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8 février 2014 6 08 /02 /février /2014 14:02


Robert Bidochon n’a jamais cru à l’amour conjugal. Il n’a jamais cru aux joies d’un dîner aux chandelles avec sa douce Raymonde, pas plus qu’il n’a cru à la possibilité de s’entendre avec des semblables rencontrés tantôt au supermarché, tantôt dans des camps de vacances, tantôt au salon de l’auto. En revanche, Robert Bidochon croit aux forces surnaturelles dont est capable son cerveau. La révélation lui est venue au cours d’une nuit : « PINGOUIN ! » hurla-t-il, réveillant sa commune Raymonde endormie. « Qu’est-ce que ça veut dire ? » lui demanda-t-elle de sa voix encore toute pâteuse. Et Robert de lui répondre : « Je sais pas ! Ça m’est venu comme ça ! Ca a jailli ! C’est sûrement un fragment de formule magique !! ».


Depuis, Robert Bidochon a essayé d’exalter les 90% inutilisés de son cerveau par tous les moyens : pendule, divination par les cartes, cercles de protection et poupées vaudou, s’essayant même à convoquer les morts autour d’une table ronde. Comme toujours, Robert et Raymonde ne sont pas d’accord et lorsque l’un s’enthousiasme, l’autre déchante, rabaissant toujours les rares envols de joie à de tristes considérations sceptiques qui s’apparenteraient presque à de la lucidité, si l’indifférence à l’autre n’était pas l’enjeu principal de cette pose méprisante. 


Christian Binet est un peu moins surprenant dans ce volume des Bidochon que dans les précédents. Il utilise une thématique propice à toutes les railleries et malheureusement, la plupart de celles que nous lirons nous donnerons un goût de déjà-connu. Est-ce à dire que nous avons le don du troisième œil ?...


Citation :
- Tu veux dire que tu vas faire apparaître des morts !!
- Oui, oh ben, ils sont pas encore là !! Déjà on sait même pas qui on va faire apparaître !!
- Napoléon !! D’habitude c’est toujours Napoléon qu’on fait apparaître !!
- Non ! Non ! Ca y est j’ai trouvé. On va prendre l’exemple du bouquin, ça sera encore mieux. On va faire apparaître untel.
- Untel ???




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4 février 2014 2 04 /02 /février /2014 14:32



Chien et chat s’entendent comme cul et chemise –et surtout comme cul. Un seul running gag : Maurice le chien semant sa merde sans distinction de paille ni de litière. Pas une page qui ne soit sans merde -mais quelle merde ! Polyvalente, elle servira de farine animale, de bouffe au McDo ou de sujet de dissertation scientifique pour Patapon, le chat rusé et sadique, compagnon d’armes de Maurice. Pendant que le chien se livre à ses occupations scatologiques, Patapon passe une grande partie de son temps à torturer fourmis, souris et êtres humains. Ces derniers ne sont pas les héros de l’histoire : normal, ce sont des demeurés. Maurice et Patapon ont l’art de l’aphorisme qui parvient cerner la nature humaine en une courte conversation :


- Finalement, c’est quoi un homme ? C’est un chien qui se tient sur ses pattes arrière…
- Mais qui dit « pardon » quand il pète !



Et ce ne sont pas les activités auxquelles se livrent les êtres humains qui vont les rendre plus intéressants aux yeux de nos deux bestioles anarchistes :


« Le singe est plus intelligent que l’homme ! Le singe est capable de remplir une grille de loto, mais lui, il ne le fait pas. »


Dégoûtants mais rigolos, les mots de Maurice et Patapon s’érigent en diarrhée verbale. A ne pas lire d’un coup.





Citation :
- Au salon du livre j’ai essayé de me faire dédicacer un roulant de PQ par Finkielkraut !
- Ça a marché ?
- Non, ça n’a pas marché. Il n’avait plus de merde dans son stylo !


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2 février 2014 7 02 /02 /février /2014 20:59



Septembre 1945 – Septembre 1947. Le temps s’accélère. Un an après les bombardements atomiques, les survivants de la famille de Gen sont enfin réunis, dans des conditions toujours plus misérables. La joie des retrouvailles permet seulement de compenser les difficultés à se procurer les denrées alimentaires nécessaires pour combler de nouveaux estomacs. L’alimentation est toujours au cœur des conflits de ce Japon dévasté et laissé à l’abandon. L’absence des hommes politiques n’a jamais été plus frappante que dans ce quatrième volume alors qu’à l’internationale –la notice en fin de volume nous en informe-, le Japon cherche à racheter son image, adoptant un comportement extrêmement ambivalent à l’égard des Américains. D’ailleurs, ce sont surtout ces derniers qui s’approcheront au plus près des rescapés de la bombe atomique.


Dans ce volume, les soldats américains constituent la population étrangère qui nourrit tous les fantasmes et toutes les histoires les plus nauséabondes. Ils se montrent prolixes et s’amusent de l’enthousiasme qu’ils suscitent lorsqu’ils jettent des paquets de chewing-gums aux pieds des petits japonais affamés, mais peuvent devenir redoutables lorsque ces mêmes japonais, que les bonbons auront fini de mettre en appétit, essaient de pénétrer leurs campements pour dérober les boîtes de conserve et de lait qu’abritent leurs cuisines. L’américain est aussi un outil de promotion sociale : certaines jeunes japonaises l’ont bien compris, qui se prostituent pour faire vivre leur famille.



Dans la lutte pour l’alimentation, les villes dévastées, laissées à leur libre gouvernement, voient se multiplier les clans de « yakusas ». Le crime s’organise, devenant la tentation et la crainte de ceux qui ont encore assez de force et de courage pour survivre. Ce n’est, bien entendu, pas le cas de tout le monde, et Keiji Nakazawa ne s’étonne même plus des victimes qui continuent à se déclarer, deux ans après la guerre atomique. 


Ce qui a déjà été dit à propos des volumes précédents de Gen sera confirmé une fois encore. Cette série apprend à son lecteur ce que peu de livres sur les bombardements japonais de 1945 ne pourront jamais lui apprendre. On comprend mieux pourquoi : au cours des années durant lesquelles Hiroshima et Nagasaki furent livrées à elles-mêmes –ou presque- seul un survivant et témoin direct des évènements pouvait nous transmettre l’exactitude de son expérience. Parce que celle-ci semble authentique, qu’elle ne cherche jamais à appuyer les traits ou à se laisser aller aux plaisirs de digression artistiques, elle ne sonne jamais faux et impressionne par cette juxtaposition de la gravité des évènements et de la légèreté des attitudes. 




- Au fait, pourquoi ils coupent les bijoux de famille, les américains ? Ils les mangent ?
- J’en sais rien. Ils croient peut-être que c’est des vrais bijoux.
- Ils ont dit qu’ils « violaient » les femmes. Qu’est-ce que ça veut dire ?
- J’en sais rien…
- Elles ont de la chance de pas avoir de couilles, les filles…
- Ouais…



Notice a écrit:
[La police] se trouve notamment incapable de faire face à la véritable explosion du marché noir et des trafics de toutes natures provoquée par l’effondrement de l’économie. Portant avant tout sur les denrées alimentaires et les produits de première nécessité, elle concerne également d’autres secteurs, tels les médicaments ou les produits de luxe. Ceux qui en profitent le plus sont les « yakusas », une forme traditionnelle de crime organisé, l’équivalent des maffieux, structurés, comme leurs confrères siciliens et américains, en clans féodaux, ce qui ne nuit pas à leur efficacité, bien au contraire. D’ailleurs, leur poids dans la société japonaise ne fera que s’affirmer au cours des années suivantes.
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22 janvier 2014 3 22 /01 /janvier /2014 13:51


Nouvelles glauques en noir et blanc, cases serrées et réduites à l’observation de l’acte principal, découpage nerveux –parfois quelques touches de couleurs lorsque le mal triomphant se repaît de ses victoires- Welcome to the death club est une galerie d’art crayonné à l’honneur de la Faucheuse qui nous guette. Homme d’affaire, pervers sexuel, homme modèle, modeste employé, écrivain romantique –tu mourras ; et le triomphe accordé aux dégénérescences perverses n’en sera que plus glorieux.


A regarder, encore et encore, au-delà de la première compréhension dramatique. Le charme du Death Club ne s’apprécie pas entièrement dès la première rencontre.

Les bonnes résolutions d'un jeune homme moderne :


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Citation :
Tout le monde veut faire de la télé…même les gros porcs.
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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 17:39



Ben ouais, ça a l’air tellement facile… plus besoin d’avoir l’air de le mériter, depuis quelques années, la décadence médiatico-politique battant son plein, il semble que n’importe qui peut devenir riche. Un passage vite fait au Loft Story pour montrer ses seins, et on gagne assez de sous pour pouvoir se les refaire toute une vie à raison d’une fois par an.


Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, deux sociologues « spécialistes des riches », se cachent dans les rayons de la Fnoc pour choper le prolétaire. Ils attrapent Philippe Brocolis, pauvre touriste égaré dans cette zone de non-droit culturel après une dure journée de boulot. Les voilà partis pour une conversation sociologique appliquée de toutes les notions intrigantes constituant la stratosphère du monde des fortunés. Qu’est-ce qu’un riche ? Qu’a-t-il de plus que les autres ? Est-il plus intelligent que Jésus-Christ ? Ou incarne-t-il le Diable ? En réalité, nous sommes loin de concepts aussi spirituels. Du réalisme avant toute chose. En un chapitre, le riche semble avoir épuisé toutes ses possibilités d’émerveillement. Philippe Brocolis et sa famille retournent à leurs préoccupations comme si de rien n’était, un ticket à gratter dans la poche. Ticket gagnant ! C’est autre chose d’étudier la richesse une fois devenu riche à son tour… 


Véritablement édifiante, cette bande dessinée amuse et divulgue au passage quelques informations qui ébahiront certainement toute personne n’appartenant pas à la lignée Wendel, par exemple. Progressivement, Pinçon & Pinçon nous font prendre conscience que le privilège de naissance existe encore et que la bonne vieille société médiévale de nos cours d’histoire pourrait aisément être transposée au monde contemporain. Si les riches semblent avoir toutefois appris une chose des derniers évènements historiques en leur défaveur, c’est la suivante : quand on est riche, il faut se taire et se planquer. Lorsque les prolos se la jouent individualistes et se lancent dans des compétitions forcenées dans l’espoir d’escalader un tantinet l’échelle sociale, les membres des grandes et riches dynasties –qui se reconnaissent par leur figuration dans le bottin mondain- se serrent les coudes, se filant des millions ou les postes les plus lucratifs. Allez, lève-toi pour bosser le jour de la Pentecôte, qu’on te dit ! 


Le prolétaire frousse les babines et grogne…pourtant, les Pinçons ne frappent pas sur le riche pour le plaisir de se défouler. En prenant concrètement appui sur la pensée de Bourdieu, ils montrent que les classes sociales non-privilégiées dépendent d’une hexis de classe de laquelle il leur serait difficile (et peut-être même inconfortable) de sortir. C’est pourquoi les gagnants au Loto suivent des cours pour placer leur argent, plus sûrement pour apprendre à bien le dépenser, que ce soit à Monaco ou aux enchères artistiques. Philippe Brocolis et sa famille, devenus riches, commencent à comprendre que le rêve glisse doucement vers le cauchemar… 


Marion Montaigne excelle lorsqu’elle nous parle de sciences ou de cinéma, et se montre toujours aussi passionnante lorsqu’elle aborde les sciences sociales. Nous sommes loin du ton désespéré des moralisateurs ou du sérieux lénifiant des intellectuels. La bibliographie se trouve toutefois en fin d’ouvrage pour qui aimerait s’imbiber de la version formelle du sujet. On reconnaîtra les prolétaires au fait qu’ils se procureront l’ouvrage à la bibliothèque ou qu’ils le piqueront sur un étal mal surveillé. Les bourgeois iront à la Fnoc pour s’en accaparer et le ranger plus tard sur leurs étagères en signe ostentatoire de richesse. Et si vous êtes un héritier Wendel, il y a fort à parier que vous connaissez déjà tout le contenu de cet ouvrage…


Citation :
Dans le papier à cigarette à rouler OCB, le « B » signifie « Bolloré ». C’est un peu lui que vous léchez quand vous vous en roulez une.



Citation :
Le bottin mondain est une sorte d’annuaire V.I.O. avec les adresses de gens de la haute société, des personnes d’influence, de pouvoir… rien à voir avec le vulgaire annuaire ! […] On trouve également des modèles de lettres afin d’écrire à de hauts dignitaires qui sont eux-mêmes parfois dans le bottin.
« Pour écrire au Pape, commencez la lettre ainsi : « [sic] Très cher Saint Père, Humblement prosterné aux pieds de Vôtre sainteté et implorant la faveur de la bénédiction apostolique… » »



Citation :
Quand Bernard Arnault veut la double nationalité belge, ce n’est pas pour des problèmes de fin de mois, ce n’est pas non plus parce qu’il a une passion pour la frite ou la BD (hélas), c’est parce que les droits de succession y sont moindres qu’en France. Ainsi, la richesse passe de génération en génération au sein de la famille, de la dynastie, de la classe.



Qu'est-ce que l'hexis ?


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18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 14:05


Après l’été vient l’automne. L’année 1979 fut marquante à plusieurs égards pour Hugues Barthes. S’il explique, dans L’été 79, l’apogée alcoolique de son père, la saison qui suit peut se lire indépendamment. L’automne 79 s’attarde moins sur le père que sur le reste de la famille. Chacun essaie à sa manière de fuir l’addiction du père mais chacun est également retenu, avec des degrés d’attache plus ou moins forts, à la personnalité de l’homme qui ne connaît plus que de prompts instants de sobriété.


Ma vie aussi peut être un drame –tel semble être le discours de Hugues Barthes. Sans qu’elle ne soit grandiloquente, on sent que la mise en scène et la narration de l’histoire cherchent à appuyer sur les détails proprement tragiques de cet automne 79. On se laisse porter par la progression des aventures du petit Hugues adolescent : quittant le foyer familial, il est hébergé par sa tante Dominique et son époux à Besançon. La ville lui apparaît merveilleuse et exalte en lui ses penchants esthétiques, tandis que le couple formé par sa tante et son mari lui révèle une forme de normalité enviable. Mais le temps passe, Hugues doit rentrer chez lui et retrouver son père, sa mère et son frère. Le père, malgré ses promesses, n’a pas changé, tandis que la mère sombre progressivement dans la dépression. La ruse employée par Hugues Barthes pour nous intéresser à son histoire fonctionne plutôt bien : son caractère proprement pathétique est compensé par la platitude d’un dessin en noir et blanc au premier degré. Les évènements se succèdent à bon rythme, mais Hugues Barthes semble pâtir d’un manque de matière dans la dernière partie de l’album. Comme bon nombre de dessinateurs autobiographiques, il profite de l’espace laissé libre à la conclusion pour évoquer son processus créateur : pourquoi ai-je choisi le roman graphique ? pourquoi l’écriture fut-elle aussi difficile qu’une psychanalyse ? comment le vilain petit canard est-il devenu dessinateur accompli ? Dans la continuité de la pure tradition tragique, Hugues Barthe nous décrit un chemin d’accomplissement qu’on lira avec le plaisir dévolu à toute fiction, mais aussi avec la distraction qu’on accorde à tout récit un peu nombriliste.




Citation :
- Et un pastis pour le grand.
Thierry, on voyait qu’il était fier de boire son coup. 
- Et pour le petit ?
- Ah oui, le petit c’est le plus petit et pourtant c’est le plus âgé. Mais il boit pas.
- Eh bien alors, c’est triste ! Il veut quand même pas du sirop, comme les bébés ? Il veut quoi alors, une bière ? Du pinard ? Un coup de gnôle ?
- Bon, décide-toi ! Il doit pas être de moi, celui-là…
- Oh, c’est pas gentil pour votre dame !



Citation :
Je continuais à consacrer la plupart de mon temps au dessin. Dans ces moments-là, je me sentais le roi du monde. Ou presque. Mais le plus souvent, je me voyais en Gregor Samsa, ce personnage que Kafka avait métamorphosé en monstrueux insecte.
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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 13:01


Le petit théâtre de la rue nous embarque partout sauf dans les rues : convié à un salon de la bande dessinée dans un bled français perdu, nous suivons Boulet qui s'emmerde sur une chaise, dans l'attente de quelques lecteurs aux demandes fantasques. Il s'embarque parfois pour de plus lointaines destinations mais l'excitation du dépaisement est tel que Boulet ne parvient plus à restituer ses impressions de voyage sans nous donner le malaise. Surtout, il ne parvient pas à nous transmettre son bonheur puisque l'ennui se dresse fermement entre son récit et la lecture. Le reste de son temps, Boulet le passe chez lui, aimant à se représenter à l'état larvaire, pizza, pyjama, barbe de cinq jours et séries télévisées à la con. En 2005, le nerd commençait à sortir de son trou et à devenir fashion. Avec une timidité relative, Boulet s'essaie à son tour à l'habilitation du personnage.


Le petit théâtre de la rue se confond avec le volume précédent de la série des Notes. Les deux recueils racontent peu ou prou la même chose, entre voyages professionnels et délires nerds à base deDonjons et dragons. Je me souviens du plaisir que je prenais, quelques années en arrière, à lire chacune de ces notes au jour le jour, au moment de leur publication sur le blog de Boulet. Aujourd'hui, rassemblées et condensées par dizaines dans un seul volume, elles me révèlent leur insignifiance. Boulet mis en scène par Boulet devient un personnage stéréotypé qui ne révèle rien ni de son auteur, ni de sa créature. Plus envie de continuer à lire cette série.


Une page comme celle-ci, c'est sympa, mais une quasi-centaine d'affilée...  :3 



Citation :

C'est fou quand même les découvertes : un vieux grec fout son cul dans une baignoire et hop, on a la poussée d'Archimède ! 
Un mec veut prendre un raccourci pour Kathmandou et hop, il découvre l'Amérique !
Moi, je mélange deux ou trois ingrédients à l'instinct et paf, j'arrive à synthétiser le goût du vomi à s'y méprendre.



Des mises en scène parfois bien trouvées...

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8 janvier 2014 3 08 /01 /janvier /2014 13:28



- Avé Commandant Protinucléon III. Notre écoute des communications terrestres a été fructueuse. Nous détenons un échantillon d'enregistrements humains, récoltés à l'aide de cette antique technologie que notre population a utilisé jadis, en des temps reculés que nous ne prenons plus la peine d'évaluer. Je veux parler du téléphone portable.
- Fifre, je vous remercie, mais je ne désire pas perdre de temps. Choisissons alétoirement un enregistrement, il suffira à mon verdict.
Commandant Protinucléon III, vos désirs sont des ordres.

"Prout, prout, prout, prout. Prout, prout, prout, prout."

- ...
- ...

"Clic."

- Fifre, cette planète ne mérite pas d'être sauvée.
- Commandant Protinucléon III, je suis de votre avis : laissons cette planète de scatophiles patauger dans la bourbe qui l'imbibe. 



Dommage. Alors que le téléphone portable commençait seulement à être à la mode et que les Bidochon s'en servaient pour se communiquer leurs plus profondes angoisses, l'échange des textos n'avait pas encore connu l'essor incroyable qui le caractérise aujourd'hui. A parier que s'il devait refaire cet album, Christian Binet déclencherait une liesse folle furieuse de esse-ème-esse:


"tkt il é tro bien & déchir ça rasse le dernier bidochon tu va tro kifé c obligé."


Protinucléon III, reviens! Notre planète mérite d'être sauvée, je te jure...


Et si Raymonde avait parlé à Protinucléon ?





Citation :
[...] -Et je pense, écoutant gémir le vent amer et l'onde aux plis infranchissables ; l'été rit et l'on voit sur le bord de la mer fleurir le chardon bleu des sables.
-Ben dis-donc, toi, quand tu dis des conneries, tu y mets le paquet !!
-C'est une récitation que j'ai appris quand j'étais à l'école !!






Citation :
-Tu vas pas faire marcher ton portable au restaurant ???
-Ben quoi ? Je suis moderne, moi !!



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3 janvier 2014 5 03 /01 /janvier /2014 20:46


Par ennui, dame Bidochon convoque chez elle vendeurs et charlatans en tous genres. Entourée d’une brigade de marchands de piscines, de crocodiles ou de berlines, Raymonde se sent moins seule, mais Robert n’apprécie pas ces affronts lancés au pécule laborieusement amassé. C’est pourquoi il croit permettre à la quiétude de se réinstaller dans son foyer lorsqu’il voit Raymonde se précipiter sur un kit de remise en forme et de remodelage de silhouette.


Avec les Bidochon, tout devrait toujours être facile –le mariage, les voyages, les amis- et pourtant, rien ne leur réussit –la monotonie, les surprises, la sympathie. Lorsqu’il est question d’activité physique, il ne faut donc pas s’étonner de voir les deux comparses affalés devant la télévision pendant que des électrodes broient et malaxent leurs lointains souvenirs de muscles. Toutefois, la route conduisant à cet Eldorado de paix est semée d’embûches. Comme toujours, Robert refuse de se fier à la technologie et s’oppose à une Raymonde plus aguerrie que jamais, transportée par le rêve de corps sculpturaux, d’une jeunesse éternelle et d’un mariage plus heureux.


« Pourquoi c’est toujours les filles dans les magazines qui ont des corps de rêve et jamais celles dans les lotissements !! »


La lutte des classes devenue lutte des corps, Raymonde entraîne Robert contre son gré dans la métamorphose finale. Comme de coutume, l’affront se nourrit des éléments les plus triviaux. Il devient épique, transformant les électrodes en facteurs de mutation malintentionnés, et lyrique lorsque les posters de créatures surréalistes inspirent à la triste Raymonde des odes endiablées.

Du canapé au canapé, le chemin est long pour les Bidochon, mais notre détente est excellente.


Citation :
- C’est incroyable le nombre de calories qu’on peut perdre en faisant du sport !! Regarde ! Un simple marathon et tu en perds huit mille d’un coup !!
- Un simple marathon !! Mais tu sais combien d’années d’entraînement il faut pour faire ton simple marathon ? Ca peut te tuer !!
- Sinon, pour les non-sportifs, on peut aussi perdre des calories en pratiquant des tâches quotidiennes.
- Ah ! Eh bien ça, c’est déjà plus dans nos cordes !
- Par exemple : « abattre un baobab à la hache », ça fait autant de calories qu’un simple marathon.
- Et comment tu veux qu’on fasse ça ?? On a pas de hache !!
- Sinon, on peut aussi « creuser un tunnel » ou « pelleter des céréales ».
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30 décembre 2013 1 30 /12 /décembre /2013 20:30


La bande dessinée rivalisera peut-être un jour avec le cinéma dans le nombre d’adaptations littéraires qu’elle effectue. Même Joann Sfar, auteur pourtant prolixe et original, a commis quelques incartades dans le domaine. Si on connaît un peu son œuvre et pour peu que l’on ait déjà bivouaqué en sa compagnie, on comprendra tout de suite la proximité qui lie l’univers de Joann Sfar à celui du Petit Prince de Saint-Exupéry.


Ainsi Joann Sfar s’inspire-t-il des personnages, des situations et des aventures vécues par le Petit Prince pour illustrer ses propres motifs de création personnels. On ne sera pas étonné de voir le bonheur avec lequel il anime fleurs, animaux et créatures oniriques, comme il avait déjà donné vie à un Chat du rabbin plus rusé et plus sensible que n’importe quelle autre créature humaine. Il laisse à Antoine de Saint-Exupéry ses dessins originaux pour inventer un nouveau langage pictural aux couleurs intenses et aux traits enivrés, qui respectent toutefois la simplicité originelle de l’œuvre.



Cette adaptation du Petit Prince n’opère pas une réduction de l’intrigue. Celle-ci connaît d’ailleurs de légères modifications qui prennent du sens lorsque l’on comprend que Joann Sfar chercher à nous en livrer sa vision personnelle et philosophique. Ainsi transforme-t-il le Petit Prince en allégorie de la disparition, qu’elle soit disparition du présent, disparition des amis –mort multiforme. L’adaptation de Joann Sfar contient une force qui suffit à nous redonner envie de lire le Petit Prince –non pas pour chercher dans l’un ce qui manque à l’autre et réciproquement, mais pour conjuguer leurs beautés dans la synergie.




Citation :

Chez moi, un jour, j’ai vu le soleil se coucher quarante-quatre fois. Tu sais, quand on est tellement triste, on aime les couchers de soleil.




Citation :

Les grandes personnes ne comprennent jamais rien toutes seules. J’ai beaucoup vécu chez les grandes personnes. Je les ai vues de très près. Ça n’a pas trop amélioré mon opinion. Je leur parle de bridge, de golf, de politique et de cravates. Jamais de serpent boa. On n’a rien d’intéressant à se dire.
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