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24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 14:49




Marshall attend, seul dans un bar, la promise que lui ont dégotée ses copains. Ca commence mal. Elle est en retard, et en plus de cela, Marshall a des tendances misanthropes qui le poussent à considérer chacun de ses semblables comme une cible potentielle vers laquelle diriger sa haine et son mépris. Voici de quoi se mettre en appétit…


Dans le type de Marshall, la quarantaine, se définissant lui-même comme un loser (divorcé depuis douze ans, incapable de bâtir la moindre relation durable, sans enfant, sans famille même, entouré d’ « amis » qui le considèrent avec un mélange de pitié et de moquerie…), on retrouve toutes les caractéristiques qui avaient déjà fait le succès des précédents personnages de Clowes (il ne vous rappelle pas un peu Wilson ?) Mais dans Mister Wonderful, puisqu’il faut bien un peu se renouveler et apporter de l’inédit, d’un album à l’autre, Marshall s’avèrera finalement plus sociable que prévu. Miracle ! Serait-il enfin capable d’aimer, de s’attacher à une altérité ?


Il faudrait peut-être calmer un peu le jeu… Entre Marshall et sa promise, tout ne se passera finalement pas de manière aussi idyllique qu’on pourrait le penser… D’accord, Marshall tombe sous le charme immédiatement, mais il n’est séduit tout d’abord que par une apparence qu’il craint et qu’il admire à la fois, et qui le renferme dans ses propres complexes. Il faut ensuite franchir l’épreuve de la conversation, et une fois encore, rien n’est simple. Marshall nous rappelle son passé de misanthrope : cela fait tellement longtemps qu’il ne s’est plus confié à quiconque qu’il ne sait plus comment s’entretenir naturellement avec son prochain. Quelles sont les choses qu’il faut dire pour plaire ? Quels sont les sujets qu’il faut éviter d’aborder ? A-t-il le droit de dire qu’il est fauché, que son mariage a été un échec, que sa vie ne lui apporte que de l’insatisfaction ?
La lutte que se livre Marshall est une formidable occasion pour le lecteur de se réjouir. Ses bons et ses mauvais côtés se matérialisent pour lui souffler à l’oreille leurs conseils, et de multiples scénarios se construisent dans son imaginaire pour l’aider à prendre le choix le plus judicieux… Si Marshall déteste les natures prétentieuses et autosuffisantes, il se demande à de nombreuses reprises s’il ne devrait pas se renier quelques dizaines de minutes pour séduire son invitée.
De mensonges en révélations discrètes, Marshall réussit peu à peu à accorder sa confiance à celle qui était une parfaite inconnue la veille encore. Le chemin est tortueux et parsemé de vieux relents de misanthropie. Entre la haine féroce des autres et l’envie de leur pardonner leurs faiblesses, on se laisse aller, avec Daniel Clowes, à éprouver un peu de tendresse pour nos semblables.


Ce Mister Wonderful est sans doute l’album le plus optimiste de Daniel Clowes, mais cela ne veut pas dire pour autant qu’on sortira de cette lecture le cœur gorgé d’espoir. Au contraire, si Marshall a réussi à se lier d’amitié (voire davantage ?) avec une nouvelle personne, ce n’est qu’en dressant les autres entre eux et le monde. La solitude est peut-être moins amère lorsqu’on peut la partager avec quelqu’un d’autre. On verra bien dans le prochain album si cette démarche s’est avérée concluante pour Daniel Clowes ?

Qu’est-il arrivé à notre civilisation ? A quel moment est-il devenu normal pour des personnes saines de débiter leurs inepties en public ?

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15 octobre 2011 6 15 /10 /octobre /2011 14:12



Nouvelle immersion d’inspiration autobiographique dans l’univers de Debbie Drechsler ? Ce second album, publié après Daddy’s girl, revient sur l’adolescence de Lily, qu’on imagine facilement être l’incarnation de Debbie Drechsler d’autant plus que l’histoire se passe en Amérique, dans les années 70. Les disputes entre les sœurs, les conflits avec la mère et les amitiés tumultueuses sont rapportées avec un tel naturel qu’il semblerait improbable qu’ils ne soient pas tirés de l’expérience personnelle de l’auteure. Et on se plonge dans cette tranche d’adolescence, qui s’étend de la fin d’un été aux premiers mois d’une année scolaire, comme on revivrait ses années au lycée, entre l’ennui d’un quotidien qui n’apporte aucune surprise et l’étonnement sans cesse renouvelé qui surgit des relations que l’on entretient avec les autres.


Cet album ne cherche rien à expliquer. Il se contente de décrire, simplement, bien qu’à travers ses différentes scènes, on puisse se retrouver à un moment ou à un autre de notre adolescence et considérer les évènements passés sous un nouvel angle.
Ce Summer of love, sous ses aspects plutôt frivoles de feuilleton adolescent, cache pourtant une grande tension. Lily semble poussée à vivre malgré elle. Elle évolue entre une famille aliénante (mère tyrannique, sœurs envahissantes, père distant) et des camarades qu’elle semble redouter et admirer tout à la fois, ne sachant plus quelles ruses déployer pour leur plaire à tout prix et n’hésitant pas une seconde à renier sa personnalité ou ses convictions les plus profondes pour s’intégrer au groupe. A travers les yeux de Lily, le monde apparaît comme un terrain de jeu miné sur lequel il faut pourtant cheminer parce qu’aucune alternative n’est proposée.


Dans un dessin aux motifs compliqués et avec une bichromie vert/marron, on s’enfonce avec Lily dans la forêt mystérieuse des émois adolescents. A travers le regard naïf d’une jeune fille qui fait ses premiers pas dans un village inconnu, Debbie Drechsler fait ressortir tous les doutes et les interrogations qui assaillent l’adolescence.



Le seul reproche que l’on pourrait adresser à ce Summer of love serait peut-être un rythme un peu faiblard qui s’alourdit à force d’évoquer les disputes frivoles entre sœurs et amies, mais puisqu’il s’agit là des maux auxquels n’échappe pas Lily, il est vrai qu’il aurait été un peu difficile de ne pas en parler… Heureusement, bien souvent, après quelques longueurs, le rythme repart de plus belle, et on ne le regrette pas.

“Dès que j’ai vu notre nouvelle maison, j’ai su que c’était un endroit à la con. Elle ressemblait comme deux gouttes d’eau aux autres maisons moches de la rue. Juste en pire, selon moi. »

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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 11:44




Bernard Barracuda n’est pas le genre de type chanceux. Renversé par son père qui avait un peu trop bu le soir du réveillon, il se retrouve dans un lit d’hôpital, complètement paralysé. Voici le drôle de héros de cette bande dessinée cynique : un personnage qui ne parle pas, qui ne bouge pas et dont le visage n’exprime aucune émotion. Une poupée vivante laissée aux mains inconscientes de ses proches. Et les aventures ne font que commencer…




Tout le monde en prend pour son grade. Entre les infirmières qui infantilisent Bernard et l’humilient constamment (« Oh le beau caca »), sa tante qui le dénonce pour tentative de viol, son père qui l’oblige à signer une lettre le déchargeant de toute responsabilité ou son entraîneur de rugby qui lui demande de se remettre rapidement pour permettre à son équipe de gagner le prochain affrontement, Bernard ne trouvera certainement pas le réconfort et le soutien qu’il pouvait espérer de la part de ceux sur qui il avait cru pouvoir compter.


Peut-être peut-t-il se dire que sa situation aurait pu être pire en la comparant à celle vécue par Papy, son voisin de chambre, un vieux croulant qui n’a plus que le mot « Mourir » à la bouche ? Car lui non plus n’est pas épargné par le corps médical ni par son fils, qui lui confie son gosse de cinq ans pendant une semaine le temps de partir aux sports d’hiver avec sa femme.
Ici encore, Bernard fait preuve d’une chance formidable ! Aurait-il pu espérer plus charmant compagnon de chambre que ce squelette suicidaire ?




Le trait est gribouillé, fait à la va-vite. Le style est très enfantin, et il jure d’une manière grotesque avec le cynisme et la cruauté des propos. Car il n’y a absolument rien de bon dans cet album. Valfret dénonce les individus et pointe leurs vices et leur égoïsme avec une haine d’autant plus grande qu’elle semble n’avoir aucun remède. Valfret ne propose aucun modèle rédempteur qui se proposerait à distiller un peu de sagesse au milieu de ce marais croupissant de méchanceté et de bêtise. Et ce parti pris radical est très dérangeant. Même mon goût pour le cynisme en a pris un coup. Le mauvais goût prête à rire, mais avec cet album, on ne sait même plus s’il est permis de sourire. C’est malsain à en vomir. Et en même temps, si le ton de cette bande dessinée est tellement dérangeant, c’est parce qu’il y a du vrai dans ce qu’on y lit…


Alors, que fait-on de cet album ? On la balance au fond de la cuvette des toilettes et on essaie de croire encore en l’humanité ? Ou on en fait sa Bible de la misanthropie ? J’hésite…

"Tu sais fils… Tu… Quelque part tu as de la chance. Tu as moins d’emmerdes toi."

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8 octobre 2011 6 08 /10 /octobre /2011 17:53




Pour une fois qu’un titre traduit parfaitement le contenu d’un album sans trop en dévoiler, on ne va pas bouder son plaisir.
Mélodrame, c’est vrai, on nage en plein dedans. Et Biélorusse, c’est vrai en partie, mais nous traverserons également d’autres contrées qui ne sont pas sans charme…


La vie de notre héros camionneur n’est pas glorieuse tous les jours, entre les collègues crétins et la monotonie de l’activité à effectuer : « J’ai une vie assez simple. Je conduis un camion d’un point A à un point B. Evidemment, plus jeune, j’aspirais sûrement à autre chose. Mais qui s’en souvient ? ». Mais Kolsmalsky ne se formalise pas de son sort et il sait cueillir les opportunités lorsqu’elles se présentent à lui. Dernière en date, à la base de ce mélo : la possibilité d’aller en Biélorussie pour livrer un béluga alors que se tient une compétition nationale de tennis. L’occasion rêvée pour Kolsmalsky de rencontrer sa tenniswoman préférée : Makarina.


Sur cette base simple viennent se greffer des embryons d’histoires toutes plus absurdes les unes que les autres, telles la rencontre avec un producteur de frites qui se terminera en orgie, l’obligation de se farcir la grosse assiette de choucroute des allemands ou d’assister à un spectacle de bélugas. Tout cela paraît bien mignon mais avec Kolsmalsky, les choses dégénèrent vite et l’histoire part dans le décor. Plus on tourne les pages, plus on s’enfonce dans l’absurde, dans le grotesque, dans le salace et dans le gore, ceci dit sans aucun dégoût mais avec, au contraire, une satisfaction intense, parce que cette progression est menée à très bon rythme et parce que les blagues ne retombent jamais.


Le dessin colle bien avec cette ambiance absurde. Les personnages empruntent presque au burlesque de Chaplin, tant il semble que leurs mouvements sont raides, mécaniques et privés de toute humanité. Leur jeu est comparable à celui de marionnettes perdues au milieu de ces pages dans l’unique but de répéter toujours les mêmes paroles et d’accomplir les mêmes gestes. Seul Kolsmalsky garde une petite part d’humanité et d’originalité –heureusement puisqu’il s’agit du personnage principal.


Melo Bielo, cynique et absurde à souhait, est donc la lecture idéale des mauvaises journées au cours desquelles on aurait envie de faire la peau à tout le monde. Mais s’il fallait n’en retenir qu’une chose, ce serait la suivante : méfiez-vous des bélugas !


Le site de la BD, à visiter à tout prix, pour le plaisir et pour un aperçu de l’ambiance de ce Melo Bielo : link

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7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 15:48



- Mais vous êtes un chien ?
- Je suis content d’apprendre que vos longues années d’études scientifiques n’ont pas été vaines.

Convient absolument aux non-initiés de Freud, à ceux qui ne veulent pas le connaître ou à ceux qui ne peuvent pas le blairer. Cette aventure, qui se situe dans le désert Américain, certainement dans les années 1920, nous embarque avec Sigmund Freud et un de ses acolytes, Igor, compagnon de voyage peu conciliant, dans la quête d’une nouvelle terre à soumettre au joug tout-puissant de la psychanalyse. Pour cela, encore faudrait-il qu’ils croisent âme qui vive… Or, dans ce désert, très peu d’humains, si ce ne sont de pauvres indigènes qui détruisent, du haut de toute leur solitude, le complexe d’Œdipe (et qui semblent très bien s’en tirer), des chamans carburants aux substances hallucinogènes, et des chiens errants dont un, à la recherche d’une âme pour peupler sa conscience, subira l’application des premières thèses psychanalytiques de Freud.


Analyse d’un garçon vacher. Un des meilleurs passages de l’album.


Voici donc le joyeux fourbi dans lequel nous plonge Manu Larcenet. Je parle de fourbi car cette aventure est avant toute chose une soupe dans laquelle marinent cinq ou six personnages tous plus excentriques les uns que les autres, et qui semblent se battre, tout au long de l’histoire, pour remporter la palme du burlesque. Cette volonté de Larcenet apparaît si clairement qu’il serait difficile de passer outre… Notre pauvre Freud est représenté comme un tyran totalitaire qui carbure à coups de « Nous progressons » et les blagues potaches s’enchaînent à son sujet. De quoi faire sourire, bien sûr, mais ce n’est jamais très profond et cela devient vite lassant. Autant aller se poser au comptoir d’un bistrot pour entendre les mêmes trouvailles de bas étage. Au moins, la boisson aiderait à tuer le temps/



Ah, ah. Un peu facile.



Pour ce qui est du dessin, on retrouve le style propre au Manu Larcenet du Combat ordinaire… On aime ou on n’aime pas. Dans mon cas… La vision de petits personnages ronds et bouboules n’a fait que confirmer mon impression de lire un gros cahier de blagues. Ca ne m’a donc pas aidé à apprécier cet album…

A réserver aux vrais ennemis de Freud, à ceux qui se repaissent de toutes les formes d’insanités proférées à son égard, même les moins drôles.
Pas qu’il soit ici question d’un débat idéologique, mais autrement, le risque de s’ennuyer est vraiment immense…


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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 09:09




Le monde des superhéros n’est plus aussi brillant qu’il ne l’était. Alors que les superhéros étaient auparavant l’objet de l’admiration de tous, lorsqu’ils vouaient leur existence à défendre de justes et nobles causes, leur soumission à un système marchandisé les a transformés en marionnettes publicitaires qui préfèrent vendre leur image plutôt que de mettre à profit leurs pouvoirs.


Le système éducatif des superhéros ne se porte pas mieux… Veillant avant tout à conditionner les élèves pour qu’ils respectent les critères de bienséance qui sauront les faire apprécier du grand public (pouvoirs qui ne mettent en danger la vie de personne, apparence physique humaine…), ils brident les possibilités de faire évoluer le monde des superhéros dans une direction plus diversifiée et peut-être également plus contestatrice.




Evidemment, des regroupements de superhéros se sont formés en réaction à ce mouvement et cherchent à redonner à leur confrérie les lettres de noblesse qui seyaient autrefois à leur vocation. Toutefois, au sein même de ce mouvement, un meurtre inexpliqué se produit, semant le doute et la paranoïa au sein d’un groupement qui bat déjà de l’aile.




Le pitch est prometteur, et je me suis plongée d’autant plus rapidement dans cet album que j’avais envie de découvrir un comics français, production assez rare pour qu’elle justifie la curiosité.
Le dessin, aux traits dynamiques et nerveux, s’accorde bien avec le ton de l’album, même s’il tend parfois à ressembler à un gribouillage douteux.
Quant à ce qui concerne l’histoire en elle-même… J’avoue avoir été très déçue. Pourtant, les bonnes idées ne manquaient pas, au contraire : le côté parodique du monde des superhéros est riche en variations et la complexité de la situation est apte à créer de nombreux rebondissements… Malheureusement, l’enchaînement des évènements se fait en l’absence de toute fluidité. On passe d’une scène à une autre de manière abrupte, les personnages s’enchaînent sans qu’on n’ait eu le temps de faire véritablement leur connaissance, finissant par s’emmêler dans un imbroglio duquel il n’est possible de s’échapper qu’en relisant plusieurs fois le même passage, et les scènes d’actions, rigides et bâclées, donnent l’impression d’un immense gâchis…


Si les premières pages ont pu bénéficier de ma bonne volonté de lectrice, les dernières n’ont malheureusement pas su me pousser à faire un dernier effort pour terminer ma lecture, et à dix pages de la fin, j’ai baissé les bras. Quel intérêt de terminer un livre si le scénario est déjà parti dans le décor dès les vingt premières pages ? Si les personnages ne forment plus qu’une masse innommable ?

Il faut se méfier de Comix Remix… Sous ses abords sympathiques et potaches, cet album s’avère être une véritable prise de tête qui fera fumer plus d’un cerveau…

- En apposant un graffiti sur ce mur sans avoir préalablement sollicité l'autorisation de son propriétaire, vous avez enfreint un certain nombre de lois en vigueur dans cette cité...
- Je... Je suis désolé.
- Je dois vous punir.

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21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 09:07



Bienvenue est une jeune parisienne de 21 ans, étudiante à l’école des Beaux-Arts. Son statut lui confère une situation privilégiée pour évoquer tous les tracas que peuvent rencontrer les étudiants à l’heure actuelle. Colocation houleuse sous le toit d’une chambre de bonne, petits boulots dans des soirées mondaines chics, difficultés à se faire sa place dans le monde artistique, vie de célibataire endurcie, déjeuners avec la mère et le beau-père macho…

Marguerite Abouet n’épargne rien à Bienvenue, l’héroïne de son album, et n’hésite pas à l’affubler d’un prénom qui sera la source des principaux malentendus et quiproquos de cet ouvrage. Trouvaille ingénieuse s’il en est puisqu’elle permettra de faire l’objet d’un quart des conversations échangées par les personnages.


Malgré tout, il est difficile d’adresser des reproches à Bienvenue… La lecture n’est pas désagréable : le personnage a du répondant, une personnalité forte que rien ni personne ne semble pouvoir ébranler, et les évènements s’enchaînent les uns à la suite des autres, ne laissant aucun répit au lecteur ni aucun moyen de s’ennuyer. Mais la magie n’opère pas… Il manque à cet ouvrage des personnages secondaires forts, qui apportent un contrepoint intéressant à Bienvenue. Ici, au contraire, ils semblent jouer des rôles de subordonnés, se contentant de faire l’étalage de leurs défauts dans le seul but de se laisser adresser des remontrances par Bienvenue. Du coup, le personnage finit par sembler un peu prétentieux, ce qui est pourtant contraire à ce que Marguerite Abouet avait très certainement l’intention de faire… Bienvenue qui rate tout, mais qui rate tout parce qu’elle l’a choisi[/b], parce qu’elle ne se laisse pas [i]corrompre par des idéaux contraires à ses principes, se fait la moralisatrice de tous les gens qu’elle croise et ceux-ci, pauvres êtres soumis et sans défense, se laissent remettre sur le droit chemin par des propos d’une prétendue sagesse agaçante.







La conclusion de ce premier tome est également décevante… Je suis certaine que vous l’avez déjà devinée… Lorsque l’on est une jeune fille et que l’on a du potentiel, comment ne pas conclure l’album de ses aventures par la promesse d’un rendez-vous galant avec un jeune homme ? Quand même, voilà qui est original !
On attend la suite des évènements sans grande impatience…

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11 septembre 2011 7 11 /09 /septembre /2011 09:08




Body World nous introduit dans un futur pas si lointain que ça, dans la petite ville de Boney Borough, aux Etats-Unis. Nouvellement créée suite à une guerre dont le lecteur ne saura pas grand-chose, ses habitants y vivent en huis-clos. Ils ne connaissent pas le monde extérieur et ils ne s’y intéressent pas. Leur monde quadrillé, dont le plan minutieux est fourni au début du livre, suffit à leur existence. Ici comme ailleurs, les choses évoluent en suivant un cours plutôt habituel. Les élèves étudient en classe, les professeurs dispensent leurs cours, les habitants font leurs courses, les voisins se fâchent entre eux, les histoires d’amour se font et se défont… jusqu’au jour où le Professeur Panther, en charge de la rédaction d’un article de « L’Encyclopédie des hallucinogènes américains », pénètre dans ce territoire inconnu aux multiples forêts pour étudier les effets hallucinogènes d’une plante mystérieuse.




L’introduction de cet élément étranger parmi les habitants de Boney Borough va provoquer quelques remous. Essayant sans succès de se lier avec une des professeurs du lycée, puis récupérant finalement une étudiante délaissée par son ancien petit ami, Panther fait figure d’esprit provocateur. Cette réputation prendra de plus en plus d’ampleur à mesure qu’il découvrira les effets de la nouvelle plante hallucinogène. Les effets de cette dernière, loin de rester confinés uniquement aux sensations de son consommateur, se propagent d’habitants en habitants à l’intérieur de Boney Borough. Elle connecte entre eux tous ceux qui la fument, mettant en place des liaisons directes de transfert de sensations, de sentiments ou de souvenirs.
Lorsque la forêt abritant ces plantes se met un jour à brûler, la confusion la plus totale s’abat sur Boney Borough.




Cette histoire de plantes hallucinogènes est un excellent prétexte pour mettre en place une histoire psychédélique à souhait. On sent que Dash Shaw s’y donne à cœur joie, et lorsque ses personnages sont submergés par les effets de la plante, les traits représentant leurs souvenirs se coupent et se recoupent dans une confusion floue et colorée digne du meilleur trip. Et même lorsque les plantes ne font pas encore leur effet, Dash Shaw plonge son lecteur dans une ambiance rétro-futuriste à l’ « Orange Mécanique » d’un grand esthétisme.




Les dialogues sont menés par un Professeur Panther cynique et aigri à souhait qui vient réveiller les esprits un peu endormis des habitants de Boney Borough. Les situations sont souvent périlleuses et Panther en prend pour son grade jusqu’à la fin de l’album. Rebondissant par son humour à chaque nouveau coup du sort, il confère à Body World un caractère de dérision qui tend souvent vers la cruauté.




Les autres personnages, bien que moins charismatiques, sont toutefois marqués par des personnalités très fortes. Sur plus de 200 pages, on a le temps de s’attacher à cette petite ville retirée, explicitement comparée à une fourmilière dans les cours dispensés au lycée. Mais lorsque la fourmilière flambe et que les esprits se rencontrent, l’histoire court au désastre. Et pour expliquer cela, Dash Shaw nous propose une raison simple :

« Toute une ville contaminée par un virus « télépathique », ça doit donner un esprit de ruche malsain ou une orgie déplaisante, vraiment dégueu, pasque quand on y pense, la majorité de la population est laide. »

Ici, un trailer animé de Body World :


 



Et comme l’histoire était initialement publiée sur le site de Dash Shaw, on peut la retrouver en ligne : link

« Vous m’avez beaucoup appris sur la vie et l’amour, tout bouseux que vous êtes !"

 

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26 août 2011 5 26 /08 /août /2011 09:30




Le titre de cette série en résume parfaitement bien le contenu, tout du moins pour ce premier tome.
Le combat ordinaire présente à son lecteur le récit d’un jeune homme à l’âge où, indépendant financièrement, il peut choisir son propre mode de vie, et encore détaché de toute attache familiale ou professionnelle, il peut en changer à tout moment. Cette situation paraît idéale ; en réalité, elle est plutôt anxiogène. Difficile de savoir ce que l’on désire vraiment, difficile de s’engager, de prendre des décisions qui auront une influence considérable sur tout le reste de l’existence…
C’est à ce « combat » que Manu Larcenet convie son lecteur. « Ordinaire », chacun peut s’y reconnaître ; « Ordinaire », il ne nécessite pas de traitement emphatique.




Dans le premier tome de cette série, nous faisons connaissance avec le soldat de ce « combat » et avec ses proches : un frère avec qui il s’entend très bien, des parents avec qui il semble s’être réconcilié depuis peu, grâce à des séances régulières chez son psy, un chat nommé Adolf (parce qu’il est très méchant), un voisin fou passionné de chasse, un voisin philosophe qui aime pêcher et cueillir des mûres, et une vétérinaire qui prendra une place croissante dans sa vie.




Si le dessin, un peu monotone et franchement banal, ne suscite pas mon enthousiasme, j’ai été séduite par le ton simple mais profond des propos des personnages. Manu Larcenet dresse des portraits d’une grande humanité, faisant surgir et s’alterner les défauts et les qualités de chacun sans que cela ne sonne faux à aucun moment. Et tout commentaire de cet album ne serait pas complet s’il n’évoquait pas l’humour présent dans chacune de ses pages.

Avec une grande modestie qui fait honneur à son talent, Manu Larcenet a su lancer le premier tome d’une série qui s’avère très prometteuse…

D’autres planches…


Un psy doué mais un peu à côté de la plaque…


Un père pas trop perturbé par ses pertes de mémoire…
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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 09:18




« Elle m’a niqué une aile, la salope ! »

Lo revisite le roman grec Daphnis et Chloé de Longus, à la mode du 21e siècle. Une mode de la décontraction, de l’innocence bêbête qui rencontre le langage cru des satyres, une mode des couleurs clinquantes et des traits ronds qui monopolisent le regard jusqu’à l’usure.




On peut voir dans Lo une adaptation légère et joyeuse de Daphnis et Chloé, mais je n’y ai personnellement vu qu’un manuel de « La poésie bucolique pour les nuls ». Rendre accessible les mythes et les grandes figures de la Grèce Antique est une bonne chose, mais la transformer en une croûte scatologique fière de ses blagues à deux balles en est une autre.


« Et toi, bougre d’andouille ! Ca t’amuse de me voir me faire massacrer les roubignoles ?! Quel cornichon ce chien ! »



L’album est parsemé de petites phrases assassines prononcées du bout des lèvres d’innocentes nymphes qui, pensant seulement faire une petite sieste avec leurs élégants bergers, finissent entre les grosses mains avides des satires. Ca fait sourire une ou deux fois, et puis on finit par ne plus remarquer ces petites piques. L’histoire se laisse lire avec un certain amusement, mais ça ne fait pas plus d’effet que de boire un verre d’eau tiède sucrée. Les personnages ont peu de relief, tous la même personnalité. Gentillets, un brin vulgaire (mais ceci en toute innocence), ils aiment se rebeller mais reviennent toujours là où on les attendait. Et ce n’est pas le plaisir un brin pervers que l’on prend à voir ces écervelées de nymphes se faire fouetter par Diane la chasseresse qui rattrapera les dégâts…

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