, voulant contourner la censure, ne pousse jamais Mafalda à évoquer ces faits. La petite fille, pourtant déjà inquiétée et prise au piège de réflexions politiques qui excèdent son jeune âge, ne peut s’empêcher de relier les méthodes gouvernementales à tous les aspects de sa vie d’enfant mais aussi à la culture et au commerce, à la place des femmes dans la société et aux questions scientifiques. Ses parents, souvent dépassés par ses questions, n’en mènent pas large. Leur détachement insouciant des faits politiques contraste avec l’ardeur comique de Mafalda et pourrait également expliquer qu’un peuple déjà habitué à la domination coloniale accepte de vivre sous plusieurs dictatures successives –mais Mafalda fait partie d’une nouvelle génération capable de remettre en question ce que ses parents semblent subir relativement bien. 


A la fois triviaux et spirituels, mêlant soupe et réunions gouvernementales à l’ONU, les bandes de quatre cases se succèdent et amènent chute après chute –étonnement devant l’imagination naïve et pourtant pertinente de Mafalda et de ses comparses, attendrissement devant le sentiment d’un décalage individuel face au groupement collectif. Quino a su universaliser des questionnements politiques propres à la situation de l’Argentine au 20e siècle et ceux-ci entrent encore –étrangement- en écho avec nos doutes contemporains. 



Citation :
- J’ai pris trois billets pour le cirque.
- Formidable ! 
- Je crois que Mafalda sera contente : il y a des clowns, des magiciens, des ventriloques… on dit que le spectacle est très bon. Mafalda, devine où on t’emmène ce soir !
- Je sais : à l’assemblée nationale !



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11 février 2014 2 11 /02 /février /2014 13:06



Sa mamie lui a piqué le dernier modèle de boots en strass et peau de tatou : Agrippine déconfite lui souhaite la mort. Si les forces divines semblent incapables de pouvoir mettre de côté des paires de boots pointure 42, elles peuvent en revanche envoyer à trépas une pauvre vieille aïeule en lui brisant le moëllon. Enfin bon, d’accord, mais le moëllon, qu’est-ce que c’est ? Et dire que l’A.G.M (arrière-grand-mère) en profite pour se mettre à taguer les mus de l’hospice… 


Dans l’effervescence d’une famille qui se décompose et se recompose plus vite que son ombre, Claire Bretécher transforme la verve dégingandée de son Agrippine e, un bavardage épuisant. La mère, le père, les aïeules, l’oncle et le petit frère se mettent à l’argot du nouveau siècle et nous livrent un langage aussi laborieux à suivre que le dialecte schtroumpf le plus tordu. Malgré un fond de dissidence, le propos reste convenu et dénonce gentiment les hypocrisies familiales. Je t’aime moi non plus –mais ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants.






Citation :
- « Elle a avalé son extrait de naissance, elle a plié son parapluie, elle a pris perpète ».
- Vulgaire.
- « Elle s’est évaporée dans la musique des sphères, elle est devenue feue, elle est entrée dans le sein d’Allah ».
- Ça se la pète. Yaka dire « elle est partie » comme tout le monde ;
- Allons-y. C’est dérisoire mais ça fait clean. C’est couture.
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